L'éleveur : le premier responsable de son élevage
Il a le même âge que la structure qu'il a présidé pendant dix ans. 60 ans. Mais si le GDS (Groupement de défense sanitaire ) de l'Isère poursuit sa route, Michel Boursier vient de passer le flambeau à Jean-Yves Bouchier (éleveur au Gua, sur les contreforts du Vercors). Le contact avec les éleveurs, l'envie de les accompagner et de leur rendre service sont les raisons qui l'ont amené à s'investir au sein de la structure. Ce n'est donc pas sans émotion qu'il s'est retiré, mais il s'était promis de passer le relais à 60 ans. Il a tenu parole et depuis le mois de juin, il est à nouveau présent à temps plein au sein du Gaec familial de Saint-Laurent-du-Pont pour s'occuper avec son frère et son neveu de leurs 230 bovins de race montbéliarde. Michel Boursier nous livre son analyse de l'évolution sanitaire du cheptel dans le département.
Des changements en matière de politique sanitaire ont-ils été opérés durant vos mandats de président de GDS ?
La nouvelle organisation du sanitaire, mise en place après les Etats généraux du sanitaire qui ont eu lieu en 2010, a mis les GDS en première ligne, et de fait aussi, les éleveurs. Cela n'a pas été une révolution, mais plutôt une clarification. Les GDS régionaux ont également vu leur mission renforcée, puisqu'ils sont devenus des « organismes à vocation sanitaire », reconnus par l'Etat. Depuis, ce sont eux qui sont habilités à mettre en œuvre toutes les obligations de service public, telles que la délivrance des cartes vertes, la gestion des prophylaxies, les surveillances diverses... C'est un travail important, qui n'était déjà pas facile à mettre en œuvre lorsque la région comptait huit départements. Mais lorsqu'il faudra en coordonner 12, j'imagine que ce sera encore plus difficile. Tous les éleveurs ne sont pas forcément conscients de ces changements d'approche. C'est un mouvement très long à mettre en œuvre. Mais je l'ai dit et je le répète : le premier responsable d'un élevage reste l'éleveur. Ce n'est ni le vétérinaire, ni le GDS.
Et au niveau départemental, quel ont été les réalisations les plus marquantes ?
Je suis satisfait du partenariat réalisé avec la chambre d'agriculture de l'Isère concernant la gestion commune de l'identification des bovins et du développement des services techniques et des filiales du GDS , telles qu'Agrodirect. La création du site de Rives, qui permet une plus grande proximité avec les éleveurs, est aussi une belle réussite.
Les éleveurs doivent faire face à un empilement de plus en plus important de couches réglementaires. Sont-elles toutes nécessaires ?
Certes, cette accumulation de contraintes pèse de plus en plus. Et elle est d'autant plus difficile à supporter en période de crise. Pour autant, ces normes sont indispensables pour conserver le bon état sanitaire que nous avons réussi à atteindre. Si nous relachons la vigilance et la rigueur, d'anciennes maladies éradiquées pourraient revenir. En outre, les frontières intra-européennes ayant disparu, cet excellent niveau sanitaire nous permet d'approcher des marchés à l'export. Si nous les perdons, la situation sera encore pire. Mais je reconnais que toutes ces normes sont complexes et difficiles, et que tous les éleveurs n'arrivent pas à suivre. C'est la raison pour laquelle les techniciens du GDS accompagnent certains d'entre eux pour les aider à ne pas être en retrait. Car les difficultés administratives sont souvent les prémices d'importantes difficultés financières. Mais cet enjeu sanitaire devient secondaire si une sortie de crise sur les prix des produits n'arrive pas rapidement.
Avez-vous constaté une amélioration en matière de politique sanitaire ?
Bien sûr. Concernant les éleveurs bovins, nous avons pu observer des avancées permanentes au niveau de la tenue du carnet sanitaire, de la mise en œuvre de la traçabilité, de la gestion des déchets de soin. C'est toute une démarche qualité qui a ainsi été mise en place. A noter que les jeunes se révèlent très sérieux en la matière. Ils sont davantage conscients de l'importance de ces enregistrements. Ce travail s'est aussi trouvé facilité par l'amélioration des outils informatiques. Pour autant, nous connaissons des jeunes réfractaires à l'utilisation de ces technologies et des personnes plus âgées qui les maîtrisent très bien. Les éleveurs des autres espèces animales ont aussi beaucoup travaillé. Le GDS de l'Isère a été le premier à créer il y a 15 ans une section apicole. Des sections ovine et caprine se sont aussi organisées depuis un an. Et le travail est en cours chez les éleveurs de chevaux.