L'Apao défend son outil de production
On ne refait pas l'histoire, mais on peut s'en inspirer pour éviter de reproduire ceraines erreurs. C'est dans cet esprit que l'Association de promotion de l'agriculture en Oisans (Apao) a invité Bernard François pour parler de l'impact de la Romanche sur l'agriculture à l'occasion de son assemblée générale. Auteur d'une étude très fouillée sur le fougueux torrent, l'érudit dauphinois a longuement évoqué les caprices de la Romanche et les mesures prises au fil du temps pour en prévenir les débordements. Une aubaine pour l'Apao qui suit de près les propositions faites par le Symbhi (Syndicat mixte des bassins hydrauliques de l'Isère) pour la protection du centre-bourg et de la plaine de Bourg-d'Oisans contre les inondations. « Nous sommes vigilants sur le sujet, car la priorité de notre association reste que les travaux engagés par le Symbhi aient le moins d'impacts possibles pour l'agriculture, tout en garantissant au mieux la protection des personnes et des biens, explique Emilie Salvi, la présidente de l'Apao. Le problème, c'est qu'on ne tient pas forcément compte de l'expérience passée pour prendre les bonnes décisions aujourd'hui. »
Alternatives moins coûteuses
Tout au long de l'année 2016, l'association des agriculteurs ulissans s'est fortement mobilisée sur ce dossier délicat. Suite au comité consultatif de juillet 2016, elle a écrit aux maires de l'Oisans et au président de la communauté de communes pour réagir aux propositions du Symbhi. Courrier resté sans réponse. L'association y suggèrait pourtant des solutions alternatives, « moins coûteuses et plus logiques » selon elle que certains travaux envisagés. Outre l'amélioration des évacuations des exutoires ou la création d'un barrage écrêteur de crue sur le Vénéon, l'Apao propose par exemple d'utiliser les capacités de stockage des barrages du Chambon et du Verney pour décaler les pics de crue de 48 à 72 heures. Pour être mise en œuvre, cette action préventive doit faire l'objet d'une négociation entre l'Etat et EDF, discussion dans laquelle les agriculteurs aimeraient voir leurs élus peser...
Les agriculteurs ne se disent pas fermés pour autant aux pistes avancées par le Symbhi. Ils sont même « favorables à la consolidation des digues actuelles ». Mais ils rapellent que « quels que soient les aménagements envisagés, le risque pour les terres agricoles ne doit pas être majoré ». A ce titre, ils sont « opposés à toute création de champs d'inondation contrôlés en zone cultivable » qui, sur les terrains schisteux de la plaine de Bourg-d'Oisans, risquent de rendre les parcelles inexploitables en cas de stockage d'eau, « car les matériaux transportés asphyxient la terre et la rendent inculte ». En Oisans comme ailleurs, les agriculteurs doivent encore et toujours rappeler que leurs terres sont des outils de production qu'il convient de protéger au même titre que ceux de n'importe quel acteur économique.
Marianne Boilève
« Promouvoir l'agriculture locale, ça fait du bien ! »
Discrète, l'Apao n'en est pas moins attractive. Son assemblée générale a réuni une trentaine de participants, dont plusieurs nouveaux installés et porteurs de projet. Preuve que l'association sait mobiliser ses troupes quand il s'agit de faire cause commune pour l'Oisans. « C'est une association importante pour le territoire », confirme Cécile Andrieux. Récemment installée à Villard-Reymond, cette jeune maraîchère ne s'est pas contenté d'adhérer pour intégrer le réseau des agriculteurs : elle a eu envie de rejoindre le conseil d'administration afin d'aller plus loin, de s'impliquer et « parce que promouvoir l'agriculture locale, ça fait du bien ! »Les projets portés par l'Apao traduisent bien ce besoin de « faire ensemble ». Outre la protection de la plaine de Bourg-d'Oisans, l'assemblée générale a été l'occasion de faire le point sur quelques dossiers-clés (fin de la délégation de service publique de l'abattoir de l'Oisans, voie verte, installation, Paec, plans pastoraux...) ainsi que sur les opérations phare que mène l'association pour faire connaître l'agriculture du territoire. Si le succès de la Nocturne des savoir-faire de l'Oisans, fin juillet, ne se dément pas, l'offre de buffet a plafonné à huit prestations dans l'année. En revanche, les trois marchés à ferme, inspirés de ce qui se fait en Belledonne, ont attiré près de 500 personnes. En 2017, l'initiative va donc être reconduite, voire amplifiée. Autre nouveauté qui a beaucoup plu aux adhérents : la rencontre organisée le 8 décembre à la miellerie de Gilles Roche au Freney d'Oisans, à laquelle a été conviée la dizaine de porteurs de projet et de nouveaux installés. « C'est une manière de faire connaissance et de visiter une installation déjà en place, a apprécié Cécile Andrieux. C'était très intéressant, très enrichissant. » Là encore, l'initiative devrait avoir une petite sœur en 2017.MB