L'agneau veut remonter la pente
Ils ne sont pas encore très nombreux mais l'enthousiasme est là. Les perspectives économiques aussi. Et le travail de construction de la filière ne manquera pas. Les éleveurs d'ovins réunis au sein de la toute nouvelle association des viandes agro-pastorales sont sur la ligne de départ. L'assemblée générale de ce groupement présidé par Roland Bouvier vient de le démontrer. A l'origine créée pour mettre en place une filière agneau d'alpage, c'est-à-dire des bêtes n'ayant connu que le lait de leur mère ou l'herbe des montagnes avant d'être abattues, la démarche va s'étendre à une dénomination d'agneau de ferme. « Les détaillants avec lesquels nous avons commencé de travailler trouvent un peu courte la saison d'agneaux d'alpage comprise seulement entre le 15 août et le 15 octobre, explique le président à ses coreligionnaires le 20 avril. Il leur était difficile de mettre en place une communication efficace et de sensibiliser leurs clients consommateurs. » La solution ? Etendre la période de consommation mais sans phagocyter la qualité intrinsèque de l'agneau d'alpage. L'agneau de ferme, dont la commercialisation va de juin à novembre, viendra compléter l'offre des bouchers. Et les chiffres, sans être étourdissants, l'opération se mettant en place, donnent un prévisionnel de 326 agneaux d'alpage et 370 agneaux de ferme à fournir d'ici juillet 2018.
Le noyau d'éleveurs (7 au départ) s'est étoffé et atteint une quinzaine aujourd'hui, mais la participation de chacun sera nécessaire pour approvisionner les bouchers. « Nous allons aller chercher d'autres éleveurs pouvant entrer dans la démarche », souligne Roland Bouvier. En parallèle, la recherche de débouchés va être menée de façon énergique, notamment en entrant en contact avec les Eleveurs de saveurs de l'Isère, association de producteurs bovins dont la vocation est d'ouvrir des débouchés valorisés du côté des GMS. « A l'instar de nos collègues bovins, nous ne travaillerons qu'avec les distributeurs qui veulent jouer le jeu, c'est-à-dire recourir et valoriser de la viande de qualité d'origine iséroise. Ceux qui veulent simplement utiliser notre image en tête de gondole et continuer à passer à côté l'essentiel en viande d'origine irlandaise ou néozélandaise ne devront pas compter sur nous », affirme Roland Bouvier.
Depuis l'été dernier les promoteurs de la démarche ne sont pas restés sans rien faire. Epaulés par la chambre d'agriculture et la Fédération des alpages de l'Isère (FAI), ils ont participé au speed meeting organisé par le MIN, étaient présents à la foire de Beaucroissant d'automne, lors d'un buffet du conseil départemental en décembre et ont tenu un stand au salon des comités d'entreprise récemment à Grenoble. « Cette expérience était intéressante car sur 15 comités d'entreprise présents, une dizaine serait intéressée par la centralisation de commande, voire l'achat de pack (produits + découverte de ferme ou d'animation proposées par la FAI), les autres se contentant de diffuser l'information. Mais c'est déjà ça », se réjouit le président de l'association.
L'heure est donc à la formalisation de l'association, la préparation de la production pour l'été sous appellation et à un travail en lien avec le conseil départemental de l'Isère pour décliner des produits ovins au sein de la marque Alpes (is)here.
Le travail est là, il ne se fera pas tout seul. Mais au bout une meilleure valorisation des productions ovines iséroises se profile. Il faut le tenter.
Jean-Marc Emprin