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Rives du Rhône

L'esquisse de traductions concrètes du Scot

A l'image des Côtes-d'Arey, qui prend en compte les orientations du schéma de cohérence territoriale dans le cadre de la révision de son plan local d'urbanisme, les quelques 80 communes iséroises, rhodaniennes, ligériennes, ardéchoises et drômoises des rives du Rhône sont sur le point d'intégrer un nouveau schéma d'aménagement. Unis, les agriculteurs semblent pouvoir faire valoir leur point de vue dans ce cadre. Mais le chemin est encore long avant que l'objectif de préservation des terres agricoles soit atteint.
L'esquisse de traductions concrètes du Scot
« Avec une vingtaine d'exploitants agricoles implantés aux Côtes-d'Arey, même si certains sont doubles actifs, cette activité est incontournable dans la commune. C'est pourquoi la révision de notre plan local d'urbanisme (Plu) se devait de comporter un diagnostic agricole », lance Patrick Gagnaire, le maire, par ailleurs président du syndicat mixte des rives du Rhône, la structure qui porte la schéma de cohérence territoriale (Scot) de cette région à cheval sur cinq départements.
Après un premier Plu « conservateur adopté en 2005 afin de revenir sur la décision de la précédente municipalité d'urbaniser jusqu'à la plaine », il s'agit ni plus ni moins que de « préparer l'avenir de la commune, pour Patrick Gagnaire. Nous devons assurer le renouvellement de la population car, du fait de la hausse des prix de l'immobilier, nous constatons que nous avons de moins en moins de primo-accédants. Du coup, la plupart des familles qui élisent domicile aux Côtes-d'Arey ont des enfants déjà grands, qui vont au collège hors de la commune et contribuent moins à la vie du village. Or, nous nous devons de maintenir les services présents aux Côtes-d'Arey. Dans ce contexte, ouvrir un hectare de plus à l'urbanisation, ce ne serait que repousser le problème à plus tard. Ce que nous devons faire, c'est densifier le village. C'est pourquoi la municipalité a fait l'acquisition des terrains encore vides situés au Nord de la mairie ».
La plaine agricole classée zone agricole protégée
De toute façon, « la plaine agricole des Côtes-d'Arey vient d'être reconnue comme zone agricole protégée, rappelle Nicolas Traynard, céréalier aux Côtes-d'Arey et élu des Jeunes agriculteurs de l'Isère. Même un agriculteur ne peut plus rien y construire. En fait, seul l'Etat peut encore imposer une route ou une voie de chemin de fer. Mais, du fait du revirement de l'opinion, nous savons que les gens seront derrière nous si un tel problème se présente et cela nous met du baume au coeur ».
Certes, « les agriculteurs ne sont plus désirés dans le village. Quand nous faisons le plein de nos pulvérisateurs au point d'eau situé sur la place centrale, nous avons vraiment l'impression d'être des marchands de morts, témoigne Nicolas Traynard. Mais cette situation a relancé une dynamique que nous avions perdue depuis plusieurs années. Les agriculteurs du village étaient d'accord pour dire qu'il fallait une solution, mais nous sommes également conscients du coût ne serait-ce que d'une dalle bétonnée. Nous avons donc commencé à réfléchir à l'aménagement d'une plateforme dédiée au plein et au nettoyage des pulvérisateurs à l'extérieur du village. Les discussions avec la mairie ont démarré et une coopérative d'utilisation de matériel agricole est en projet. Même si la plupart des sièges d'exploitation se situent dans le village, nous sommes prêts à céder la place, car cela nous facilitera le travail. Même si certains d'entre nous ont des sources chez eux et continueront d'y faire le plein, moins d'engins agricoles devront traverser le carrefour emprunté par 2 000 véhicules chaque jour ».
Préserver des terres agricoles, un objectif pour les élus aussi
« Cet outil va nous coûter plusieurs dizaines de milliers d'euros, mais nous savons que, si nous ne le faisons pas, nous allons pénaliser notre agriculture à terme, complète Patrick Gagnaire. Ce n'est pas une fois que nous n'aurons plus d'agriculteurs que nous devrons nous poser la question de leur maintien. Il est un peu tôt pour dire que l'ensemble des zones agricoles seront inscrites dans le marbre, dans la mesure où le nouveau Plu ne devrait pas être adopté avant deux ans. Mais le Scot affirme clairement que l'agriculture est une composante à part entière de notre économie. Au départ, nous, les élus des rives du Rhône, nous souhaitions rattraper notre retard en matière industrielle ou commerciale. Mais quand nous avons regardé où nous pouvions implanter des entreprises, nous avons constaté que nous n'avions pas la place nécessaire pour ce faire. C'est pourquoi nous avons décidé de valoriser ce que nous avons, car c'est en protégeant nos spécificités que nous occuperons notre vraie place dans l'aire de la métropole lyonnaise. Quand on regarde la façon dont nous avons utilisé l'espace ces dernières décennies, on voit que, si nous continuons sur notre lancée, bientôt, nous ne nous poserons plus la question des villes et des campagnes. Mais ce n'est pas Lyon qui nous dit que nous ne pouvons plus nous développer. C'est nous qui avons pris conscience de nos contraintes et tentons d'en faire une chance ».
En entendant ce genre de discours, Nicolas Traynard reste « très prudent », car il ne sait pas quelle en est la part de sincérité et la part électorale. « Les gens qui sont venus vivre à la campagne défendent l'agriculture locale car ils sont attachés à leur cadre de vie ». S'il n'offre pas de solutions toutes faites, le Scot semble pour l'instant constituer un bon cadre de réflexion sur les façons de faire cohabiter différentes populations sur un même territoire.
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L'adoption du Scot
Le début d'un vaste chantier
Le Scot des rives du Rhône vient d'être « arrêté », c'est-à-dire que ses orientations sont désormais soumises à enquête publique et que, à moins que des remarques majeures soient formulées au cours de cette phase finale, le document d'aménagement entrera en vigueur dans quelques mois. Les 80 communes des rives du Rhône devant mettre leurs documents d'urbanisme en conformité avec le nouveau schéma d'aménagement dans les trois ans qui suivront son adoption, la révision du Plu des Côtes-d'Arey illustre bien le travail à effectuer à l'échelle du syndicat mixte.
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