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Municipales

L 'agriculture s'invite dans la campagne

La ferme Isère compte plus de 6 000 exploitants agricoles qui représentent un poids économique important tout en assurant un maillage et une dynamique des territoires, de sorte que les agriculteurs ne voudraient pas être les oubliés des enjeux des prochains scrutins.
L 'agriculture s'invite dans la campagne

L'emploi, le foncier, la réglementation : ces trois enjeux majeurs de l'agriculture ont à voir avec les politiques locales. Aussi, les responsables d'organisations professionnelles agricoles souhaitent-ils que ces problématiques soient prises en compte par les futures édiles. A commencer par les Jeunes agriculteurs (JA) qui vont à la rencontre de chaque candidat aux élections municipales ou maire de France pour lui faire signer la Charte citoyenne de la préservation des espaces fonciers agricoles. « Nous souhaitons être associés au plus tôt dans les projets de développement », insiste Françoise Soulier, la nouvelle présidente des JA de l'Isère. Jean-Claude Darlet, président de la chambre d'agriculture de l'Isère, enfonce le clou. Il considère la dynamique économique rhônalpine comme une chance qui apporte cependant son lot de contraintes. Il rappelle que, dans les années 2000, plus d'un millier d'hectares de foncier quittait l'agriculture chaque année en Isère. La réaction de la profession en 2004, la signature de la charte de préservation du foncier et l'accompagnement dans l'élaboration des documents d'urbanisme ont permis de ramener la consommation de foncier à moins de 500 hectares aujourd'hui.

Protéger le foncier agricole

Mais le président de la chambre pointe des zones de tension comme la DTA de Saint-Exupéry où 1 300 hectares devraient quitter l'agriculture pour répondre aux besoins de développement de l'agglomération lyonnaise. Il s'interroge : « Pourquoi ne pas réutiliser des friches industrielles, à l'image des entrepôts logistiques de la zone des Chesnes qui représentent 50 hectares inutilisés. Ou encore, ne serait-il pas possible d'imaginer des parkings en hauteur pour l'aéroport, moins consommateurs de fonciers ? »  Les élus du milieu agricole estiment que le zonage environnemental, qui dispose de moyens de compensation considérables, est aujourd'hui mieux protégé que le foncier agricole. Pascal Denolly, président de la FDSEA Isère, insiste sur la « double peine » que représentent ces compensations écologiques, à l'image du dossier de l'hôpital de Bourgoin-Jallieu. Sa construction a nécessité une emprise foncière de 33 hectares pris en zone humide et compensés par 66 hectares retirés des zones agricoles. « C'est une longue bataille », reconnaît le syndicaliste, qui souhaite que les compensations ne soient plus surfaciques. « Nous ne voulons plus que les terrains agricoles soient une pioche pour l'urbanisation et une pioche pour l'écologie », martèle-t-il. Le président de la FDSEA souligne combien les pratiques agricoles ont évolué, les exploitants ayant largement pris conscience de leur responsabilité environnementale. Aujourd'hui, il demande donc que les zones agricoles soient intégrées dans les zones écologiques. Gardiens de la dynamique des territoires, les agriculteurs rappellent « qu'une agriculture sans foncier est impossible ».

Isabelle Doucet

 

Chiffres/

Le poids de la ferme Isère

Selon la MSA, il y a aujourd'hui 6 000 chefs d'exploitation agricole en Isère, dont 1 000 employeurs de 6 700 salariés, représentant environ 5 000 équivalents temps plein. « Une exploitation génère sept emplois », rappelle Colette Thilly, vice-présidente de la MSA Alpes du Nord. Elle indique que l'érosion du nombre d'exploitants agricoles a été fortement enrayée. Elle s'établit à 0,4% en 2013, contre 3% ces dernières années. En 2013, 110 jeunes agriculteurs se sont installés en Isère. Colette Thilly souligne également le développement de l'emploi salarié.
Génératrice d'emplois et de valeur ajoutée, la ferme Isère dégage un chiffre d'affaires annuel de 330 millions d'euros. Les exploitations investissent régulièrement pour se développer ou renouveler leur parc de matériel. L'encours auprès du Crédit agricole Sud Rhône-Alpes représente 60 millions d'euros qui se répartissent équitablement entre investissement dans l'exploitation, pour le parc machine (en individuel ou collectif) et emprunts sur du court terme. Bernard Clavel, administrateur de l'établissement bancaire, se montre vigilant sur ce dernier point qui témoigne de tensions de trésorerie dans les exploitations. Il fait valoir le développement  de nouvelles filières comme celle des semences ou la vente directe. Cette dernière suppose des investissements immobiliers et matériels, notamment pour la transformation des produits. La création d'un point de vente représente une enveloppe comprise entre 150 000 et 300 000 euros. « Nous assistons à l'émergence de nouvelles filières basées sur la qualité et la proximité, en adéquation avec la demande des consommateurs », souligne-t-il.
D'autres secteurs plus classiques, comme la production bovine, sortent de la morosité. Après une chute de la production nationale de plus de 5% en 2013, Eric Chavrot, coopérateur Dauphidrom, indique que France Agrimer table sur un retour de la croissance en 2014, basé en partie sur le cheptel laitier. En effet, les exploitations laitières se sont aujourd'hui structurées et spécialisées, anticipant sur la fin des quotas laitiers. Mais la situation demeure fragile. Les agriculteurs rappellent que l'élevage bovin doit respecter 17 normes, de sorte que les fermes sont désormais pilotées comme de véritables entreprises, intégrant leur maîtrise des charges dans le calcul de leur rentabilité économique. La filière laitière compte plus de 700 exploitations en Isère, qui fournissent l'industrie agroalimenaire locale tout en étant utiles à l'entretien du territoire, notamment en zone de montagne.
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