L'entraide, un gain de temps et d'expérience
Cyrille Fatoux est un homme qui prend son temps. Au point qu'il se dit « en cours d'installation depuis dix ans ». Non issu du milieu agricole, le jeune homme a repris en 2007 une ferme spécialisée dans la culture du tabac, la production de blé et de colza. Située à Saint-Hilaire-du-Rosier, dans le Sud Grésivaudan, l'exploitation est alors réorientée vers le maraîchage biologique. « Au niveau technique, je n'ai pas voulu emprunter le circuit traditionnel bio, explique l'agriculteur. J'ai préféré tracer d'autres voies, et je me suis cassé le nez à plusieurs reprises. Mais peu à peu je parviens à établir des protocoles qui tiennent le coup. »
Système chronophage
Producteur de légumes, de fruits et de plantes aromatiques, le maraîcher a expérimenté de nouveaux aménagements culturaux, faisant la part belle à l'agroforesterie de façon à optimiser l'espace et les ressources en eau. La limite de son système, c'est qu'il est gourmand en main-œuvre et donc chronophage (6 500 à 7 000 heures de travail annuelles). « Maintenant, mon objectif phare c'est de passer moins de temps, quitte à laisser de côté certaines productions », a-t-il expliqué lors d'une rencontre sur l'installation en maraîchage bio en association, organisée à Moirans par la chambre d'agriculture, le Pays voironnais et le CFPPA de Saint-Ismier.
Pour se libérer du temps (il travaille lui-même 2 500 heures à l'année), Cyrille Fatoux a exploré plusieurs pistes : associé, stagiaire, apprenti, salarié... La collaboration s'est pratiquement toujours interrompue en raison de « divergences sur le plan technique » ou de rentabilité : « Quand j'ai eu mon apprentie, il fallait sortir 800 euros par mois pour une demi présence : ça sombrait sur le plan économique. » A présent, le maraîcher se dit « prêt à faire plus de concessions ». Depuis, il a « récupéré le coup » avec un couple qui cherche à se former, l'un en plan de professionnalisation personnalisé (PPP), l'autre en stage reprise. « C'est très bien, mais j'ai l'impression de ne pas avancer comme avec un associé », constate-t-il.
Planification des chantiers
Ce qui le sauve, c'est le groupe d'entraide. La dynamique a démarré il y a plusieurs années, mais a mis un peu de temps à trouver son rythme. « J'ai un collègue qui s'est installé un an après moi : on a commencé par se filer des coups de main, puis nous avons monté un groupe d'entraide. » Peu à peu, le groupe s'étoffe et peaufine son mode de fonctionnement. « On s'est imposé de se fixer un jour par semaine, explique le producteur. Le principe, c'est vient qui peut. Et quoi qu'il arrive, on tourne. » Tous les jeudis matin, les maraîchers se retrouvent à tour de rôle chez l'un d'entre eux pour attaquer les travaux que l'hôte a prévu. Le groupe d'entraide étant constitué de quatre personnes, les tours reviennent toutes les quatre semaines, ce qui permet une planification fine des travaux à réaliser à plusieurs (désherbage, montage ou démontage d'une serre...).
Ce mode d'organisation satisfait tout le monde en dépit de son côté contraignant (mobilisation d'une matinée par semaine). Ce qui n'empêche pas une forme de souplesse : le groupe grossissant, il s'est scindé en deux pour gagner en efficacité, mais aussi parce que « deux papas avaient besoin de leur mercredi après-midi ». Les maraîchers apprécient l'entraide pour son efficacité... et sa convivialité. « Un gros chantier à trois ou quatre, ça va vite », témoigne Cyrille Fatoux qui considère aussi ce rendez-vous comme un temps de partage : « Allez chez les autres, c'est un échange. Ça brasse beaucoup d'expérience. Au niveau humain, ce n'est pas toujours facile, on se dévoile, mais ça fait du bien de savoir où en sont les autres. Et puis c'est aussi le moment où l'on se briefe aussi sur qui a trop de quoi ou manque de truc... » L'entente est d'ailleurs si bonne que les maraîchers sont en train de se demander s'ils ne vont pas monter un groupement d'achat, une petite Cuma ou un groupement d'employeurs. Mais c'est une autre histoire.