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Belledonne

L'Adabel a rendez-vous avec le parc

Agriculteurs et acteurs de la ruralité en Belledonne se sont retrouvés nombreux à l'assemblée générale de l'Adabel qui s'est déroulée le 28 avril dernier à La Combe-de-Lancey. La perspective du parc interroge et mobilise.
L'Adabel a rendez-vous avec le parc

L'association pour le développement de l'agriculture en Belledonne (Adabel) se sait aujourd'hui au cœur d'enjeux importants liés à l'évolution de son territoire. C'est ainsi qu'elle réaffirme sa place aux côtés de l'Espace Belledonne, qui porte le projet de parc naturel régional (PNR) et candidate au nouveau programme européen Leader. « Les choses changent, constate Bernard Michon, le président de l'Espace Belledonne. Pour négocier des contrats qui apporteront des financements pour les activités traditionnelles, nous devons arriver à travailler tous ensemble à la construction de notre projet de territoire. R Un pari de taille pour le monde agricole devant assurer sa présence dans la construction d'un volet qui corresponde à ses aspirations. Avec l'appui de la région, l'heure est au travail de préfiguration, car le parc ne verra pas le jour avant quatre ou cinq ans. Mais Bernard Michon exhorte « le monde économique, et donc le monde agricole à se mobiliser ». Son objectif est « d'arriver à tirer des programmes qui servent au développement local avec comme porte d'entrée l'économie ». Le maire de Revel se veut optimiste quant à l'avenir du PNR, « Belledonne n'a pas à rougir car c'est un territoire en bon état ». Reste à le prouver pour accéder au label de parc, au moyen d'un gros travail de formalisation.

Surfaces herbagères

Sur le terrain, les agriculteurs sont invités à s'approprier l'ensemble des leviers et des aides financières mis à leur disposition, à l'image du Projet agro-environnemental et climatique (PAEC) pour Belledonne qui deviendra, en 2014, le cadre des nouveaux contrats Mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC). L'objectif est la mobilisation de financements pour l'entretien des surfaces herbagères. En 2013, pas moins de 346 hectares avaient ainsi été contractualisés sur les pelouses sèches, concernant 27 agriculteurs. De son côté, le programme de financement porté par le conseil général et la communauté de communes du Pays du Grésivaudan pour des travaux de réouverture de milieux, a permis de regagner 13 hectares sur la friche. L'Adabel porte également l'accent sur l'installation, avec l'appui de la chambre d'agriculture. Le territoire a accueilli quatre jeunes en 2013 en activité principale, mais aussi deux double-actifs et une personne assurant la relève patrimoniale.

Echanges plaine-montagne

A l'image de la vallée, les balcons sont un territoire d'innovation. Cela a commencé avec les marchés à la ferme, qui sont aujourd'hui au nombre de 14 et réunissent régulièrement une dizaine d'agriculteurs, dans le cadre du réseau des Fermes de Belledonne. En 2014, ce réseau se lance dans l'élaboration d'une offre de buffets à base de produits locaux à destination des collectivités et des entreprises. Pendant ce temps, d'autres acteurs viennent de créer trois circuits pédagogiques autour des fermes de Belledonne, inaugurés en mai et juin. Le premier passe par le Pinsot, le deuxième par Laval et le troisième par Saint-Martin-d'Uriage et Vaulnaveys-le-Haut. Un autre groupe d'éleveurs vient de lancer un site de vente de colis de viande bovine baptisé Viande directe de Belledonne (www.viande-direct-belledonne.fr). Enfin, l'Adabel est partenaire du Grésivaudan et des groupes d'éleveurs soucieux de leur autonomie alimentaire. L'ambition est la mise en oeuvre d'échanges entre la plaine et la montagne, entre éleveurs et céréaliers pour une meilleure complémentarité entre les exploitations. Il s'agirait notamment d'expérimenter des intercultures fourragères, de favoriser l'offre locale de paille ou bien celle de fertilisant organique.

Gouvernance du parc

Claude Blanc-Coquand, le président de l'Adabel et maire de Sainte-Agnès, à la veille de rendre son siège, a invité les adhérents de l'Adabel « à repenser les actions et les activités de l'association ». Son souhait : « que les agriculteurs se prennent en charge et réfléchissent à son fonctionnement », le projet de parc servant de catalyseur. « Les attentes et les craintes des agriculteurs portent surtout sur le mode de gouvernance du futur parc, explique Jacqueline Rebuffet, exploitante à Laval et vice-présidente de l'Adabel. Ils veulent rester maîtres du projet et forces de proposition. S'ils ne sont pas écoutés, ils ne suivront pas. L'Espace Belledonne a bien entendu cela. Nous sommes sur la même longueur d'onde, celle de construire un territoire à l'image des gens qui l'habitent. » La construction de la Charte permettra de vérifier qu'elle convient à l'ensemble des acteurs du territoire. Mais l'Adabel doit pouvoir mobiliser le monde agricole, ce qui n'est pas toujours évident dans un paysage composé de petites exploitations dont l'économie ne repose que sur une personne. Le rôle de l'animatrice est en ce sens essentiel. Il faut dire que les problématiques sont nombreuses, à commencer par celle du foncier. « Que faire pour garder les terres agricoles, voire en récupérer ? », s'interroge Jacqueline Rebuffet, qui met en avant les aides au débroussaillage et à la remise en herbe des parcelles. Ce paysage rural est tout aussi important pour la valorisation du territoire, car porteur de son identité, au même titre que la vente directe ou le tourisme.

 

Isabelle Doucet
Evolution /

Les balcons d'hier à aujourd'hui

Il y avait 657 exploitations en Belledonne à la veille des années 80 contre 215 aujourd'hui. La SAU s'étendait sur 7 232 hectares contre un peu moins de 5 000 de nos jours. En revanche, la surface des exploitations a doublé, passant de 11 à 22 hectares, en 30 ans. Le secteur emploie 267 personnes en direct, générant un peu plus d'un millier d'emplois indirects. « Belledonne est marquée par la double activité en raison de l'essor industriel de la vallée », fait remarquer Isabelle Roblès, l'animatrice de l'Adabel, au moment de dresser un bilan de l'évolution de l'agriculture durant ces trois dernières décennies. Si la double activité a permis de maintenir un tissu agricole familial, en revanche elle a limité la croissance des exploitations. Les terres perdues par la déprise sont redevenues des friches et des forêts à 75% ou ont été urbanisées à 25%. L'activité majoritaire reste l'élevage (85% des exploitations) dont les bovins viande (44% des fermes) et les ovins (18%). Le territoire se caractérise par des surfaces herbagères très pentues et peu mécanisables. Son avantage vient du bassin de consommation à la porte des fermes, qui a permis la forte percée de la vente de proximité. Sur les 215 exploitations recensées, le tiers d'entre elles se caractérisent par leur dynamisme en termes de production et de distribution. Les autres sont des exploitations patrimoniales, des élevages de chevaux, ou pilotées par des doubles actifs sur des filières classiques. Ces petites exploitations devraient pouvoir tirer parti de la réforme de la Pac, notamment avec la prime au 52 premiers hectares, la confortation des systèmes allaitants ou la revalorisation des aides en secteur de montagne. « Mais cet impact sera très progressif et s'étalera sur plusieurs années. Il peut cependant représenter une marge de sécurité pour les exploitations », résume l'animatrice, qui chiffre entre 1 500 et 6 000 euros le montant attendu des aides directes par actif et par an. En complément des aides européennes en faveur de l'élevage et de l'entretien des surfaces, les politiques territoriales s'inscrivent en appui sur la vente de proximité, la dynamique économique des villages de montagne et le maintien des paysages ouverts, grâce aux outils que sont le Contrat de développement durable Rhône-Alpes (CDDRA) et le programme Leader.
ID