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Maraichage

L’agriculture de demain prend le contrôle

L’Ideas laboratory de Grenoble a dédié une partie de ses deux journées d’échanges annuels, appelés Ideas Days, à l’agriculture de demain.

L’agriculture de demain prend le contrôle

Pour voir l’avenir, on devrait prendre de la hauteur. Littéralement. L’agriculture de demain, présentée à l’Ideas laboratory de Grenoble, débuterait par les fermes verticales. Ce laboratoire a vocation à faire échanger les personnes de différentes disciplines afin de créer des projets innovants collaboratifs. Il organise chaque année deux jours appelés Ideas Days, réunissant des professionnels sur un thème. Début juillet, c’est le climat qui a été choisi, divisé en conférences thématiques dont l’agriculture.

César Botella, docteur en physiologie végétale, présente son projet de fermes tout en hauteur, appelé Food your Circle. Ces fermes verticales sont des espaces fermés de plusieurs centaines de m2 visant à faire pousser des légumes hors-sol sur plusieurs étages. Ces systèmes hydroponiques sont souvent couplés à un élevage de poissons devenant ainsi des systèmes aquaponiques. Ce fonctionnement permet de bénéficier des déjections des poissons chargées d’ammoniaque qui, transformées en nitrate, sont assimilables par les plantes. « Cette culture permet de gagner de l’espace, d’économiser de l’eau et d’éviter l’utilisation d’intrants », justifie le chercheur. 

Limiter les intrants

Si ces modèles correspondent à l'agriculture de demain, en étant sous-contrôle et hors-sol, il est légitime de penser : qu'est-ce que l'agriculture ? Ces nouveaux systèmes n'en sont qu'à leur début en France. Johanna Chaumont a cofondé le projet Gaïa pour étudier ces fermes à travers le monde. « Le Japon en a plus de 200. Une ferme verticale est rentable entre un et cinq ans. Chaque pays a ses raisons d'en développer », explique-t-elle. Si le Japon le développe pour des raisons d'indépendance insulaire, les consommateurs français font face à d'autres problématiques. Selon César Botella, « en développant ces fermes en ville, c'est une rationalisation évidente pour limiter le transport et le manque d'espace », surtout que certaines s'installent dans des endroits inutilisés comme les toits ou les parkings souterrains.
Pour Johanna Chaumont, ces fermes ne demandent pas d'intrants et répondent donc aux méfiances des consommateurs concernant les produits phytosanitaires. « Je voulais obtenir le label bio, mais on ne peut pas l'avoir pour des cultures hors-sol », avance César Botella. Dans la salle, certains s'interrogent. « Ce sera toujours la même espèce dans votre ferme. C'est le même problème que l'agriculture actuelle. Comment gérer la résilience des plantes ? » En effet, les fermes verticales produisent le plus souvent tomates, salades et plantes aromatiques. Pour un autre, c'est la saisonnalité qui est problématique. « Les consommateurs doivent savoir qu'on n'a pas de tomate en décembre. En produisant la même chose toute l'année, on ne change pas le problème. »

Sous contrôle

L'avantage annoncé de ces fermes est que tout est sous-contrôle. Mais pour gérer les paramètres de pousse comme l'humidité ou l'ensoleillement, on n'est pas obligé d'enfermer la production. Antoine Berr, co-fondateur de La Cool Co, a conçu une carte magnétique qui, posée en extérieur, permet d'envoyer sur une application mobile toutes les mesures prises. « On peut envisager de l'utiliser pour les produits du terroir afin de maitriser tous les paramètres de pousse », explique-t-il. Ce système permet de contourner l'inconvénient principal des fermes verticales : leur autonomie énergétique. Produire sous lumière artificielle est extrêmement énergivore. Certaines utilisent des panneaux photovoltaïques.
Malgré tout, les jeunes entrepreneurs ne souhaitent pas opposer les modes de culture. « Le but de ces fermes n'est pas d'exclure les agriculteurs, assure Johanna Chaumont. Ce modèle vise à soulager les terres surexploitées et s'adapter à la demande. Pourquoi ne pas imaginer un modèle complémentaire entre terres agricoles et fermes verticales qui feraient les produits plus difficiles à produire ? »

Virginie Montmartin
Hors-sol / Grégori Akermann est chercheur au sein du service innovation et développement dans l’agriculture et l’alimentation de l’Institut national de recherche agronomique (Inra).

« La recherche de qualité se rapproche de la naturalité »

 

Comment réagiraient les consommateurs face à un produit provenant d’une ferme verticale ?
Certains seront attirés par la dimension technologique. C’est une nouvelle forme de consommation avec des produits très technologiques qui peuvent répondre à un certain nombre d’attentes, accompagnés d’un discours marketing qui peut être très séduisant avec des produits simples et des contrôles vérifiés. Pour d’autres consommateurs, la recherche de qualité se rapproche de la naturalité. Ici la technologie n’a pas vraiment sa place. La représentation du consommateur d’une salade qui va pousser sous une lumière bleue ne correspond pas à l’image de terroir. En hors-sol, le produit n’est plus vraiment attaché à un lieu et il perd ses caractéristiques et son savoir-faire.
Quelle est la tendance actuelle ?
Elle est plutôt au retour au circuit court et au contact avec le producteur. Plus c’est proche, plus les consommateurs ont confiance. Cela est aussi lié au goût du produit. En revanche, ils ne sont pas toujours très ouverts à apprendre la saisonnalité des produits. Quand ils sont mûrs, il est difficile de comprendre le prix des produits liés aux aléas climatiques et les fruits et légumes moches ne sont pas encore bien intégrés. On pourrait se dire qu’une partie de la population va être séduite par ces produits standardisés toute l’année. Il y a toujours un écart entre la volonté déclarée dans les sondages et les pratiques réelles.
Comment envisager l’avenir entre les fermes verticales et l’agriculture classique ?
Les fermes verticales sont récentes et restent peu développées. Elles bénéficient de campagne de financement assez importante avec des projets vitrines. Ces projets technologiques ne sont pas menés par des acteurs classiques de l’agriculture d’aujourd’hui.  Cette agriculture très technologique va nous rendre dépendant de ces technologies-là. Le risque c’est qu’on perde les savoirs en les laissant à l’intérieur d’un ordinateur. Est-ce que celui qui vend le produit sera capable de nous expliquer comment il est fait ?
Propos recueillis pas VM