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Energie

L'horizon se dégage pour le méthaniseur d'Aoste

Le projet de méthaniseur d'Aoste progresse à la faveur d'un regain d'intérêt tarifaire et règlementaire. Tous les acteurs font affichent une volonté commune d'aboutir.
L'horizon se dégage pour le méthaniseur d'Aoste

Le projet de méthanisation d'Aoste, qui a marqué le pas pendant quelques mois, est relancé. Une nouvelle réunion avec les agriculteurs associés au projet a permis d'établir un calendrier des différentes étapes qui conduiront à la mise en service, en juin 2019, ou avant... « C'est un projet sur le long terme », indique Emmanuel Huard, responsable du département ingénierie énergétique de GEG, partenaire du projet. Il avait été mis en suspens pendant quelques mois en raison des études coûteuses qui auraient pu être engagées alors que le paysage règlementaire et tarifaire demeurait incertain. Aujourd'hui cet horizon s'éclaircit et la chambre d'agriculture, ainsi que l'association d'agriculteurs Aoste Métha Terre, ont renouvelé leur soutien à Aoste Bio énergie. Les derniers textes sont parus en octobre et novembre. GEG a aussitôt relancé les consultations pour un système de méthanisation par voie sèche*.

Marc de raisin

Idex, la société de services énergétiques qui pilote la mise en œuvre du projet, rappelle les principes de fonctionnement de cette structure qui sera implantée à Aoste, dans la zone du Pida, à côté de l'usine agroalimentaire Jambon d'Aoste. Il s'agit d'un méthaniseur d'une capacité de 1,2 Mgw avec un stockage sur site du digestat solide et liquide. Il y aura ainsi deux plateformes de stockage et une halle de réception. L'appel d'offres a été séparé en quatre lots : process, valorisation de la chaleur, cogénération et VRD. Les gisements potentiels ont aussi évolué depuis 2014, le marc de raisin ou la canne de maïs se rajoutant à des matériaux plus traditionnels. Ces changements ont tout de même occasionné des surcoûts, le montant de ce poste là s'élevant entre 10 et 11 millions d'euros imputables à l'aménagement du terrain.

A ce jour, tous les adhérents agriculteurs d'Aoste Métha Terre ont rempli une lettre d'engagement sur leurs fumiers et lisiers. Les besoins d'environ 22 000 tonnes de fumiers et 4 000 tonnes de lisiers sont aujourd'hui couverts à 70%. Le temps venu, l'association devra établir un planning, ferme par ferme et au fil des saisons, des approvisionnements du méthaniseur et du retour du digestat sur les terres. Une étude logistique sur les transports et les épandages vient d'être engagée et sera restituée en janvier 2016. Lors de la dernière réunion, il a été de nouveau précisé que les agriculteurs seraient à part entière acteurs sur le volet opérationnel du projet. Pour les autres gisements, des conventions ont déjà été signées, notamment pour des céréales et des fientes de volailles. Idex travaille également avec la Cuma de Faverges pour les canes de maïs mâles.

Intérêt économique

L'évolution du tarif d'achat de l'électricité rend de nouveau intéressant ce type d'unité de méthanisation. Antoine Jacob, directeur du secteur énergie d'Idex, rappelle que « de nombreux projets de ce type étaient en difficulté » en raison de l'inadéquation des tarifs d'achat de l'électricité. A partir de 2016, le passage à un système de marché et de primes redonnera de l'intérêt économique à de nombreuses initiatives comme Aoste. La base d'achat pourrait être d'environ 200 euros du Mgw. « La cible, c'est le bon prix et la bonne rentabilité du projet », explique le responsable. L'enjeu est d'être lauréat de l'appel d'offres de l'Etat qui portera sur 10 000 Mgw.
« Il existe un cadre et un engagement, ce qui permet de donner dune visibilité qui n'existait pas ces dernières années. Les bases sont plus simples », insiste Emmanuel Huard. Sur le terrain, le projet nécessite de nouvelles études hydrogéologiques afin « d'optimiser le coût du génie civil et des VRD, car c'est un poste très important », rapporte le responsable de GEG. Ces études sur les solutions techniques seront aussi lancées début décembre. Viendra ensuite le choix du constructeur avec lequel sera présenté le dossier d'autorisation ICPE**, puis la recherche de subventions (région, Ademe, Europe etc.). Les porteurs du projet espèrent avoir des réponses aux appels d'offres d'ici fin 2016 afin de pouvoir traiter le volet règlementaire et procéder à la construction puis la mise en service en juin 2019.
Un visite de ce type d'installation sera bien tôt programmée. Mais ce qui intéresse surtout les agriculteurs ce sont les modalités des lettres d'engagement et des précisions sur l'équivalence agronomique entre effluents et digestat. Ces éléments leur seront à nouveau communiqués. « Les adhérents se posent des questions sur le stockage, les aspects logistiques et les coûts de transport, confirme Sébastien Poncet, président d'Aoste Métha Terre. Mais l'association est très mobilisée et nous travaillons en groupes techniques avec GEG ».

Isabelle Doucet

* Teneur en matière sèche de 20 à 50%

** Installations Classées pour la Protection de l'Environnement