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Quinzaine de l'installation

L'apiculture, « une révélation »

Passionné d'apiculture, Frédéric Chasson prévoit de s'installer en double activité. Ainsi, tout en conservant son poste dans le secteur de la grande distribution, il met déjà un pied dans sa future profession.
L'apiculture, « une révélation  »
« Quand on travaille avec les abeilles, on est envahi par le bruit du silence. C'est un grand moment de calme. J'ai de la chance car j'ai trouvé ma voie. Et ça n'a pas de prix ». Frédéric Chasson ne cache pas son enthousiasme lorsqu'il évoque son nouveau projet professionnel : celui de devenir apiculteur professionnel, à temps plein.
Depuis quinze ans, ce trentenaire travaille dans la grande distribution et c'est par un concours de circonstances, il y a cinq ans qu'il fait ses premiers pas dans le milieu apicole. « A cette époque, j'ai été contacté pour travailler aux Etats-Unis dans le secteur de l'informatique, ma deuxième passion. J'ai donc envoyé mon curriculum vitae aux employeurs, mais ils n'ont pas donné suite. Le week-end suivant, j'ai discuté avec le cousin de mon épouse, un apiculteur amateur, qui m'a parlé des formations d'initiation à l'apiculture, dispensées par le syndicat apicole dauphinois », raconte-t-il. Très intéressé, il n'hésite pas une seconde et se lance : « Ce fut une révélation ».

L'apiculture, un métier technique
Il achète alors ses quatre premières ruches et les installe du côté d'Uriage. Il continue à se former et obtient un BPREA (Brevet professionnel de responsable d'exploitation agricole) option apicole au CFPPA de Saint-Ismier. « J'ai ensuite terminé ce cursus par un stage de six mois chez un professionnel, dans la Loire. Il faisait uniquement de la vente directe et des visites pédagogiques, un projet qui me convenait bien. Je me suis rendu compte que je n'étais pas qu'un doux rêveur, au contraire », confie-t-il. Dans son entourage, cette reconversion est plutôt bien perçue, même si certains gardent en tête « une image un peu "baba cool" de l'apiculture, avec des gens en train de rêvasser dans les champs. Sauf que ce n'est pas ça. C'est un métier très technique où il faut tenir compte des changements du climat, de l'environnement et de l'arrivée de nouvelles maladies ». Inscrit au répertoire d'installation de l'Adasea, Frédéric Chasson doit vite faire face à une difficulté de taille : trouver un terrain. Une affaire pas facile, « d'autant plus que je ne suis pas issu du milieu agricole. Quand on dit que l'on veut installer une miellerie, les gens ont vite peur. Toutes ces démarches sont compliquées. Il faut être blindé car il y a de grands moments de solitude », argumente-t-il.

« La routine ne m'intéresse pas »
Alors, pour démarrer son activité et passer sereinement du milieu de la grande distribution à l'apiculture, il étudie de très près la possibilité d'être double actif pendant quelque temps. Une étape qui lui permet de garder son emploi tout en mettant déjà un pied dans son nouveau métier. « Je profite de mon temps libre pour construire mes ruches. J'ai choisi de ne pas m'installer avec les aides. Je construis tout moi-même, c'est un capital acquis. Cela me permet d'être beaucoup plus serein, car lorsqu'on bénéficie de prêts, il faut être sûr de tenir ses objectifs de production. En apiculture, la saison est très courte. Alors si on a un problème, cela devient très difficile », commente le futur professionnel.
Aujourd'hui, Frédéric Chasson serait sur le point d'acheter un terrain vers Saint-Pierre-de-Mésage, « mais ça reste encore à confirmer », précise-t-il avec prudence. A terme, il aimerait avoir 800 ruches, produire du miel - essentiellement monofloraux - de la gelée royale, de la propolis et du pollen, ainsi que du pain d'épice et du nougat. Il souhaite vendre sa production directement au consommateur et demander le label bio. Dès que son installation sera effective, sa compagne devrait le suivre et s'occuper plus particulièrement de la production de gelée royale. Des projets motivants, car il soutient que c'est justement l'incertitude de l'avenir qui lui plaît : « C'est Dame Nature qui décide de beaucoup de choses dans ce métier, c'est elle qui me donne cette poussée d'adrénaline face au suspense de savoir si on va réussir ou pas. Si tout était tracé, ce serait routinier et ça ne m'intéresserait pas. Et quand on voit le miel couler dans l'extracteur, c'est une grande récompense ».
Lucile Ageron