L'économie en ligne de mire
Elle vit avec son temps. Si l'exploitation des Jallat, à Saint-Nizier-du-Moucherotte, a toujours été une ferme laitière, en trois générations, les changements ont déjà été nombreux. « Du labour avec les villardes, au tracteur deux roues, puis quatre roues motrices et bientôt au combiné de fauche (via la Cuma du Moucherotte), l'exploitation a connu toutes les évolutions liées aux époques traversées », s'amuse Jérémy Jallat, 30 ans, installé depuis le 1er janvier 2015. La conversion biologique réalisée par son père entre 2009 et 2011 a marqué un tournant. « Nous avons profité des accords passés entre Sodiaal et Vercors lait. C'était une opportunité à ne pas manquer. Sachant que j'avais le projet de m'installer, mon père l'a saisi car nos pratiques n'étaient pas très éloignées du cahier des charges. Nous avons un système extensif, autonome en céréales, et en termes de philosophie aussi, nous avions envie de nous y intéresser », explique Jérémy Jallat.
Gestion économique
Aujourd'hui, le jeune éleveur ne regrette pas. Les 140 à 145 000 litres de lait produits annuellement et transformés dans les locaux de Vercors lait (pour rester dans le territoire), sont payés par Sodiaal au prix bio (447 euros les 1 000 litres de moyenne en 2013, 471 euros en 2014 et 425 euros en 2015). « Cela nous permet de mieux gagner notre vie qu'en conventionnel », reconnaît Jérémy Jallat, « mais nous ne devons pas sortir de l'autonomie alimentaire, sinon, nos charges explosent et nous ne sommes plus rentables ». Coûts de production en tête, la vigilance de l'éleveur en la matière est constante, car « il est important d'avoir une gestion économique la plus approfondie possible et de ne négliger aucun poste ». Si la situation géographique de l'exploitation à 1 100 mètres d'altitude et un parcellaire compliqué*, entraînent des charges de mécanisation plus élevées qu'en plaine, Jérémy Jallat veille au grain.
Une autre façon de travailler
Autonomie alimentaire de ses trente vaches, utilisation optimisée de la Cuma et achats groupés font partie des leviers qu'il utilise pour diminuer ses charges. « Ce n'est pas facile, mais nous avons la chance d'avoir des systèmes fourragers qui marchent bien ». Pour ses prairies, il utilise des mélanges suisses qui, à ses yeux, ont fait leur preuve. Le développement des mauvaises herbes est faible et les rendements sont optimisés. Concernant le soin des animaux, si son père avait commencé d'utiliser l'homéopathie, Jérémy Jallat s'est mis aux huiles essentielles, notamment pour les mammites. « Cela coûte moins cher que d'utiliser des antibiotiques et d'écarter le lait et c'est très intéressant, c'est une autre façon de travailler » déclare l'éleveur, qui s'est auto-formé.
Répartir la ration
Les transformations de l'exploitation ne sont pas terminées. Son bâtiment d'élevage, en cours de construction, devrait être opérationnel au cours de l'été. Il ne vise pas à augmenter le troupeau, mais à améliorer ses conditions de travail. Pour l'alimentation de ses bêtes, le jeune éleveur utilisera un Dac, un distributeur automatique de concentré, et un mélangeur-peseur d'aliments, qui lui permettra de répartir la ration en six ou sept prises et d'adapter les proportions de céréales selon la qualité des fourrages. La précision de ce mode de distribution devrait aussi favoriser les économies, car « au seau, on a toujours tendance à en donner plus qu'il ne faut », estime-t-il.
Voir autre chose
Jérémy Jallat a toujours porté une grande attention à la gestion économique de l'exploitation, mais aussi aux questions administratives, qui représentent, selon lui, 20 % de son temps de travail. C'est la raison pour laquelle il s'est orienté vers un BTS Acse (Analyse, conduite et stratégie de l'entreprise agricole) à Tournon-sur-Rhône, qui privilégie davantage l'apprentissage de la comptabilité et de la gestion qu'un BTS « productions animales ». Avant de s'installer, il a été responsable des ventes agricoles au sein du magasin de La Dauphinoise, à Villard-de-Lans, et aide familial. « Même si j'ai toujours voulu reprendre la ferme familiale, je voulais voir autre chose, car j'estime que l'on a pas la même idée du métier à 20 ans que dix ans après ».
* Des petites surfaces dans des zones pentues à une quinzaine de kilomètres de la ferme, dans la vallée du Drac, ou à Lans-en-Vercors