L'agriculture, un des cinq pilliers du territoire
Une convention avec la chambre d'agriculture, le guide des producteurs de Bièvre-Isère, l'accompagnement des projets de méthanisation et même l'opération poules de réforme : quelle est la politique de Bièvre Isère communauté (BIC) envers l'agriculture ?
Au-delà d'une volonté politique, il s'agit de l'ADN de notre territoire. Lorsqu'une intercommunalité, dans le cadre de la redéfinition de ses rôles est confortée dans sa compétence économique, il était opportun d'identifier l'agriculture comme un des cinq pilliers, à savoir, le commerce et l'artisanat, les zones industrielles, l'économie sociale et solidaire, le tourisme et l'agriculture. Les chiffres sont importants : c'est le plus gros secteur d'activité du territoire avec plus de 1 000 emplois directs et 600 emplois indirects, 630 exploitations d'une grande diversité et 32 000 hectares sur les 70 000 du périmètre de BIC valorisés par l'agriculture. Heureusement que les agriculteurs existent car je ne sais pas quels seraient les paysages sans eux !
Quelles sont vos priorités ?
Nous avons décidé de ne pas avoir de pôle de compétence avec des techniciens en agriculture au sein de Bièvre Isère communauté, mais préféré passer un partenariat avec la chambre d'agriculture dans le cadre d'une convention cadre pour trois ans. Nous sommes la première collectivité à l'avoir fait. Cela recouvre trois volets d'action, à commencer par le secteur économique et social, dont l'édition du guide des producteurs est un exemple de réalisation. Il présente 53 producteurs, six points de vente collectifs, 13 marchés et est diffusé dans 23 000 foyers. Accessible à 60 000 habitants il a pour vocation d'inciter à consommer local. Le deuxième volet est celui du développement durable. Nous avons mis en place un Plan climat air énergie qui se décline en différents ateliers. C'est la collecte des vieux pneus, la lutte contre l'ambroisie, la sécurité autour des captages prioritaires à laquelle les agriculteurs participent pour que nous ayons une ressource en eau de la meilleure qualité possible ou encore, la création de la station de lavage du Mottier. Le troisième volet est environnemental : nous accompagnons le développement de pratiques agronomiques innovantes en travaillant avec l'ADI sur l'irrigation par exemple ou en favorisant l'emploi de drones pour l'utilisation au plus juste des produits phytosanitaires.
Quels sont vos objectifs ?
Nous avons travaillé à l'émergence de projets agricoles, à la transmission d'exploitations, à créer du lien entre élus et agriculteurs et nous avons la chance que beaucoup de maires de Bièvre Isère communauté soient agriculteurs ou anciens exploitants. Mais aujourd'hui, nous souhaitons aussi travailler sur les filières ainsi que sur l'agritourisme. Par exemple, l'office de tourisme Terres de Berlioz fait la promotion des produits agricoles du territoire et nous avons une boutique, à l'aéroport de Saint-Etienne-de-Saint-Georis, où les 350 000 passagers qui le fréquentent peuvent aussi trouver ces produits.
Vous avez choisi de vous emparer du sujet de la méthanisation, pour quelle raison ?
Au départ, c'est en raison de l'aspect environnemental car nous avons fait le pari de baisser de 20% notre consommation d'énergies fossiles. Nous avons permis l'aménagement d'un parc solaire de 11 ha sans empiéter sur des terres agricoles et depuis 2015, nous travaillons sur la méthanisation. Les zones capables d'accueillir des unités de méthanisation ont été inscrites au PLUI. Il y a quatre projets portés par des collectifs d'une dizaine d'agriculteurs chacun qui se sont fédérés autour d'une association. Bièvre Isère communauté a financé les études de faisabilité. Nous ne prenons aucune décision sans nous réunir avec les porteurs de projets. Le dialogue entre les services techniques, la chambre d'agriculture et les élus a été assez naturel.
Comment abordez-vous ces sujets parfois délicats comme la méthanisation, le tri des ordures ménagères ?
Il y a de vrais sujets qui deviennent des urgences. Rendre la population acteur de la transition écologique passe par beaucoup d'information. Tout un territoire se met en marche autour du plan climat. L'enjeu, c'est de faire changer les habitudes de chacun. Le lycée agricole de La Côte-Saint-André est un lieu emblématique de développement, d'innovation et de diffusion d'une information juste. Et les agriculteurs ont un rôle écologique par l'entretien du territoire, la protection de l'environnement et des nappes d'eau. Il y a une vraie prise de conscience du monde agricole. De plus, l'économie agricole est non délocalisable. Il faut beaucoup de pédagogie, mais il y a 800 élus dans ce territoire qui sont autant d'ambassadeurs pour porter des messages au plus près des préoccupations des habitants.
Propose recueillis par Isabelle Doucet