L'irrigation sous les feux de la rampe
« Il y a des volumes d'eau attribués par exploitation en fonction de l'état de la masse d'eau dont ils proviennent. Moi je suis un peu juste comparé à la surface ». Franck Doucet, céréalier à Brezins, a investi cette année dans une rampe d'irrigation. A l'inverse du pivot qui irrigue en cercle, elle avance tout droit portée par un charriot à quatre roues et mesure 500 mètres de long. La Cuma de la Bièvre, constituée de 27 adhérents, a fait le même choix en finançant 7 rampes et un pivot couvrant 220 hectares des 350 hectares totaux. Le reste est irrigué par des enrouleurs. « Je ne me sentais pas de partir seul et la plaine de la Bièvre est grande. La Cuma se justifiait », explique Guillaume Noël-Baron, agriculteur à Gillonay et adhérent de la Cuma. Pour les deux agriculteurs, la rampe se justifie pour les mêmes raisons « économie d'eau, d'énergie et de travail ».
Economies d'eau
Face aux injonctions étatiques et aux sécheresses régulières, les agriculteurs ont pris le sujet à bras le corps. La rampe, fonctionnant par micro-aspersion permet de limiter l'eau utilisée. « J'ai déjà réalisé 15% d'économie d'eau par semaine depuis qu'elle est en fonctionnement », se félicite Franck Doucet. A terme, il souhaite encore réduire sa consommation d'environ 15%. D'ailleurs, en fonction des zones de son parcellaire, il peut délimiter une zone de la rampe qui subira une restriction d'eau. Facile à régler par logiciel, le fonctionnement de la rampe permet aussi de gérer la quantité d'eau en fonction des restrictions annoncées en cas de sécheresse.
Le second avantage, c'est la baisse de charge de travail. « On a quinze enrouleurs. On doit les déplacer tous les jours pour irriguer les parcelles. Tous les 8 jours, ils reviennent sur la première parcelle du tour. La rampe, elle, se déplace toute seule », explique Guillaume Noël-Baron. « Elle est pilotée par GPS donc je n'ai pas à la déplacer régulièrement comme les enrouleurs », confirme Franck Doucet. C'est d'ailleurs une première en Europe, ont plaisir à rappeler les deux agriculteurs. « Dans 5 à 10 ans, tout sera comme ça. », annonce l'agriculteur de Gillonay. Concernant l'installation, pas de difficultés particulières annoncées. « Le montage s'est fait durant l'hiver et la mise en route en début de saison vers mai-juin », précise Franck Doucet.
Innovation subventionnée
Si les avantages laissent croire à une expansion de rampes d'irrigation, quelques freins existent. Par le fonctionnement même de la rampe, en ligne droite, les parcellaires à la configuration particulière ne sont pas forcément adaptés. De plus, il faut faire attention aux éléments en hauteur. « On ne peut pas poser de rampe vers une ligne à haute-tension », donne comme exemple Guillaume Noël-Baron.
Enfin, tout matériel a un coût. Pour la Cuma, les adhérents devront rembourser 560 000 euros de matériel durant 25 ans. Si cela représente un réel investissement, ce n'est pas non un hasard si les rampes remontent les parcelles de l'Isère depuis cette année. « La technique a énormément évolué. J'ai vu des pivots depuis 2003 et les rampes n'existaient même pas. Aujourd'hui, on peut presque faire ce qu'on veut avec le guidage satellite », souligne Franck Doucet. Les subventions et autres financements récents apportés par les organismes publics permettent de soutenir ces investissements favorisant les économies d'eau en utilisation agricole.