L'herbe répond à la tactique de l'éleveur
« La Normandie n'est pas l'Isère. Je ne suis pas là pour donner des recettes, mais plutôt pour vous présenter des techniques qui peuvent être utilisées dans vos élevages. Ou pas ». Telle était l'introduction du propos de Yann Martinot, expert national nutrition et directeur technique d'Orne conseil élevage, lors de la journée départementale organisée par Isère conseil élevage, le 11 février à Chateauvillain, dans les Terres froides.
Plus d'herbe dans les rations
« Si nous n'avons pas la main sur le prix du lait, en revanche, nous l'avons sur la maîtrise technique de nos systèmes. Je suis convaincu que la sortie de crise ne peut se faire que par le haut, en recherchant une efficacité économique ... », indique Yann Martinot. D'où le choix de ce sujet sur la production de fourrages de qualité et leur conservation. « Dans ce contexte difficile, notre volonté est de passer une journée conviviale entre éleveurs et de lancer une discussion sur les marges de progression possibles dans les exploitations. Nous voulons délivrer un message positif », explique Raymond Riban, président d'Isère conseil élevage. Car, si l'on introduit plus d'herbe de meilleure qualité dans les rations, il sera moins nécessaire d'ajouter des concentrés. Et Yann Martinot de donner des pistes. Pour récolter un bon ensilage d'herbe, il est important de fertiliser et d'amender, mais aussi de récolter à l'optimum, c'est-à-dire qu'il faut trouver le bon compromis entre la valeur alimentaire et le rendement. Selon le technicien, « le rendement ne doit pas être systématiquement privilégié ». Il peut être intéressant de réaliser deux coupes de qualité extra, plutôt qu'une seule de qualité moindre. La hauteur de coupe dépend de la valeur recherchée, mais une coupe plus courte (autour de six à sept centimètres au-dessus du sol) permet d'éviter les cailloux, et repousse plus vite. La fermentation et, par conséquent, la récolte s'en trouvent améliorée.
Jamais en plein soleil
Résultat d'un compromis entre le fanage, la hauteur de coupe et l'exposition au soleil, le séchage joue également un rôle important dans la préparation d'une herbe de qualité. L'utilisation d'une faucheuse à plat permet de donner d'aussi bons résultats que ceux d'une conditionneuse, car elle permet de sécher rapidement, ce qui est la clé de réussite d'un bon séchage. Il est important de laisser l'herbe le moins longtemps possible par terre. « Dans l'idéal, une seule nuit, car plus c'est rapide, plus la valeur alimentaire est bonne », préconise Yann Martinot. Les bonnes coupes sont réalisées le matin de bonne heure ou le soir à la rosée, mais jamais en plein soleil. D'après plusieurs études réalisées, les meilleures conditions de séchage dépendent du soleil, puis de la température de l'air. Contrairement aux idées reçues, le vent peut, quant à lui, être contre-productif. Autant de bons conseils, mais comme le rappellent les éleveurs : « Parfois, on fait comme on peut. On doit aussi composer avec la météo, sur laquelle nous n'avons aucune prise ».
Isabelle Brenguier