L’agneau de l’adret face à une consommation en recul
« Il faut réagir, nous sommes arrivés à la fin d’un cycle… » Le président de l’association de promotion de l’agneau de l’adret, Alain Crozier, a eu du mal à cacher son inquiétude lors de l’assemblée générale de la structure, qui s’est tenue à La Tour-de-Salvagny le 3 mars. En 2025, la filière française de production d’agneaux a connu une forte baisse d’activité. « Sur les onze premiers mois de l’année, les abattages d’ovins ont reculé de 6,2 % par tête », a déclaré Lionel Araujo, chargé de mission pour l’association. Ce chiffre est à mettre en corrélation avec une baisse de la consommation de viande ovine de 37 % par rapport à 2024, pour un prix moyen dépassant les 20 €/kg. Les achats de viande d’agneau des ménages français ont également diminué de 14,6 %.
Hausse des déclassements
Malgré cette conjoncture, le nombre d’éleveurs d’agneaux de l’adret ne cesse de croître. À la fin de l’année 2025, le chargé de mission a recensé 779 élevages engagés, soit une hausse de 7,7 % par rapport à 2024. « Au total, 60 % de ces agneaux sont issus de la région Auvergne-Rhône-Alpes, dont la majorité se situe au sein des zones de montagne », a-t-il ajouté. L’Ardèche, le Puy-de-Dôme et la Loire sont les principaux producteurs. Excepté le Puy-de-Dôme, ces départements ont pourtant tous perdu des agneaux de l’adret entre 2024 et 2025 : - 15 % en Ardèche et - 19 % dans la Loire. Autre signal d’alerte : la hausse du nombre de têtes déclassées. Selon les responsables, cette tendance est liée à une conjoncture assez exceptionnelle. De nombreux agneaux ont été repoussés à cause de la fièvre catarrhale ovine (FCO), des fortes chaleurs de l’été 2025 et d’un commerce peu dynamique. Cette baisse des ventes a entraîné un décalage dans les ramassages d’agneaux et, de facto, une diminution de l’activité des abattoirs et des sociétés commerciales. « Les éleveurs ont alors fait le choix d’alourdir les carcasses, puisque les prix étaient plus intéressants, mais cela a entraîné de nombreux déclassements à cause du poids ou de l’état d’engraissement », explique Lionel Araujo. Une tendance qui se retrouve également à l’échelle nationale (+ 0,5 kg par tête). À cette explication, Alain Crozier ajoute également une problématique de taille. La région Auvergne-Rhône-Alpes, particulièrement dans son quart Sud-Est, est une région consommatrice d’agneau, mais dans laquelle l’agneau de l’adret peine encore à se développer. Face à ces signaux contrastés, le responsable appelle à renforcer la valorisation du produit sur son bassin naturel de consommation et à participer davantage aux concours nationaux.
Léa Rochon
OVINS / Réunis en assemblée générale le 3 mars à La Tour-de-Salvagny (Rhône), les responsables de l’association de promotion de l’agneau de l’adret ont alerté sur plusieurs signaux inquiétants pour la filière.