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Economie

L'altitude convient mal au maraîchage

Une étude de la chambre d'agriculture fait apparaître les réelles difficultés de développement du maraîchage dans les montagnes au sud de Grenoble. Les atouts locaux existent, mais sont peu nombreux.
L'altitude convient mal au maraîchage

L'avenir du sud Isère sera-t-il maraîcher ? On peut en douter au vu de l'étude quasi-exhaustive que la chambre d'agriculture de l'Isère vient de réaliser et qui montre les difficultés d'une telle filière en ces lieux. Le sud Isère, composé de 72 communes au sud de Grenoble réparties entre Trièves et Matheysine, est un territoire essentiellement de montagnes au cœur duquel les exploitations sont implantées entre 700 et 900 mètres d'altitude.

Développement récent

Cette zone « connaît un développement visible de cette activité » constate-t-on à la chambre d'agriculture. Ainsi, sur 22 exploitations recensées en 2014, 10 étaient installées depuis moins de cinq ans et quatre porteurs de projets étaient, en sus, identifiés. « Cette dynamique interroge sur la concurrence et la complémentarité des fermes maraîchères entre elles, souligne la chambre d'agriculture. Quels sont les volumes produits et les débouchés envisageables ? Y-a-t-il de la place pour toutes ? »
L'association de développement local Sitadel a créé un groupe maraîchage début 2014 pour accompagner techniquement les producteurs locaux. Parallèlement, la chambre d'agriculture a décidé de mieux connaître cette filière locale. « Notre enquête a abordé des aspects techniques (sol et mécanique), des aspects commerciaux et des approches économiques, explique Claire Jaoul, conseillère spécialisée en maraîchage de la chambre pour l'Isère et la Drôme. Mais ces aspects n'étaient pas évidents à recueillir en raison de la jeunesse des installations ou parce qu'il n'y avait pas d'enregistrements de données chiffrées. »

Spécialisées ou...

Sur les 22 exploitations recensées, 7 sont spécialisées sur essentiellement un légume : 5 en pommes de terre, une en courge/potimarron et une en asperges et oignons. « Dans ces fermes spécialisées, l'atelier légume vient en complément à une production principale d'élevage ou de céréales » précise Claire Jaoul. Ces exploitations sont de taille relativement importante, présentes depuis 18 ans en moyenne et ont de la main-d'œuvre salariée.

... diversifiées

Sur les 15 exploitations de maraîchage diversifiées, neuf ont moins de cinq ans. Un tiers a un atelier complémentaire, élevage ou transformation, mais la majorité du temps de travail annuel est consacré à l'atelier maraîchage.
Cependant ces exploitations demeurent extrêmement modestes, car alors que la référence régionale dans cette filière est d'une UTH (1) pour un hectare dont 1 000 mètres carrés couverts (tunnel ou serre), la surface médiane (2) relevée pour les 15 exploitations est de 0,5 ha (3). L'Adabio dans une étude pluri-départementale en 2009, l'avait estimé à 1,3 ha. « L'accès au foncier est un problème soulevé fréquemment par les exploitants enquêtés, acquiesce Claire Jaoul. Une certaine réticence locale à leur rétrocéder des terres s'appuie sur le fait que la plupart des installés ne sont pas issus du coin et que ce sont des reconversions professionnelles, inexpérimentées dans cette production ». Là comme ailleurs, il faut faire ses preuves.

Surfaces comme revenus sont réduits

Ces surfaces réduites induisent de faibles, voire très faibles chiffres d'affaires : 2090 euros/1 000 m2/an (3420 euros en moyenne. régionale), mais avec des écarts allant de 720 à 5 400 euros. « Récentes pour la plupart, ces exploitations n'ont pas encore atteint leur rythme de croisière », tempère Claire Jaoul. Les prélèvements privés (ce que se verse l'exploitant) sont donc extrêmement faibles, voire inexistants. Cinq sont à moins de 2 000 euros par an et six entre 2 000 et 10 000. « Trois seulement peuvent se targuer d'en vivre avec plus de 10 000 euros par an », estime la conseillère. Seule une poignée de maraîchers considère d'ailleurs cette activité comme une vraie entreprise agricole, dont on peut tirer un revenu et une qualité de vie. Pour la plupart des maraîchers diversifiés, elle est intégrée dans une globalité de revenus comprenant une activité d'appoint hivernale ou l'apport du conjoint.
Car la saison est courte : 7,5 mois chiffre-t-on à la chambre d'agriculture. Seule la période entre juin et septembre voit l'ensemble des exploitations commercialiser leur produit. « Ce sont pour la plupart des installations hors DJA, avance Claire Jaoul, dont le déficit de formation technique se révèle sur l'exploitation. Il y a des mutualisations, des échanges, mais il n'y a pas de compensations techniques entre les uns et les autres ». C'est pour cette raison que Sitadel a mis en place un groupe maraîchage afin de définir les besoins et d'accompagner la mise en place de formation.
Ces démarches collectives pourraient être une forme de réponse aux difficultés rencontrées, mais il n'en reste pas moins que les exploitations souffrent d'une absence d'infrastructures de stockage et de faibles volumes de productions qu'il faudrait également résoudre pour espérer un développement. Même si certaines perspectives peuvent être envisagées localement notamment en période hivernale, les possibilités les plus importantes pourraient se concrétiser dans la transformation ou dans restauration hors domicile. Mais tout dépendra de la volonté des acteurs en place de mutualiser davantage leur démarche et d'assurer des volumes réguliers toute l'année, condition sine qua non pour répondre à ce marché. « Il n'y a pas de place pour des maraîchers supplémentaires, estime Claire Jaoul, mais ceux qui sont là peuvent, sous certaines conditions, augmenter leur rentabilité. »

Jean-Marc Emprin

(1) Unité de travail humain.
(2) Autant d'individus, ici d'exploitations, sont au-dessus de ce chiffre qu'en dessous.
(3) Les 15 exploitations n'occupent que 9,5 ha au total.