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Construction

L'homme du bois

Héritier d'une tradition forestière familiale, John Sauvajon n'exploite pas le bois, il le transforme. Ebeniste de formation, il s'est fait une spécialité de construction en ossature bois, 100% local.
L'homme du bois

Du sauvageon, il n'a que le cheveu et la barbe un peu hirsutes. Parce que pour, pour le reste, il est plutôt partisan de la belle ouvrage. Spécialisé dans l'ossature bois, John Sauvajon transforme le bois local à Corrençon depuis plus de dix ans. La forêt du Vercors, il l'a dans le corps et le cœur, autant qu'au bout des doigts. C'est une sorte de tradition dans la famille. Son arrière grand-père, son grand-père et son père ont toujours travaillé dans le bois. John a suivi le mouvement, à sa façon. Formation d'ébéniste en poche, le jeune homme a d'abord fait un gros (dé)tour de France avec la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment avant de s'installer à son compte en 2004. Sa marque de fabrique : la construction en bois local.
L'activité démarre en douceur dans le garage des parents. Lui offrant l'opportunité d'un premier chantier, son frère et à sa sœur lui demandent d'agrandir leur établissement hôtelier de Corrençon. Ossature, charpente, isolation, menuiseries, parquet, mobilier, John conçoit, fabrique et agence tout. Une belle carte de visite qui le fait connaître alentour. La construction en bois local a le vent en poupe, ça tombe bien. La mairie de Corrençon lui confie la réalisation de sa maison des enfants en ossature bois, s'ensuit le spa d'un hôtel, un restaurant, quelques constructions individuelles. Le bouche-à-oreille aidant, le carnet de commande s'étoffe et s'élargit à l'ensemble du bassin grenoblois. Appels d'offre, rénovation de maisons privées, bâtiments agricoles, boutiques, immeubles, mobilier bois pour la Via Vercors : tous les projets de qualité sont bons à prendre.

Construction en circuit court

Aujourd'hui l'entreprise Sauvajon est une jolie PME qui fait travailler 17 personnes (1) et réalise un chiffre d'affaire de plus d'un million d'euros. Installée dans un atelier à sa mesure, elle a développé un système de construction en circuit court qui, de l'approvisionnement à la livraison en passant par le sciage, le séchage, la fabrication et l'assemblage, affiche du 100% Vercors (sauf le mélèze qui vient des Hautes-Alpes). Pour John Sauvajon, plus qu'un créneau marketing, cette logique répond surtout à une nécessité : celle de travailler vite et bien. « En maîtrisant tout la chaîne, on est autonome, explique le jeune entrepreneur. C'est là qu'on peut se démarquer et assurer la pérennité de l'entreprise. » Car la conjoncture, plutôt favorable jusqu'en 2014, évolue singulièrement : « Nous sommes passés à travers la crise, même si on a du mal à se projeter sur le long terme. Depuis deux ou trois ans, on sent une évolution : les gens achètent un terrain et prennent un architecte, mais se décident au dernier moment pour la construction. Il faut gérer cette imprévisibilité : prendre des petits chantiers pour combler les creux et se tenir prêts à assurer des chantiers plus conséquents. »
La contrainte n'est pas mince. Mais John Sauvageon l'assume avec la calme assurance du professionnel convaincu de ses options. Non sans raison. Les clients apprécient le travail de ce jeune artisan qui connaît la provenance de chacun de ses bois et parle d'un madrier comme s'il avait grandi avec lui. « Dans mon cas, on ne peut pas faire plus local, assure-t-il. Je ne suis pas certifié Bois des Alpes ni PEFC, c'est trop de paperasse et, au final, ça n'apporte pas grand-chose, sauf pour certains appels d'offre. Le bois que coupe mon père dans la forêt est souvent abattu à moins de 20 kilomètres de l'atelier. Et je peux en garantir la qualité. » Foi de compagnon. Et s'il le paie volontairement un peu plus cher, c'est parce qu'il ne choisit que du « joli bois », qui nécessite moins de tri et de travail en atelier : « On ne fait pas de jolies choses avec de mauvais matériaux. »
Côté technique, là aussi, c'est du solide. Les plans d'architecte sont passés à la moulinette d'un logiciel spécialisé qui les transforme en plans d'atelier. Le bois, scié et séché sur place grâce à un séchoir sous vide, est découpé, préparé, prêt à assembler, au millimètre près. Le chantier n'a plus qu'à démarrer.

Marianne Boilève

 

(1) L'activité étant réduite en hiver (pas de sciage car le bois gèle), les 17 emplois correspondent en fait à 13 ETP.

 

Livrer des maisons clé en main

Comme Cabestan dans la région grenobloise ou Maison et Bois en Nord Isère, une quinzaine d'artisans du Vercors se sont regroupés en coopérative pour offrir une prestation complète aux particuliers. Du pensum administratif à la réception des travaux en passant les esquisses, la conception et, bien sûr, la réalisation des travaux eux-mêmes, la coopérative des écoconstructeurs du Vercors (CECV) s'occupe de tout. La démarche n'a rien de révolutionnaire, mais elle a le mérite de proposer aux habitants du plateau une solution clé en mai, 100% locale avec, en prime, des technologies respectueuses de l'environnement et économes en énergie (ossature bois, isolation ouate de cellulose et fibre de bois, ventilation double flux, panneaux solaires, puist canadiens…).
Projet de construction ou de rénovation, le réseau de CECV est en capacité d'assurer n'importe quel chantier, car il regroupe tous les corps de métiers présents sur le plateau du Vercors (terrassement, maçonnerie, ossature bois, charpente, couverture, menuiserie, plomberie, électricité...). « Nous proposons aux particuliers de leur construire leur maison de A à Z sous contrat CCMI (1) », explique John Sauvajon qui a rejoint la coopérative il y a cinq ans. Et si le nombre de projets réalisés demeure modeste, la jeune coopérative apporte à certains artisans le petit plus qui dégripe parfois une trésorerie tendue. Un exemple à méditer.
MB
(1) Contrat de construction de maison individuelle.