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Alimentation

L'alimentation en pôle position

Les grandes filières de production du département peuvent s'insérer dans une démarche d'approvisionnement local. Les outils existent.

L'alimentation en pôle position

Coincées entre les filières longues quasi indépendantes de la production, et les circuits courts contrôlés par les producteurs, les filières alimentaires de proximité essaient de trouver leur voie. C'est en tout cas dans ce but que la chambre d'agriculture a organisé le 4 février une soirée Terre de débat permettant de savoir si elles constituaient une opportunité de développement économique pour les territoires.
Mais si la réflexion est portée par la profession, il faut aussi vérifier qu'elle correspond à une attente des consommateurs Jean-Claude Reignier, représentant d'Orgéco38 (1), estime que le consommateur a trois critères en tête pour faire ses choix : l'étiquetage, la traçabilité et le coût. Le premier renvoie de plus en plus à une approche santé et à la transparence. La traçabilité permet d'induire une confiance tandis que le dernier est commun à tous les consommateurs, riches ou pauvres. « Il ne faut pas que le client ait le sentiment de s'être faite gruger, autrement dit, le produit correspond-il à ce qu'il attendait », précise Jean-Claude Reignier. Pour le représentant des consommateurs la notion de terroir fait partie de la garantie, mais certains acheteurs ne s'en préoccupent pas. En revanche, « tous attendent une nourriture de qualité, pas de sur-qualité ».

Consacrer du temps

Ces critères les grandes surfaces les ont pris en compte et veulent y répondre. « Mais le consommateur est multiple et l'offre pléthorique », indique Jérémy Frachet, chef du secteur alimentaire de Carrefour Saint-Egrève. L'enseigne gère 25 000 références alimentaires. Une caractéristique scinde les consommateurs : le temps. Certains n'en ont pas et veulent faire vite. Pour d'autres c'est un investissement assumé et ils prennent le temps de choisir. En revanche, « on aurait du mal à imaginer un client qui ferait plusieurs points de vente pour satisfaire ses attentes... », estime le représentant de Carrefour.
Du côté approvisionnement, la dépense carbone commence à entrer dans les calculs de choix de l'enseigne. Les fournisseurs nationaux ont encore de beaux jours devant eux, mais la production locale prend peu à peut ses marques auprès du distributeur. « La limite va être celle du temps que l'on pourra consacrer à chaque producteur », analyse le responsable commercial.

Forte concertation

Si les filières semi-longues de proximité commencent à s'organiser, « c'est bien parce que Département a favorisé une structuration de la profession par la commande publique, rappelle Christophe Corbière, du service agriculture du conseil départemental. L'alimentation de qualité est une attente sociétale forte, l'action du Département via ses commandes est un levier, mais on avait besoin d'outils organisés. Cela s'est traduit par huit cuisines mutualisées pour reprendre la main sur l'approvisionnement, l'organisation de la logistique, la montée en puissance des plateformes telles que Mangez bio Isère (MBI) ou Récolter.
Le travail auprès des producteurs est allé loin, car il a fallu adapter les contenances, les conditionnements pour faciliter le travail des cuisiniers. « C'est au prix d'une forte concertation. On a travaillé également avec les éleveurs de saveurs qui ont trouvé un marché auprès des cantines. Le Pôle agroalimentaire doit renforcer cette dynamique. »
Pascal Denolly, président de l'association du Pôle agroalimentaire, indique que cette démarche vise à accompagner les producteurs de taille moyenne, à créer un relationnel étroit entre les besoins locaux et cette offre locale disséminée.

Accessible aux petites communes

Monique Limon, députée de l'Isère, toujours très attentive aux question d'alimentation, s'interrogeait sur l'appropriation de ce type de démarche par les communes. Pour Christophe Corbière, « elles doivent commencer par des action simples comme l'introduction de fruits dans les cantines. Cela n'amène aucune perturbation et permet de mettre le pied à l'étrier. Ensuite la mécanique peut être poursuivie. Il faut aussi lutter contre les gaspillages alimentaires pour éviter les surcoûts cachés. Et le développement fulgurant de MBI en quelques années prouve que les démarches municipales sont possibles ».

Le collectif pour baisser les coûts

Si les attentes sont là, il faut aussi que l'amont puisse y répondre. Pascal Denolly et David Rivière, de l'association des Eleveurs de saveur, se prononcent unanimement pour des démarches collectives. Seule la mutualisation permet la chasse aux surcoûts estime en substance le président du PAA, notamment pour la livraison en RHD, mais aussi parce la chasse en meute permet d'être plus forts. Côté technique, les Cuma permettent de réduire les coûts en matériel tandis que les groupements d'employeurs peuvent apporter des souplesses et de la sécurité dans la gestion de la main d'œuvre.« Il faut vouloir s'embêter un peu à la mise en place, mais on en tire les bénéfices ensuite », avance-t-il par expérience. C'est même esprit qui a animé David Rivière et les Eleveurs de saveur. « On peut faire de la viande née, élevée et abattue en Isère. La traçabilité est assurée par les papiers de l'animal, nous avons un outil public d'abattage et nous faisons travailler des entreprises de transport frigorifique locales. Le tout sans recourir à des fermes usine. Le travail en collectif a permis à chacun de la vingtaine d'éleveurs inscrits dans la démarche, d'évoluer, de s'adapter et de répondre aux attentes des bouchers locaux et des cantines mutualisées.»

(1) Organisation générales des consommateurs

 

Jean-Marc Emprin

 

Exergue
« La France est déjà en sur-qualité. Il nous faut simplement des prix décents, des consommateurs et de la confiance »

Logistique / C'est en explorant toutes les pistes que les coûts du dernier kilomètres peuvent être diminués.

 

Le premier et dernier kilomètre

En matière de commerce, la livraison n'est jamais un poste négligeable. C'est bien pour cela que la logistique a fait l'objet de la troisième table ronde de la soirée Terre de débat organisée par la chambre d'agriculture le 4 février. Quand on s'adresse à une livraison au particulier (le magasin de détail) « on est sur des achats de faible volume et des marges faibles, explique Van Dat Cung, enseignant-chercheur au laboratoire Grenoble INP. Il faut arriver à amortir le coût ». Son laboratoire travaille depuis presque dix ans sur cette question, depuis qu'en 2010, une redynamisation du MIN a été impulsée par les collectivités publiques. « Il faut trouver les moyens pour que les fournisseurs n'aient pas besoin d'entrer dans Grenoble, confirme Bernard Colonel-Bertrand, directeur du MIN. On a le MIN, l'abattoir, des points-relais pour cela. Mais il n'y a jamais de réponse tout prêtes, stéréotypées. » C'est pour cela qu'a été imaginé un centre de distribution urbain (CDU) destiné à faciliter les livraisons en ville. Il s'appuie tant sur des livraisons à vélo que sur des camionnettes ou de petits poids lourds, tout dépend des besoins. « Dès qu'il y a mutualisation, les coûts baissent », rappelle le directeur du MIN.

Habitudes ancrées

Et son expérience est telle qu'il veut la dupliquer au premier kilomètre, la partie où il faut regrouper les produits des territoires pour afin de réaliser des transports plus volumineux vers les centres de consommations ou les CDU. « La ramasse est un point de levier important, mais quels que soient les bouts de la chaîne, on s'attaque à des habitudes, et personne n'aime ça », constate-t-il. Martin Charbonneau, logisticien de Mangez bio Isère, indique quelques éléments nécessaires : une plateforme logistique pour adapter au mieux les flux ; une souplesse de gestion pour éviter la plateforme quand elle n'apporte rien ; une logique de territoire avec un service au plus près des besoins pour éviter les déplacements de véhicule à vide ». « L'essentiel est d'économiser les km, toujours coûteux », synthétise Bernard Colonel-Bertrand.

 

JME