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Politique

L'hymne de nos campagnes / Mieux vivre en campagne

La réunion publique organisée par Monique Limon à Beaurepaire a mis en exergue les difficultés et les espoirs des populations rurales.
L'hymne de nos campagnes / Mieux vivre en campagne

 Il est où le bonheur, il est où ? Depuis quelques années, l'exode rural semble s'être inversé. De plus en plus d'urbains fuient la ville pour s'installer dans la campagne proche des grandes agglomérations. De l'autre côté, les populations rurales s'inquiètent du départ des jeunes et de l'effritement de leurs villages. Malaise général. Afin de nourrir le débat parlementaire, la députée de la 7ème circonscription de l'Isère Monique Limon a organisé une réunion publique organisée à Beaurepaire jeudi 14 juin par Monique Limon pour connaître les envies de chacun au niveau local. « Vous êtes entre deux grosses métropoles. Pourtant, je suis sûre que le monde rural n'est pas le même entre Grenoble et Lyon », explique la députée. « Les citoyens du monde rural sont sous-représentés au niveau national. Nos communes ne se limitent pas à l'agriculture », débute un membre du public. « Les lois territoriales comme la loi Notre dépeuplent les territoires ruraux au profit des agglomérations », enchaine un autre. « L'attractivité d'un territoire est liée à la façon dont on le regarde. On doit penser en termes d'espace et non pas en nombre d'habitants », explique Cédric Szabo, directeur de l'association des maires ruraux de France (AMRF), invité au débat. Avant de penser à attirer les autres, encore faut-il pouvoir vivre sur place. Pour faire revivre la campagne, les personnes présentes ont d'ailleurs leur petite idée... « Les gens qui vivent sur ces terres doivent avant tout pouvoir vivre dignement », explique une retraitée.

Du service prêt à l'emploi

Difficile de s'opposer. Vivre dans la dignité passe par l'accès aux mêmes services qu'à la ville. La liberté de se déplacer alors même que les transports en commun sont sporadiques dans certaines communes. La liberté d'être soigné alors que les médecins généralistes s'installent peu en campagne. L'accès à l'éducation alors que les écoles sont regroupées afin de mutualiser les coûts. Certains poussent jusqu'à demander la conservation d'un service de poste. « Le transport rural coûte cher. Mais l'Etat a mis beaucoup de moyens sur le tramway par exemple. Aujourd'hui, à Lyon, j'ai plusieurs modes de transport possibles à partir de chez moi. Il faut inverser la logique », détaille le directeur de l'AMRF. Ces services permettent également d'attirer de nouveaux habitants. « Ils attendent le même niveau de service qu'ils avaient en ville », confirme Stéphane Carras, maire de Montseveroux. Entre 1999 et 2014, plus de 80% des communes rurales sont en croissance démographique. 

« On dit qu'il y a trop de fonctionnaires et qu'il faut baisser le nombre. Mais le service public, ça fait des emplois », relance-t-on dans la salle. Une personne a ainsi proposé de créer des maisons d'autonomie pour les personnes âgées afin qu'elles restent en milieu rural au lieu d'être envoyées vers les Ehpad des grandes villes, déjà surchargées. Des emplois et de la proximité. Mais ce n'est pas si simple... A l'ère de la mutualisation, on ne construit pas une entreprise pour 300 habitants. « Quand on a proposé la création d'une épicerie pour 500 habitants, j'étais réservé car c'est difficile d'avoir un projet économique viable », explique Christian Nucci, ancien conseiller général de l'Isère. Selon Cédric Szabo, on peut aussi penser aux nouvelles formes d'entreprise. « Vous avez le « complexe du plouc », c'est-à-dire que vous pensez que certaines choses ne sont pas faites pour vous. La micro-entreprise séduit de plus en plus car elle allie qualité de vie et activité rentable. Pourquoi ne pas créer un espace de coworking ? Il y a 20 ans, on demandait au maire une école, aujourd'hui on lui demande du haut-débit. » 

Citoyenneté et ruralité

Etre en micro-entreprise, cela peut parfois isoler. « La campagne, c'est un territoire multigénérationnel et très peu intergénérationnel. On doit apprendre à penser en réseau », explique Violaine Berger, 20 ans, seule représentante de la génération Y. Pour elle, il faut des espaces culturels et d'échange pour faire rester les jeunes. Réseauter pour mieux vivre ensemble, c'est le travail des associations, des comités de quartiers, des communes, et des intercommunalités. « Il ne peut pas y avoir de développement sans démocratie. Plus la taille d'une commune est petite, plus la participation électorale est forte. Les intercommunalités sont cependant un outil car elles permettent de faire davantage en étant ensemble », souligne le directeur de l'AMRF. De plus en plus de compétences ont ainsi été déléguées à un échelon supérieur. Certains craignent pour la viabilité de leurs communes et l'accès aux services de proximité. De l'autre côté, les conseillers municipaux et maires présents se sont exprimés sur leurs difficultés à mobiliser la population et des bénévoles dans les actions culturelles. « Les néo-ruraux sont de plus en plus consommateurs. Ils veulent tout mais sans s'investir. On a l'impression qu'ils n'habitent pas chez nous », explique une secrétaire de mairie. Où s'informer et comment vivre ensemble, un nouveau thème possible pour une réunion publique.

Virginie Montmartin 

Montseveroux : un village dynamique 

Entre culture et agriculture, ce village de 970 habitants attire de nouveaux arrivants.  

Stéphane Carras est maire de Montseveroux depuis 2014. Au lieu de limiter les investissements de sa commune, il les a augmentés. « On a financé la construction d'une grande salle des fêtes dans une aile du château de Montseveroux et celle d'une nouvelle école au centre du village. » L'école, située dans une aile du château depuis plus d'un siècle, a donc été déplacée. Avant de prendre une telle décision, le maire avait organisé un référendum local. L'école est ouverte depuis février dernier et la salle le sera dans les prochains mois. Si le village a besoin d'une telle salle, c'est pour ses évènements culturels. Entre le festival de musique traditionnelle, celui de bande dessinée, et les spectacles des 50 choristes, elle sera vite occupée. « On a plus de six manifestations culturelles par an donc le village est obligé d'avoir une licence d'organisation de spectacle. Je suivrais la formation la semaine prochaine », explique le maire. Certaines de ces activités ont été proposées par de nouveaux arrivants, attirés par le dynamisme de cette commune de 970 habitants.
Pas de zone économique 
Pour les nouveaux arrivants, l’emploi n’est pas le problème. « Ils viennent en aillant un emploi à l’extérieur. Je ne me bats pas pour avoir une zone économique. Entre l’accès aux camions, aux transporteurs, la puissance électrique demandée…ça nous coûterait une fortune ! » détaille Stéphane Carras. Montseveroux fait partie de la communauté de commune de Beaurepaire. Trois zones économiques sont déjà identifiées aux alentours. En revanche, le maire, fils d’éleveur laitier, est ouvert aux nouvelles installations agricoles. « A l’époque de mes parents, il y avait une dizaine de fermes. On a connu une  période charnière mais aujourd’hui des jeunes agriculteurs s’installent en bio. » Trois sont déjà installés sur la commune, un autre prévoit de s’y installer prochainement. L’un deux a même lancé un marché local. Même si Stéphane Carras se dit optimiste pour l’avenir, la fonction d’élu lui semble de plus en plus compliquée. « Progressivement, les services comme la poste se sont éloignés. Les gens étaient habitués à ces services et se sont donc tournés de plus en plus vers la commune. Les associations nous demandent aussi des aides financières pour pallier la baisse des bénévoles. Avec les coupes franches dans les dotations, on est pris en ciseaux et on ne peut pas tout absorber. »