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Innovation

L'agriculture vue du ciel

Outils d'aide à la décision, surveillance de parcelles, épandage de précision... Les drones fournissent de nombreux services aux agriculteurs. Et ils s'invitent à la Fête de la ruralité.
L'agriculture vue du ciel

Durant la Fête de la ruralité, de curieux insectes mécaniques sillonneront le ciel de Pressins. Equipés de caméra, ces drones vont filmer la manifestation depuis l'installation et l'arrivée des bêtes jusqu'à la proclamation des résultats du concours départemental d'élevage. Une première qui fait la fierté des organisateurs. « Ça nous fera un joli souvenir », assure Michel Pégoud, qui coordonne les préparatifs de la fête. Mais, à part fabriquer des souvenirs, à quoi servent les drones en Isère ? Et quels sont les agriculteurs qui les utilisent ?

La bonne quantité au bon endroit

Sur le terrain, ils sont près de 300 d'exploitants « à l'écoute des nouveautés » qui recourent à ces nouveaux outils. Tout a commencé il y a trois ans avec le pilotage de la fertilisation azotée sur colza et blé, le drone venant en complément du satellite pour affiner les préconisations. « L'objectif est de sécuriser le rendement et la qualité tout en optimisant la quantité d'intrant azoté, explique Damien Ferrand, responsable Conseils R&D à la coopérative Dauphinoise. Il ne s'agit pas de mettre plus, mais d'apporter la bonne quantité au bon endroit en géolocalisant l'intrant. » Concrètement, le drone effectue des mesures de biomasse et de réflectance grâce à un capteur multispectral. Les données collectées sont ensuite traitées par des logiciels spécialisés, qui délivrent une cartographie précise des besoins intraparcellaires d’azote.

L'intérêt du pilotage de l'azote à l'aide de drone est à la fois économique et écologique. La cartographie réalisée permet en effet de moduler la dose d'azote et d'homogénéiser l'apport (en évitant les pertes). Donc d'améliorer globalement la qualité et le rendement, et par conséquent la rentabilité. Selon Damien Ferrand, les agriculteurs qui l'utilisent gagnent 0,4 à 0,5 point de protéine, et récoltent entre trois et quatre quintaux de plus.

Depuis le mois de juin, La Dauphinoise expérimente un autre type de prestation : le lâchage de trichogrammes par drone. « C'est un mode de lutte alternative que nous testons sur des zones où le problème de la pyrale est en train d'émerger et où les agriculteurs n'ont pas l'habitude de traiter », précise le responsable R&D de la coopérative.

Largage de capsules

Bien plus rapide que la pose manuelle des diffuseurs de trichogrammes, ces miniscules guêpes auxiliaires qui parasitent la pyrale du maïs, le largage de capsules représente un gain de temps non négligeable : un drone peut traiter cinq à sept hectares en 20 minutes si les conditions de vol sont bonnes. Soit 40 à 80 hectares par jour, en comptant les temps de mise en route, de chargement des nacelles et les déplacements entre les parcelles. Début juin, dans la plaine de Lyon, près de 220 hectares de maïs ont ainsi été traités contre la première génération de pyrales. En juillet, l'opération a été renouvelée dans le Grésivaudan où une demi-douzaine d'agriculteurs locaux ont expérimenté l'épandage massif de trichogramme par drone, cette fois sur la deuxième génération de pyrales. Cette solution permet des passages particulièrement fins, le parcours du drone étant préprogrammé selon une cartographie établie à l'avance.

Si l'efficacité de cette technologie est d'ores et déjà avérée, la médaille a son revers : le coût. Consciente du problème, la coopérative Dauphinoise, qui affiche sa volonté d'« orienter de plus en plus les agriculteurs vers des solutions de biocontrôle », finance en partie l'expérimentation. Le coût de la prestation, réalisée par un opérateur extérieur, est pour l'instant équivalent à celui d'un épandage chimique, soit 70 euros environ. « Mais derrière, estime Damien Ferrand, l'agriculteur devrait s'y retrouver en termes de rendement, et même gagner quelques quintaux. »

Marianne Boilève

 

Un enjeu de qualité pour le maïs waxy

Reportage / Dans le Grésivaudan, une trentaine d'hectares sont cultivés en maïs waxy, une production de niche à haute valeur ajoutée destinée à l'industrie amidonnière. Le largage de trichogrammes par drone représente une solution alternative aux traitements chimiques, très appréciée des agriculteurs.
« CareFree... Arrêt ! » Une douce voix numérique avertit que le drone est opérationnel. Chapeau de soleil vissé sur la tête, l'opérateur, Alain Thibaux, pose délicatement l'engin en bordure du champ, grimpe sur le toit de son break et s'apprête à faire décoller le drone. « Vous pouvez reculer un peu s'il vous plaît ? » Curieux, mais respectueux des consignes de sécurité, Christian Sommard, exploitant travaillant en agriculture raisonnée à Tencin, obtempère.
Dans quelques minutes, la machine va larguer des capsules contenant des centaines de milliers de trichogrammes sur une dizaine d'hectares de maïs waxy que l'agriculteur souhaite « traiter à bon escient par le naturel ». Pour Christian, le choix du drone est « évident », car ses maïs font 2,50 m de haut et il ne pourrait entrer dans sa parcelle sans faire de casse. Ces lâchers de trichogramme ne se font pas au hasard : ils ciblent la deuxième génération de pyrale. « C'est un essai », précise Loïc Arrnaud, qui suit les opérations pour le compte de la coopérative Dauphinoise.
Dans le Grésivaudan, la pression de la pyrale n'est pas encore très forte, mais elle augmente sensiblement depuis quatre à cinq ans. L'enjeu est considérable. De nombreux exploitants cultivent du maïs waxy, une production de niche destinée à l'industrie amidonnière. Il n'est donc pas question de mettre en péril ni le rendement, ni la qualité, ni l'état sanitaire des cultures. « La pyrale peut provoquer des dégâts sur grain, et c'est une entrée pour des champignons qui sont à l'origine des mycotoxines, explique Jean-Marc Lapierre, directeur régional à la coopérative Dauphinoise. La performance du trichogramme est similaire à celle d'un traitement chimique, mais son efficacité dure plus longtemps, deux à trois semaines environ. »
Du haut de sa voiture, Alain Thibaux amorce le décollage. Projetant un petit nuage de poussière, le drone s'élève à la verticale et se dirige automatiquement vers la parcelle, selon un plan de vol défini à l'avance en fonction des cotes et des relevés fournis par l'agriculteur. L'opérateur, lui, n'est pas là que pour contrôler que tout se passe bien et redresser la situation en cas d'anomalie. Docilement, l'engin se dirige vers le nord, à près de 30 km/heure, et commence ses largages. Une capsule tous les dix mètres. On aperçoit des sortes de petites billes blanches tomber, régulièrement. Le drone effectue un aller, se décale et entame le retour. La distribution est automatique, ce qui permet un traitement homogène de la parcelle. Une cinquantaine d'hectares seront ainsi traités dans la journée.
MB