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Rencontre

L'eau, source d'équilibre

Réseaux d'irrigation, risque sanitaire des vergers, monoculture, crise laitière : le territoire du Sud-Grésivaudan cherche son équilibre entre contraintes et développement économique. Les nouveaux élus départementaux étaient à l'écoute des représentants du monde agricole du secteur.
L'eau, source d'équilibre

Pour que les choses soient claires, les exploitants du territoire du Sud-Grésivaudan réaffirment leur entière solidarité avec leurs collègues éleveurs qui rencontrent aujourd'hui les plus grandes difficultés dans leur production. Pour autant la vallée de l'Isère tendant à se spécialiser dans la culture de la noix, les problèmes y sont spécifiques. Il s'agit notamment des questions d'irrigation et de santé de la noix, autour desquelles les vice-présidents du département Robert Duranton, délégué à l'agriculture et Bernard Perazio, délégué aux infrastructures et à l'irrigation, avaient réuni, vendredi dernier, les responsables agricoles locaux, dont les présidents des réseaux d'irrigation et les acteurs de la filière nucicole.
Bien sûr, la noix est un produit phare pour le département. Les indicateurs de marché sont aux vert et, sur les 10 à 15 000 tonnes récoltées suivant les années en AOP, plus de 60% sont dédiées à l'export. Cependant, le fruit connaît des problèmes sanitaires tels que certains remettent en question la tendance à la monoculture. La mouche du brou a en effet fait un retour en force dans les vergers cet été, tandis que le champignon colletrotrichum exerce une pression grandissante, tout en restant insondable. Jean-Luc Revol, le coprésident de la station expérimentale Senura à Chatte, a insisté sur les nécessaires moyens dont doit bénéficier la recherche pour une meilleure connaissance de ce parasite.

Un réseau vieillissant

Cependant, tous les nuciculteurs ont fait remarquer que si les arbres encaissaient bien la sécheresse du mois de juillet, c'est en raison de la présence du réseau d'irrigation. Mais les infrastructures sont vieillissantes et réclament un entretien de plus en plus soutenu. Les attentes des exploitants, et plus particulièrement des nuciculteurs adhérents aux différents réseaux d'irrigation, portent sur l'aide potentielle du conseil départemental sur les dossiers d'agrandissement, sur les aspects financiers et humains, mais aussi sur les moyens de pression auprès de la région dont les enveloppes conditionnent les autres fonds. Ils ont également besoins d'aide pour entretenir les réseaux. « Si l'on ne soutient pas ce type de structure, on perd la polyculture », a bien compris Bernard Perazio. Car l'accessibilité de l'eau, c'est non seulement la sécurisation de la culture phare, la noix de Grenoble, mais aussi la garantie que perdurent toutes les activités agricoles alentour, qui permettent de conserver un équilibre dans le territoire. Tous les acteurs y sont sensibles, percevant bien les limites d'une monoculture. Enfin, Yves Borel, le président du CING, a rappelé que dans le cadre de la révision du cahier des charges de l'AOP noix de Grenoble, il redoutait que soit levée l'obligation de conditionnement dans la zone de l'AOP, conformément à la doctrine libérale de Bruxelles. Le manque à gagner se traduirait en déficit d'image et de contrôle - l'AOP deviendrait une appellation « non contrôlée » - mais aussi financier puisque les cotisations des négociants sur les noix mises en marché tomberaient. La filière est dans l'attente des conclusions d'une rencontre avec la direction de l'INAO et le député européen Michel Dantin.
Quant à la campagne 2015, elle s'annonce correcte en volume (environ +20% par rapport à 2014), ce qui signifie un retour à la normale, et les cerneaux en 30 mm seraient au rendez-vous. Cependant, les vraies prévisions de la Senura sont attendues pour la mi-août.

Isabelle Doucet

Le saint-marcellin cherche une valorisation

C'est la deuxième production sous signe de qualité du secteur du Sud-Grésivaudan. Le saint-marcellin a obtenu son IGP en novembre 2013. Mais les producteurs peinent à la valoriser. En dépit d'une notoriété nationale et de la reconnaissance de sa qualité, le petit fromage ne se commercialise pas très bien : 3 500 tonnes dans les années 2000 contre 2 650 aujourd'hui. « C'est un problème de valorisation et de distribution », affirme Bruno Neyroud, le président du CISM, qui se dit « écœuré par les pratiques de la distribution et par le système qui prévaut où les prix n'ont rien à voir avec les coûts de production. » Pour les producteurs de lait en saint-marcellin, le complément de prix, de 30 euros maximum par rapport au prix fixe, s'opère au prorata du lait transformé. Or, dans la zone, sur 2,6 millions de litres de lait collectés, 1,7 million sont en IGP, mais seulement 800 000 litres sont transformés, le reste est utilisé comme lait de dégagement. De plus, en 2014, le prix payé aux producteurs oscillait entre 400 à 425 euros, cette année, il est d'environ 350 euros, soit une baisse de 70 euros les 1 000 litres, ce qui représente un manque à gagner de 35 à 40 000 euros par exploitation, soit 15% du chiffre d'affaires. « Tout est lié, rappelle Bruno Neyroud, la France utilise seulement 60% de son litrage ». Or, le prix dédié aux marchés internationaux, le prix B (variable), était plus haut en 2014 que celui du marché intérieur, le prix A (fixe). En 2015, le prix aligné sur les cours internationaux est de 220 euros les 1 000 litres contre un prix fixe de 300 euros.
Lorsque les élus suggèrent aux producteurs de relancer le projet d'une fruitière gérée sur le mode coopératif par exemple, Bruno Neyroud veut avant tout faire preuve de prudence et de réalisme, prenant l'exemple de Vercors lait qui a mis des années avant de dégager des prix aux producteurs. « Ce n'est pas parce que les producteurs gèrent que c'est plus facile. En face, nous avons les mêmes distributeurs ». Il explique également que pour être rentable, une telle unité doit avoir une taille significative.
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