L’agriculture, compte à labour
« Comment construire une planète où tout le monde mange ? » Bruno Parmentier, ingénieur civil spécialisé en agriculture et alimentation, interpelle l'auditoire lors de la conférence organisée le 6 mars par la Coordination rurale au lycée agricole de la Côte Saint-André. D'un côté, une espérance de vie en hausse constante, une démographie « trop bien portante », et un budget destiné à l'alimentation toujours en baisse. De l'autre, une superficie des terres disponibles amoindrie, un manque d'eau préoccupant et une suppression à venir des pesticides. L'équation a de quoi faire peur. Avant de finir écartelé, le conférencier soulève plusieurs pistes de réflexion pour l'avenir alimentaire et agricole.
Avant de parler production, Bruno Parmentier aborde la stratégie économique. La première option proposée serait de « courir derrière la compétition internationale ». Or, cela crée une baisse de qualité des produits pour limiter les coûts et « nos voisins européens sont plus forts que nous ». La deuxième option, demandée par certains, serait de fermer les frontières. « On est un grand pays exportateur. Que faire de notre vin, de notre cognac, de notre blé ? », interroge Bruno Parmentier. On peut également développer une relation plus directe entre ville et campagne : « On ne peut pas faire vivre tous les habitants des villes en circuit court ». Selon le conférencier, la réponse se trouve ailleurs : « On doit faire pour l'élevage ce qu'on a fait avec le vin. On doit produire l'alimentation premium du marché mondial. Il faut faire du haut de gamme », explique-t-il. Mais produire mieux pour produire plus, l'équation ne semble pas plus simple. « Produire plus, mieux avec moins, c'est là que cela devient intéressant », souligne l'ancien directeur du lycée agricole d'Angers.
Une agriculture écologiquement intensive
« On doit créer une agriculture écologiquement intensive », dévoile-t-il. Cette nouvelle approche modifie les pratiques et se divise en deux pistes de recherches. D'un côté, les grands groupes de produits phytosanitaires ainsi que l'Inra étudient des solutions techniques telles que le biocontrôle, c'est-à-dire la régulation des espèces par des moyens biologiques. « Au lieu de mettre directement l'insecticide sur la plante, on peut par exemple créer une confusion sexuelle grâce à des diffuseurs de phéromones qui mettent les papillons mâles en déroute et les empêche de se reproduire. » Ils travaillent également sur la sélection génétique. « On doit sélectionner des plantes productives mais aussi et surtout résilientes », détaille le conférencier. Il faut aussi songer au Big Data : « Au lieu de travailler au niveau du champs, on commence à travailler au niveau de la plante. » On peut planifier l'arrosage en fonction des conditions climatiques en temps réel ou encore conduire un tracteur par GPS.
De l'autre côté, il faut apprendre à laisser faire le sol. « Arrêtez le labour et laissez faire les vers de terre, les champignons et les bactéries... on ne connait que 10% des espèces connues et elles sont bien plus efficaces que votre tracteur. » Selon Bruno Parmentier, rien ne sert non plus d'enlever les « mauvaises herbes » puisqu'elles sont très utiles lorsqu'on fait un semis direct. On peut aussi développer l'agroforesterie afin de créer des milieux complémentaires. « On peut par exemple mettre les animaux sous les arbres car ils fertilisent les sols et on peut aussi poser des nichoirs car les oiseaux sont des insecticides naturels ». Même si toutes les solutions ne sont pas adaptables à toutes les exploitations, le but est de « d'accepter de faire un pas de côté. »
Dans la salle, la division est nette... « c'est facile de changer l'agriculture sur des slides de Powerpoint. On doit d'abord se rémunérer ! », explique un agriculteur. « Moi j'y crois, répond une agricultrice de la salle, mais il faut faire évoluer les lycées agricoles pour apprendre ces techniques. »