L’élevage, ça se partage
Que sera l'élevage dans 20 ans ? Entre le point de vue des éleveurs, des vegans, des consommateurs et des scientifiques, difficile de prévoir l'avenir des filières. Au lieu d'alimenter une controverse déjà cristallisée, l'Institut français du porc (Ifip), en partenariat avec l'Institut de l'élevage (Idele) et l'Institut technique de l'aviculture (Itavi) mène depuis 2014, le projet Accept. Ce dernier, grâce à des résultats accumulés depuis quatre ans, a développé cinq scénarios basés sur cinq profils de citoyens. L'Idele les a présentés au Sommet de Cournon en octobre dernier.
La population se composerait à 51% de progressistes, c'est-à-dire « des personnes qui ne sont pas opposés à l'élevage, mais souhaitent voir les pratiques évoluer », explique Elsa Delanoue, de l'Idele. En deuxième place, se trouvent à 24% les alternatifs, soit les gens qui souhaitent la fin des systèmes intensifs. Environ 10% sont des compétiteurs, satisfaits de l'élevage actuel, qui « défendent l'importance de la compétitivité et des exportations ». Enfin, 2% sont des abolitionnistes qui ne consomment plus de viande et souhaitent voir la fin de l'élevage.
Cinq profils, cinq scénarios
En fonction de l'évolution de ces profils de citoyens, les scénarios futurs varient d'un extrême à l'autre. Le premier scénario est celui d'une agriculture européenne productive face aux dérèglements planétaires « car aucune décision politique n'est prise au niveau mondial pour maîtriser les émissions de gaz à effet de serre », raconte Anne-Charlotte Dockes de l'Idele. Dans le second, la junkfood ou « mal-bouffe » se généralise et l'alimentation devient un sujet secondaire. Si les progressistes restent majoritaires, on se dirigera vers le troisième scénario, celui dans lequel la société et les filières d'élevage co-construisent des démarches de progrès « avec une explosion du nombre de cahiers des charges pour des démarches de qualité ». Dans le quatrième scénario, ce sont les alternatifs qui prennent la main en privilégiant un élevage en majorité bio. Le dernier montre les abolitionnistes majoritaires avec très peu d'élevages dans le territoire.
Une première question est posée à la cinquantaine de personnes présentes : « Quel scénario envisagez-vous en 2040 ? » Dans les mains, chacun dispose des cinq scénarios qu'il brandit comme « vote ». Après réflexion, le scénario alternatif sort à égalité avec celui de la co-construction. A l'inverse, le scénario le plus redouté est celui du veganisme vu comme « jugeant et enlevant tout plaisir à manger de la viande » selon une spectatrice. De même, les scénarios vus comme les moins probables sont le veganisme majoritaire et le monde dominé par la junkfood. Selon certains, les premiers freins seraient la difficulté à manger vegan et l'absence de liberté d'un tel modèle : « On doit rester libre de manger ce que l'on veut », confirme un membre du public.
Jeunes à contre-courant
Au premier rang, des jeunes venus de maisons familiales rurales et d'établissements agricoles ont aussi exprimé leurs opinions. A l'inverse des adultes inquiets déjà acteurs de la filière, plusieurs pensent que les scénarios les plus enviageables sont le scénario vegan ou celui de la junkfood. « Les jeunes mangent de plus en plus au fast-food », argumente un adolescent. « Il y a aussi de plus en plus d'alternatives à la viande », ajoute une jeune fille. En une génération, les tendances ont déjà bien évolué.
En réalité, il y a peu de chance qu'un seul scénario se réalise. « Le résultat sera plutôt une combinaison de ces cinq scénarios mais ils aident à réfléchir à propos des grandes tendances actuelles », explique Elsa Delanoue. Le but est davantage « d'outiller le débat et de mieux communiquer sur nos pratiques car vous êtes les mieux placés pour parler de vos métiers », confirme Anne-Charlotte Dockes. Rendez-vous dans 20 ans.