Accès au contenu
Fusariose des épis

L'impact majeur du travail du sol

L'impact du travail du sol sur l'apparition de maladies étant important, la formation sur les techniques culturales simplifiées organisée mercredi 15 décembre, à Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs, par les Jeunes agriculteurs de l'Isère, a notamment abordé l'effet du non labour sur la fusariose des épis, un exemple qui a illustré la nécessité d'avancer avec prudence lorsque l'on adapte ses pratiques.
L'impact majeur du travail du sol
La réglementation européenne imposant des seuils de mycotoxines à ne pas dépasser dans les alimentations humaine et animale, Jean Pauget, l'ingénieur de la délégation régionale d'Arvalis invité par les Jeunes agriculteurs de l'Isère à s'exprimer sur l'impact des techniques culturales sans labour sur les maladies, s'est naturellement centré sur la fusariose. Cette maladie des épis est en effet responsable de la production de déoxynivalénol (DON), de zéaralénone (ZEA) et de fumonisines B1 et B2.
Un impact majeur sur la fusariose
« Il est important d'en avoir conscience car, parmi les maladies pouvant toucher le blé, la fusariose est celle où l'effet du travail du sol est le plus fort, a souligné l'intervenant devant une douzaine d'exploitants agricoles réunis à la maison des agriculteurs de Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs, mercredi 15 décembre. De même, en maïs, la présence de fusariose sur épis est liée à la conjonction de plusieurs facteurs, au premier rang desquels se trouve le climat de la campagne. Mais le travail du sol a un effet direct sur l'espèce fusarium graminearum, qui est la principale cause de fusariose des épis. Or, le non labour et la gestion des résidus influencent fortement son apparition ». C'est pourquoi « les précédents sensibles, laissant derrière eux des résidus contaminés sont à éviter, recommande l'institut du végétal. A défaut, le labour ou, a minima, l'enfouissement des résidus sont à pratiquer ».
Le passage aux techniques culturales simplifiées, voire au non labour, doit donc être raisonné à de multiples niveaux, dont le plan sanitaire. « La rotation a une grande importance dans la maîtrise du risque d'infection par la fusariose des épis. Sans être totalement efficace, un simple broyage des résidus réduit significativement la pression de la maladie en facilitant leur décomposition. La date de semis peut jouer un rôle en influençant la date de floraison et le synchronisme avec les libérations d'arcospores, détaille Arvalis dans son bilan de la dernière campagne. La densité peut aussi influencer la contamination en faisant obstacle à la libération des arcospores. Plus le couvert est dense, moins les risques de contamination sont importants. Du côté de la fertilisation, l'azote augmenterait la gravité des attaques, en favorisant l'humidité dans le couvert. Enfin, l'utilisation d'une variété résistante, associée à des choix agronomiques raisonnés, limite efficacement le développement de la maladie. Le choix variétal est même un des leviers majeurs pour lutter contre les fusarioses de l'épi, la résistance à la propagation de la maladie étant le mécanisme le plus fréquemment rencontré ».
Des leviers d'action
Les leviers à la disposition des agriculteurs pour prévenir l'apparition de fusariose sont donc nombreux. Et « les sorties de produits ont été particulièrement nombreuses lors de la dernière campagne », signale l'institut du végétal, qui se félicite que « les nouvelles homologations permettent d'associer les deux molécules spécialistes de la lutte contre la fusariose dans un même produit et donc en un seul passage, car elles confèrent de ce fait une plus grande souplesse aux programmes de traitement ».
« Sans noircir le tableau, car la région Rhône-Alpes n'est pas la plus mal placée pour la fusariose, je suis obligé de dire que le travail du sol a un effet sur l'apparition de cette maladie. Si l'on pratique le non labour, il faut donc se référer aux grilles d'évaluation des risques élaborées par Arvalis pour voir ce qu'il est possible de faire au cas par cas pour prévenir la maladie en sélectionnant soigneusement ses variétés et en adaptant ses rotations », a commenté Jean Pauget.
Pour Nicolas Traynard, cultivateur aux Côtes-d'Arey, ce dernier point est « la clé de la lutte contre la fusariose ». « Oui, mais en tant qu'éleveur, on ne peut pas se permettre d'inclure du colza par exemple dans notre rotation et d'acheter de la paille », a réagi Hervé Annequin, installé dans les Terres froides. « Substituer de l'orge ou du seigle au blé, c'est échanger un aveugle contre un borgne », a estimé le jeune agriculteur.
De nombreux paramètres à passer en revue
Pour l'ingénieur d'Arvalis, « cet échange montre qu'il n'est pas simple d'arrêter de labourer, car il y a de nombreux paramètres à passer en revue avant de passer au non labour total ». Si les techniques sans labour se développent et représentent aujourd'hui plus du tiers des surfaces françaises, l'arrêt du labour est encore souvent occasionnel : quand leur situation le leur permet, les agriculteurs profitent de l'opportunité qui leur est offerte de se faciliter le travail sans prendre trop de risques. Même si le non labour a un effet globalement positif sur la biodiversité, permet de limiter ses consommations d'énergie, de lutter contre l'érosion, l'effet de serre, beaucoup reculent encore devant l'effet négatif sur plusieurs maladies. Le risque de prolifération des graminées, des vivaces, des ravageurs et les incertitudes sur les rendements pèsent aussi dans la balance.
Cécile Fandos