L'homme qui veut mener un projet à bon porc
Tout est bon dans le cochon... sauf quand il s'installe près de chez vous. C'est l'amère expérience qu'est en train de faire Clément Maltret. Le jeune éleveur reprend une exploitation laitière à Entre-Deux-Guiers, et va la requalifier pour produire des porcs bio. Mais il se heurte à l'opposition des riverains. Une hostilité qui le conduit à manœuvrer avec doigté, histoire de déminer le terrain avant son installation effective début janvier.
Le blocage du foncier
Après un début de carrière dans l'enseignement et six ans passés au service de remplacement, cet ancien double actif a cherché une ferme susceptible d'accueillir son projet. Il a mis cinq ans pour la trouver. Originaire de Normandie, où il a « étudié le cochon » et travaillé comme ouvrier agricole en grandes cultures conventionnelles, il a voulu s'installer en Chartreuse. Mais « l'accès au foncier est le blocage numéro 1, constate-t-il. Et quand on n'est pas de la région, c'est encore plus compliqué... » Heureusement, grâce au réseau de connaissances tissé au fil de ses remplacements et à l'aide de la chambre d'agriculture, il finit par tomber sur la ferme de Michel et Jean-Marc Communal, à Entre-deux-Guiers. L'entente est immédiate. Les cédants voient la reprise d'un bon œil. « Clément, il est pas ordinaire, confie Jean-Marc Communal. Il ne se lance pas comme ça : il a de l'instruction et de l'expérience. » Le futur installé a surtout de la suite dans les idées. N'ayant pas besoin de beaucoup de surface, il reprend une partie de la ferme pour ses cochons et laisse l'autre à un éleveur ovin. « C'est une nouveauté dans la vallée : il n'y avait ni ovin ni porcin, explique le cédant qui a fait du lait toute sa vie. Ça a été un peu rude à faire passer, mais comme nos repreneurs n'avaient pas besoin de nos 120 hectares, on en a réparti 70 entre nos voisins. Ce qui est bien, c'est qu'on a réussi à contenter tout le monde. On laisse une bonne image. »
Pétition
L'accueil a été moins favorable du côté des riverains non agriculteurs. « Le père des cédants s'était installé loin du village pour éviter les nuisances, raconte le futur éleveur. Mais depuis, le lotissement s'est rapproché de la ferme. Quand les gens ont eu connaissance de mon projet, ils se sont inquiétés. Qui dit cochon, dit méfiance. Beaucoup ont peur que leur maison perde de la valeur. »
Très vite, une pétition est mise en circulation. Signée par près 80 foyers, elle est envoyée au maire, qui convoque une réunion publique en septembre. Là, Clément Maltret détaille calmement son projet (80 porcs charcutiers en bâtiment et 12 truies reproductrices en plein air), sûr de son fait. Il tente même de désamorcer la fronde en proposant aux habitants de visiter deux élevages de porcs en Isère. Une partie des pétionnaires accepte. La démarche séduit, crée du lien, mais ne suffit pas à rassurer pleinement les voisins. Clément analyse son erreur avec lucidité : « Je pensais qu'il fallait des arguments techniques, mais ce n'est pas ça le problème : les gens ne font pas la différence entre le lisier et le fumier. Ce qu'il faut, c'est s'intéresser aux peurs. Les gens se font plein de films. » Reste à écrire l'happy end du scénario à la prochaine réunion publique.