L'atelier collectif, une idée à affiner
Baisser les bras ou continuer ? C'est la question que se posent les éleveurs laitiers en ce moment, surtout en Rhône-Alpes, où les coûts de production sont bien supérieurs à ceux de l'Ouest français. Le problème, c'est qu'on ne renonce pas si facilement à un « métier de passion » comme celui d'éleveur. Lors d'une rencontre organisée aux Echelles par la Confédération paysanne, une dizaine d'exploitants aux profils très différents ont « cherché des solutions ensemble ». De la belle exploitation classique qui tourne plutôt bien à la ferme bio en circuit long qui a du mal à s'en sortir en dépit d'un prix de base à 427,75 euros, en passant par la petite coopérative chartroussine et l'éleveur qui transforme une partie de sa production, tout le monde fait le même constat : le système est à bout de souffle. Faut-il en profiter pour reprendre la main ou tout arrêter et faire autre chose ? « Aujourd'hui, dans nos régions, des producteurs bio arrêtent alors qu'il y a de la demande et que le marché est porteur, s'inquiète Isabelle Costa-Roch, du Gaec des Grands Prés à Massieu. C'est la première fois que je vois ça. En tant que paysanne et citoyenne, je me demande comment faire pour répondre à la demande et fournir le lait dont on a besoin à l'échelle du territoire. »
En circuit court ou à l'échelle micro-locale, des solutions existent. Certains, comme Olivier Giroud à Biol, aimeraient réduire la voilure. « Le problème, c'est qu'avec nos paquebots de 80 vaches, ce n'est pas facile de changer de direction. » Olivier, lui, veut diminuer la taille du troupeau et mettre ses vaches l'herbe. D'autres songent à transformer leur lait. « Ça fonctionne pas mal, témoigne Jean-Claude Roux-Sibillon, adhérent Sodiaal qui réalise 50% de son chiffre d'affaires en transformant 20% de son lait. Mais ce n'est pas le même travail : quand on transforme, on ne fait que ça. Nous, ça marche parce que nous n'avons que trente vaches laitières. Mais ce serait difficile en étant plus gros. »
Success-story
Reste la forme coopérative. Régis Damian, éleveur et maraîcher à Ayn, décrypte la success-story de la coop de Yenne (56 exploitants). « Nous avons su nous remettre en question et prendre les bonnes décisions au bon moment », résume l'éleveur savoyard. Il a fallu accepter la fusion de deux coopératives, se plier à un cahier des charges exigeant, voire contraignant, veiller à diversifier la clientèle pour ne pas dépendre d'un seul gros donneur d'ordre, faire évoluer la production et innover en permanence. Le résultat est là : les éleveurs de la coopérative bénéficient aujourd'hui d'un prix moyen à 512 euros les 1 000 litres.
A cheval sur l'Isère et la Savoie, la coopérative des Entremont, plus modeste (23 exploitants), a connu un développement tout aussi intéressant. Son pari : miser sur la qualité, l'attachement au terroir et la labellisation (en l'occurrence « Parc de Chartreuse »). « Nous sommes au milieu de deux bassins de consommation et nous avons un truc à jouer avec la marque Parc », explique Frédéric Ogier-Denis, éleveur à Miribel-les-Echelles. Reste que la forme coopérative représente un gros investissement en termes de temps : « Ce qui est vital, en gestion directe, c'est de motiver les producteurs. Nous sommes un petit noyau au conseil d'administration et nous sommes tous au taquet. Mais si chacun s'y met et fait sa part, on y arrive. »
Les deux témoignages alimentent les réflexions. Tous s'accordent à penser que « les chantiers collectifs permettraient de redonner du sens au métier et d'alléger les charges ». Doit-on imaginer un outil de transformation collectif aux portes de Grenoble pour permettre aux éleveurs de valoriser leur lait correctement ? Pourquoi pas, répond Frédéric Ogier-Denis: « Si les coop se sont créées dans les années 30, ce n'est pas parce que les gens s'aimaient bien, mais parce qu'ils vivaient une crise encore pire que celle d'aujourd'hui. C'était une question de survie. Comme aujourd'hui ! » La piste est d'autant plus pertinente que les collectivités territoriales (Grenoble Alpes métropole, Pays voironnais Département...) sont en train d'élaborer une stratégie agricole et alimentaire à l'échelle du territoire.