L'essentiel passe par l'estime de soi
L’objet de l’association veut ça : les thèmes d’Ecout’agri sont toujours lourds. Cette année, celui abordé pendant l’assemblée générale de la structure était relatif à la pression que ressentent les agriculteurs et qui en font une profession en souffrance.
La bonne santé permet de rebondir
« On parle de plus en plus de suicides en agriculture. Les chiffres sortent et les langues se délient, estime Véronique Louazel, chargée de mission en santé publique venue présenter une étude réalisée pour Solidarité paysan en 2015 et courant jusqu’en 2019. Les chiffres font apparaître que « les taux de suicide les plus élevés concernent la population de 45/54 ans et principalement des éleveurs de bovins lait. » C’est un segment à risque mais rien n’est perdu, surtout que des signes avant-coureurs peuvent alerter. « Le stress au travail a une influence sur la santé physique et mentale, commente la jeune femme. Et la santé mentale est influencée par de nombreux facteurs : génétique, sociaux, la proximité des services de santé, les revenus… » Et l’adage qui dit que quand on a la santé tout va, est parfaitement vrai : « C’est une ressource permettant de faire face aux évènements de la vie. Le cumul de difficultés fait que les agriculteurs n’ont plus cette énergie pour rebondir. »
Irritabilité, signe fort
Les pressions perçues par les agriculteurs, mais finalement aussi par n’importe quel individu, sont de trois ordres : familiales (choix ou non de s’installer, comparaison avec les membres de la famille…), financières (1/3 des exploitations ne procure qu’un revenu inférieur à 10 000 euros par an et par personne), et enfin relevent des conditions de travail. La surcharge, l’amplitude horaire, la pénibilité, les contraintes dans l’élevage, l’absence de cloisonnement vie privée/vie professionnelle sont autant d’éléments pesant tous les jours.
Mais des expressions de mal-être peuvent se révéler et il est indispensable de les entendre. L’individu va parler de dépression, de burn out par exemple. Une autre manifestation sera l’irritabilité. « C’est un signe d’alerte fort », insiste Véronique Louazel.
Quelles sont les aides qui peuvent être apportées ? D’abord un recours aux soins mais même malade, un agriculteur va travailler. Le temps aide aussi à apporter des solutions. Cela peut passer une injonction du tribunal ou un dossier à remplir. « Faire ses propres choix, la prise de décision sont des moments d’apaisement », décrypte la chercheuse. Une autre des ressources décelées par Véronique Louazel lors de ses entretiens avec des agriculteurs, repose sur le lien social. Il est nécessaire pour éviter de porter seul les problèmes. La famille, les voisins, les amis en font partie, mais quelquefois sont tenus à l’écart. La présence d’une écoute, car c’est cela qui est important, l’empathie, quelle que soit son auteur (Ecout’agri comme une autre structure) est l’élément qui fera remonter l’estime de soi de la personne.
Les accompagnants sont souvent agriculteurs retraités. Ils ont les mêmes codes culturels. Mais l’association regroupe aussi d’autres personnes, hors secteur agricole, et leur œil extérieur est tout aussi aiguisé. Mais globalement, les écoutants ont souvent le sentiment d’arriver un peu tard, lorsque la situation est très dégradée. La prendre plus tôt est toujours délicat à décider ou même à repérer. Mais l’entourage de tous est nécessaire et signaler un cas n’est jamais blâmable. Le pire peut être évité.
Jean-Marc Emprin