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Innovation

L'hydrogène pour aller plus loin

Les Journées de l'hydrogène, qui se sont déroulées la semaine dernière à Grenoble, ont fait état d'un grand nombre de projets très avancés en termes de production d'énergie, de stockage et de mobilité.
L'hydrogène pour aller plus loin

Un millier de véhicules en circulation d'ici deux ans, une centaine de stations de recharge : les véhicules électriques à hydrogène décollent. Ils devraient être environ 800 000 en 2030, alimentés par 600 stations.
Car ces véhicules consommeront demain une énergie décarbonée. En effet, la production d'hydrogène par électrolyse de l'eau, à partir de sources d'énergies renouvelables, est une véritable promesse faite à la transition énergétique. Alors que 95% de la production d'hydrogène dépend pour quelques temps encore du gaz naturel, la technologie basée sur le biogaz (à partir de solaire, d'éolien ou de biomasse) est aujourd'hui arrivée à maturité au profit d'une énergie propre, indépendante des ressources fossiles et flexible car disponible localement. « Le marché de la mobilité décolle », s'est réjouit Pascal Mauberger, PDG de McPhy* et président de l'Association française pour l'hydrogène et les piles à combustible (Afhypac) qui organisait la quatrième édition des Journées de l'hydrogène dans les territoires, la semaine dernière à Grenoble.

Corridor utilitaire

La filière naissante réunit 80% de ses acteurs en région Rhône-Alpes (industries, centres de recherche, PME et start-up). C'est aussi en région grenobloise qu'a été mené le projet Hyway de déploiement d'une flotte de véhicules de services. Pas moins de 40 utilitaires circulent entre Lyon et Grenoble au service d'une quinzaine de clients utilisateurs tels que le Département, le Crédit agricole Sud Rhône Alpes, La Poste ou Cetup. Quatre stations sont installées par Air Liquide, le CEA et SymbiofCell sur leurs sites respectifs. « Hyway a fait des petits, déclare Pierre Yves Le Berre de SymbiofCell, fabricant et intégrateur de systèmes piles à hydrogène. Dunkerque, Rodez, Valence, Saint-Lô : les corridors se multiplient. Il y a beaucoup de stratégies locales. » Spécialisé dans le véhicule utilitaire, notamment le Kangoo ZE, l'intégrateur s'oriente aujourd'hui vers l'équipement de petits bus pour la ville de Paris, de camions poubelle silencieux et non polluants et de camions pour la distribution de produits alimentaires en centre-ville. « Ce sont des marchés spontanés. Nous recevons des demandes de grands groupes alimentaires et d'industriels, pour des poids lourds, des taxis », constate le premier constructeur de véhicules hydrogène en Europe. L'équipement de tracteurs pourrait très bien entrer dans ce champ technologique. Pour Pascal Mauberger, c'est toute une filière industrielle qui se met en ordre de marche autour de cette nouvelle façon de concevoir l'énergie. La recherche, l'industrie et les services en lien avec les usages de l'hydrogène pourraient créer 10 000 emplois à court terme.

Indépendance énergétique

De la production au stockage, les exemples concrets d'application se multiplient. Ainsi Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône, va accueillir un projet de stockage d'énergie hydrogène d'une capacité de 1 MWh. Cette énergie fournie par la CNR à partir d'électricité d'origine renouvelable (éolien, solaire) et transformée en hydrogène sera injectée dans le réseau de gaz naturel. Dans le Tarn, l'hydrogène sera produit à partir du biogaz issu de la fermentation de déchets domestiques ou agricoles. Le refuge du Col du Palet, dans le massif de la Vanoise est pour sa part devenu autonome en énergie grâce au stockage de l'hydrogène dans une batterie. Demain, des maisons isolées en milieu rural pourront elles aussi devenir indépendantes énergétiquement, en produisant et/ou en stockant de l'énergie verte à partir de ressources naturelles.
Et à Grenoble, ça phosphore fort pour que ce demain appartienne déjà au présent. « Hyway est le premier jalon important de ce consortium qui réunit recherche et industrialisation et sûrement pas le dernier », insiste Catherine Candela, présidente de Tenerrdis, le pôle de compétitivité grenoblois spécialisé dans les nouvelles technologies de l'énergie. Avec la production d'hydrogène décarboné, la filière s'engage vers davantage d'industrialisation et de déploiement de solutions.

Isabelle Doucet

*McPhy : spécialiste du stockage et de la production d'hydrogène par électrolyse (Isère et Drôme)

Rhône-Alpes, un rôle moteur

En mai dernier, la ministre de l'Environnement Ségolène Royal a lancé un appel à projets « Territoires hydrogènes ». L'objectif est de démontrer qu'un territoire qui utilise une source d'hydrogène décarbonée pour satisfaire plusieurs utilisations peut générer un développement économique rentable et écologique. Là où une dizaine de projets étaient attendus, ce sont plus de 80 initiatives qui figurent déjà sur les rangs.
Tenerrdis coordonnera d'ailleurs un métaprojet régional mettant en œuvre les usages multiples de l'hydrogène en région. Zones industrielles, zones d'activités, zones de montagne, cordons routiers métropolitains, les possibilités offertes par l'hydrogène vert sont variées en termes de stockage, de mobilité et de production d'énergie. Pour Florence Lambert, directrice du CEA-Liten et chef de projet Stockage de l'énergie de la Nouvelle France industrielle, il s'agit « une opportunité à capitaliser » pour que Rhône-Alpes soit toujours moteur dans le déploiement de l'hydrogène.
ID