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« L'agriculture fonde l'identité paysagère des territoires »

Serge Gros, directeur du CAUE de l'Isère. Le 22 octobre, il co-organise « Saveurs du paysage », une balade-découverte autour des enjeux agricoles et urbanistiques qui caractérisent le territoire de Saint-Marcellin.
« L'agriculture fonde l'identité paysagère des territoires »

Samedi prochain, le CAUE organise, avec la chambre d'agriculture et le Département de l'Isère, une randonnée gourmande dans les noyeraies du Sud-Grésivaudan. Quel en est le principe ?

C'est une balade - ouverte à tous - qui vise à croiser les regards sur le paysage : celui de l'agronome, du paysagiste, de l'architecte-urbaniste... Il s'agit d'amorcer un échange avec les participants sur le devenir d'un paysage remarquable isérois. Nous souhaitons que chacun donne son point de vue. Le secteur de Saint-Marcellin se caractérise par une campagne très vivante où se côtoient deux productions agricoles labellisées, la noix de Grenoble et le saint-marcellin. C'est exceptionnel dans le département. Mais c'est aussi un territoire qui subit une double pression, agricole et urbaine, même si l'étalement urbain est en train d'être endigué grâce au Scot. Notre projet est de relancer une vraie dynamique où s'équilibrent deux logiques - agricole et urbaine -, qui ont été en rupture pendant trop longtemps. C'est pour cela que nous prenons le prétexte du modelage du paysage à travers nos assiettes. La balle est dans notre camp : à nous de réfléchir pour trouver comment refabriquer une campagne attractive, digne des enjeux du XXIe siècle. Nous avons de vrais atouts objectifs pour cela : une rivière majeure, des accès, des dessertes, un patrimoine historique emblématique, notamment avec les séchoirs à noix qui ont un potentiel de reconversion architectural remarquable, et ces noyeraies magnifiques qui trament le paysage.

Vous évoquez la pression agricole. De quelle nature est-elle ?

Jusqu'à présent, les coteaux étaient ouverts, fauchés ou plantés. Aujourd'hui, on sent une nette déprise, avec une colonisation forestière ou une spectaculaire progression du noyer. Là, il y a un vrai danger de boucher les perspectives paysagères et les ouvertures liées au pâturage. Pour nous, c'est une source de questionnements. Est-ce qu'on va vers une culture à forte valeur ajoutée ou veut-on garder une polyculture riche qui permette de retrouver un équilibre entre paysages ouverts (les prairies) et paysages plantés (noix, forêt...) ? C'est ce que nous voulions vérifier en organisant cette balade qui part de la colline de Joud et descend au marché de Saint-Marcellin. Samedi, le marché ne sera pas envahi par la noix, si ce n'est la noix fraîche, parce que nous sommes en pleine récolte. Mais quid des autres productions ? Que peut-on repérer dans le paysage que l'on retrouve sur le marché ?

On a le sentiment que, depuis quelques temps, les élus se montrent plus sensibles aux questions de foncier agricole. Qu'en pensez-vous ?

Nous avons toujours considéré que l'activité agricole était éminemment importante, dans la mesure où elle fonde l'identité paysagère des territoires. Que l'agriculture soit en sursis, dans l'ombre, on l'a toujours dénoncé comme une vraie catastrophe. Nous sommes dans un département fortement contraint par le relief. L'agriculture n'y est pas aisée, mais nous avons une diversité de productions qu'il convient de préserver. Cependant, par notre activité de conseil, nous n'avons aucun pouvoir autoritaire. Nous n'avons qu'un pouvoir de pédagogie, de prise de recul. Ça ne pèse pas grand chose par rapport aux enjeux économiques dès lors qu'ils sont majeurs et disproportionnés. Néanmoins, ce qui favorise la prise de conscience, c'est de constater la rapidité avec laquelle, en 40 ans, on a consommé plus de foncier agricole qu'au cours des cinq siècles précédents. Cela a abouti au Scot et permis d'endiguer l'extension urbaine. A partir de là, il faut passer en mode projet. En Isère, nous avons un potentiel formidable, qu'il faut regarder en fonction de facteurs comme la nature des sols et le réchauffement climatique. L'important est de retrouver du bon sens.

Propos recueillis par Marianne Boilève