L'agriculture régionale prend ses marques
Gilbert Guignand, président de la chambre d'agriculture Auvergne-Rhône-Alpes, et son directeur général, Alain Coquemer, sont venus en Isère pour présenter le projet agricole régional (PAR).
Le rapprochement des deux entités régionales, sur décision politique, s'est opéré sur la base d'objectifs identiques, mais de pratiques et d'appuis différents. Pour le président régional, la chambre régionale se positionne avant tout « comme un interlocuteur qui représente tous les départements auprès de la Draaf, de la Région ». La nouvelle représentation consulaire s'est donné deux ans « pour mettre la chambre régionale en route et répondre aux attentes des départements et des agriculteurs, avec pour objectif : le paysan et son revenu », a lancé le président.
Communication proactive
Alain Coquemer, le nouveau directeur régional a énuméré l'ensemble des défis prioritaires du PAR et plus particulièrement l'amélioration des revenus, le renouvellement des générations et la préservation du foncier. « Les enjeux autour de l'organisation des filières sont au cœur de la problématique », a insisté le directeur. Pour redonner du prix à la production et sa juste valeur au travail, la chambre régionale veut être « une plateforme de discussion avec l'interprofession amont et aval. » L'objectif en Auvergne-Rhône-Alpes est de viser la triple performance, économique par la valorisation des produits, sociale par la création d'emplois et environnementale par le respect des bonnes pratiques et de la biodiversité. Les représentants régionaux ont insisté sur la dimension territoriale comme échelle de valorisation des ressources. Enfin, ils ont fait valoir qu'une « communication proactive vers le grand public et les médias » est le meilleur moyen de ne pas se faire « préempter » la question agricole dans les débats sociétaux.
Plans partenariaux
Le PAR « défini par la profession et sa déclinaison dans les départements » pourra s'appuyer sur la politique agricole de la Région dans le cadre de son Schéma régional de développement économique d'innovation et d'internationalisation (SRDEII 2017-2020). L'agriculture, l'agro-alimentaire, la filière bois, le tourisme et la montagne relèvent de ce schéma. Il fait la part belle au renforcement de la compétitivité des entreprises et à l'attractivité des territoires en s'appuyant prioritairement sur les organismes consulaires. L'innovation, le développement international, la recherche et le développement représentent autant de leviers dans lesquels la Région souhaite investir. L'articulation entre la région, les départements et les chambres s'opèrera à travers la mise en place de plans partenariaux pour l'agriculture, l'agro-alimentaire et la forêt.
Didier Villard, vice-président de la chambre d'agriculture de l'Isère, a défendu l'ambition des chambres de maintenir « de l'agriculture et de l'élevage partout en Auvergne-Rhône-Alpes ». Gilbert Guignand s'est montré rassurant en déclarant que « c'est l'agriculture que l'on souhaite que l'on met en place ». Pascal Denolly, président de la FDSEA et vice-président de la chambre, a demandé aux responsables régionaux « d'aller le plus vite possible pour donner de la lisibilité ». Sur la question du foncier, André Coppard, secrétaire-adjoint de la chambre, a insisté sur le fonctionnement du groupe rhônalpin autour d'enjeux très forts liés aux grands projets d'infrastructures. Cette problématique était peu saillante en Auvergne. Les représentants agricoles régionaux devront aussi faire leur de la fusion des Safer en 2017.
Des défaillances
Dans son discours, Jean-Claude Darlet, le président de la chambre d'agriculture de l'Isère, a fait le constat du développement d'un niveau intermédiaire interdépartemental pertinent dans mise en œuvre de projets agricoles. Après avoir brossé un tableau morose de la situation agricole en Isère, il a fait état de l'avancement du projet de pôle agroalimentaire qui entre dans sa phase opérationnelle. Par ailleurs, la chambre d'agriculture a signé un partenariat avec Adabio dans le cadre du plan bio régional qui replace les chambres d'agriculture au cœur du développement de la filière. Enfin, il a rappelé que le dossier des zones vulnérables était encore ouvert avec huit communes qui ne sont toujours pas sorties du classement.
Didier Josso, directeur adjoint de la DDT, a affirmé que suffisamment d'arguments avaient été développés pour penser qu'elles ne seraient pas classées. Il s'est longuement expliqué sur les défaillances qui ont conduit au retard de paiement des aides PAC. 50 dossiers étaient encore en souffrance pour le solde 2015. Concernant l'ATR 2016, les 3 100 dossiers ont été traités, « mais pas tous payés car certains sont bloqués ». Les paiements devraient intervenir entre le 15 et le 22 décembre 2016.
Idem pour l'ICHN où 80% des 1 350 dossiers ont été payés. Il assure que la DDT et l'ASP sont « fortement mobilisées » pour se pencher sur l'ensemble des dossiers bloqués au cas par cas.
Enfin, Robert Duranton, vice-président du département, a fait part des efforts de la collectivité en direction de l'agriculture. Au-delà du plan d'urgence et des aides financières conjoncturelles, le Département soutient 25% des approvisionnements de ses restaurants scolaires en produits locaux. Il investit dans le développement de l'abattoir et a recruté un technico-commercial en appui aux Eleveurs de saveurs de l'Isère et un développeur pour le pôle agroalimentaire. Le Département a retrouvé une marge de manœuvre pour la forêt, l'agriculture et l'agro-alimentaire en signant une convention de développement économique avec la Région.
Isabelle Doucet
Installation et accompagnement
La chambre d'agriculture de l'Isère a exposé son plan d'actions pour 2017. Il s'agit en premier lieu de poursuivre une politique d'installation ambitieuse. Le dispositif espace créateur transmission est en cours de réorganisation notamment pour répondre aux demandes des territoires, en adéquation avec les nouveaux programmes de financement. Un autre chantier est celui de l'accompagnement des filières et le développement de la valeur ajoutée. La chambre veille aussi à renforcer l'accompagnement technico-économique des entreprises. Elle a mis en place des équipes interdépartementales de conseil sur les productions animales, végétales, la transformation, les bâtiments et l'énergie. Elle réaffirme sa présence auprès des collectivités dans leurs schémas d'aménagement foncier et notamment dans la relance des PAEN. La protection de l'eau et l'agro-écologie feront aussi l'objet de moyens renforcés. Enfin, elle poursuit l'adaptation de son dispositif territorial pour décliner sa politique dans le cadre des intercommunalités.Les débats ont largement porté sur la méthanisation. « La chambre d'agriculture doit être le facilitateur administratif et professionnel, a insisté Jérôme Crozat. Il faut laisser les groupes d'agriculteurs entrepreneurs agir. » André Coppard a quant à lui pointé l'importance de l'expertise technique agricole dans les dossiers sensibles sur les captages. « Nous devons assurer une présence de veille » sur l'ensemble de ces dossiers, a réclamé Pascal Denolly.
Enfin, les motions déposées par la Coordination rurale, notamment sur la régulation et l'organisation des productions laitières, ont été l'occasion pour Didier Villard de réaffirmer le travail fait par les OP.