L'élevage intégré de cailles : une idée à couver
Il est le premier en Isère à avoir franchi le pas. Installé à Saint-Sauveur, Michel Rimey produisait à l'origine des poules pondeuses Label Rouge. Son activité devenant de moins en moins rémunératrice, l'éleveur s'est lancé dans l'engraissement de cailles de chair. Une production de niche, plutôt porteuse, qui se distingue des autres filières avicoles par son intégration totale au sein d'une entreprise.
Après avoir investi 300 000 euros, l'éleveur a changé de vie. Sous contrat avec Drôme Cailles, leader de la production de cailles dans le grand quart Sud-Est, il vit désormais au rythme des cailleteaux. Livrés à l'âge d'un jour, les oisillons sont installés dans deux bâtiments de 450 mètres carrés, qui peuvent en accueillir 40 000 chacun. Ils repartent 35 jours plus tard pour l'usine drômoise de Montoison, où ils seront abattus, préparés et transformés en produits prêts à cuire ou en plats cuisinés.
Ne pas marcher dessus
A leur arrivée, les cailleteaux pèsent entre 9 et 11 grammes. Ils sont déposés à même le sol, sur un lit de copeaux de bois, et bénéficient de tout le confort moderne. Très bien isolés, les bâtiments sont équipés de chaînes d'alimentation automatisées, de pipettes d'abreuvement et de radiants destinés à chauffer l'atmosphère. La distribution de la nourriture - une formule spéciale fournie par Drôme Cailles - et de l'eau, tout comme la gestion de la température, sont pilotées par un ordinateur central. Le travail de l'éleveur s'en trouve considérablement simplifié. « Mais c'est tellement petit qu'on ne peut pas marcher normalement sinon on les écrase », prévient Michel Rimey.
Pendant les trois premiers jours, l'éleveur doit surveiller plusieurs points critiques : la chaleur, les courants d'air et les variations de lumière (pour limiter les risques d'entassement) et l'eau. Cette période délicate passée, la conduite est assez aisée. Drôme Cailles fournit tout : la nourriture, le vétérinaire et les traitements si nécessaires. « Il faut quand même surveiller de près le chauffage : c'est le plus important », prévient Michel Rimey. La première semaine, la température doit en effet être maintenue à 35-36 °C, puis diminuée peu à peu pour atteindre à 22° un mois plus tard. « C'est moins contraignant que les poules pondeuses, apprécie l'éleveur qui, auparavant, devait ramasser à la main les œufs de ses 3 200 poules. Ce qui me fait le plus souci, c'est l'informatique. Tout est automatisé, mais si ça déraille, ça devient vite compliqué. Heureusement, mon fils est passionné d'ordinateur... »
Attrapées à l'épuisette
Autre passage délicat : l'attrappage. Au bout de 34 ou 35 jours, quand les cailles ont atteint le poids requis pour partir à l'abattoir, il faut les capturer... à l'épuisette. Pas simple quand vous avez à faire à des milliers de bestioles hautes de 15 centimètres qui courent partout... Un éleveur aguerri, aidé de six ou sept personnes, met deux heures pour attrapper 20 000 cailles. « Il faut un an ou deux pour se faire la main », estime Michel Abisset, éleveur dans la Drôme, qui grâce aux cailles, a pu sauver son exploitation. « La caille, c'est une surveillance 24 heures sur 24, mais c'est sympa à élever », ajoute-t-il.
« Ce sont des animaux calmes, confirme le technicien de Drôme Cailles. Cela dit, c'est un élevage très pointu, assez technique, qui valorise l'éleveur. » Avec une rémunération intéressante à la clé : un peu plus de 10 euros le m2 carré brut, et 65 euros le m2 brut en faisant six bandes à l'année. Petite confidence pour finir : la consommation étant en hausse, Nicolas Guilhot, patron de Drôme Cailles, cherche des éleveurs pour « agrandir la famille et accompagner le développement de Drôme Cailles ».
Marianne Boilève
Drôme Cailles en chiffre
40 salariés3,5 millions de chiffre d'affaires
2,6 millions de cailles abattues par an
19 millions d'œufs produits en 2017