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Analyse

L'agriculture en transition

Henri Brichart, vice-président de la FNSEA, viendra demain à La Frette, à la rencontre des agriculteurs, afin d'évoquer notamment la réforme de la politique agricole commune. Il considère que le monde agricole va devoir gérer plusieurs transitions en quelques années.
L'agriculture en transition

En venant demain en Isère à l'occasion d'une assemblée générale extraordinaire de la FDSEA de l'Isère, Didier Brichart ne viendra pas forcément en terrain facile. Mais le vice-président de la FNSEA est un homme de consensus et sait où l'agriculture doit aller. 

 

La situation laitière paraît dans une impasse, avec des entreprises qui bloquent des augmentations, l'Etat qui ne peut pas vraiment intervenir et les producteurs qui sont pieds et poings liés à leur entreprise...

Vous avez raison, les producteurs sont en position de faiblesse dans cette relation. Nous sortons d'un système ancien au coeur duquel les négociations interprofessionnelles étaient admises, «supportées» par les pouvoirs publics. Aujourd'hui ce fonctionnement est révolu. A la FNSEA nous avons toujours défendu les contrats car c'est une bonne chose dans le cadre de relations commerciales. Les industriels font désormais des propositions écrites. Mais ce qui est écrit peut être sujet à interprétation. Danone en particulier, comprend à sa façon ce qui génère des tensions. Nous devons continuer à progresser dans l'application des contrats et aboutir à ce que tous les industriels du lait les respectent. La loi doit établir un équilibre car comme nous l'avons dit, le producteur n'a pas de marge de manoeuvre. Cela pourrait se traduire par le renforcement des pouvoirs du médiateur dans la future loi d'avenir. Tout cela est dans une phase de transition.

En attendant, je reste persuadé que si nous n'avions pas eu la présence des contrats, nous n'aurions peut-être pas les prix du lait actuels. Mais ce qu'il faut regarder sont moins les prix que la différence entre prix et charges, ces derières ayant explosé.

 

La réforme de la Pac, le sujet sur lequel vous allez intervenir demain à La Frette, interroge nombre d'agriculteurs isérois. Qu'allez-vous leur dire ? 

 

Cette réforme va fortement chambouler la façon de répartir les aides du premier pilier. Nous allons assister à un rapprochement des aides. Il y aura des gagnants et des perdants, mais nous avons souhaité que les choses se fassent progressivement pour éviter de destabiliser des systèmes existants. Il faut une période transitoire. On nous dit souvent que cela entraîne une lutte grandes cultures contre élevage. Je le traduirai plutôt par un transfert de zone. Le principal outil sera le couplage qui va ramener, c'est vrai, des aides aux éleveurs, mais ce sont eux qui ont les conditions de vie les plus difficiles, même si je n'ignore pas les contraintes que connaissent les céréaliers.

La transition est importante. Nous partons en retard, car si je regarde l'Allemagne, les références historiques ont été abandonnées depuis 10 ans déjà. Ils ont opéré une première transition et vont entamer une deuxième période d'adaptation. Cela passe beaucoup plus facilement.

 

La loi d'avenir en gestation semble vous rendre sceptique...

 

Je considère qu'elle comporte un titre beaucoup trop ronflant par rapport à son contenu. Cela donne envie mais il n'y a rien dedans. C'est dommage car je rappelle que la filière agricole et agro-alimentaire est un vrai secteur à perspectives. Pour en donner, la loi devrait traiter de compétitivité, d'emploi, de distorsions de concurrence, d'amélioration de la professionnalisation des agriculteurs. Nous restons largement sur notre faim pour l'ensemble des ces points. J'ai beaucoup plus l'impression que cette loi est écrite pour des non-agriculteurs afin qu'il s'empare de sujets agricoles en s'insérant dans des organismes existants comme le CSO (comité supérieur d'orientation) ou les Safer...

 

Jean-Marc Emprin