L'Isère hisse les couleurs à Paris
Une quinzaine d'éleveurs, onze producteurs fermiers, douze fabricants de produits artisanaux et deux agriculteurs façonneurs de prairie fleuries défendront les couleurs de l'Isère lors du Salon international de l'agriculture qui ouvrira ses portes ce samedi 23 février.
Pour les habitués, il y a un côté grisant, surtout pour ceux qui participent aux Concours général agricole. Dans la catégorie reine des bovins, six éleveurs isérois feront le déplacement à Paris avec deux vaches de race prim'holstein et quatre montbéliardes. « Je suis monté l'an dernier pour la première fois. C'était stressant, mais sympa », confie Cédric Goy, éleveur de prim'holstein au Gaec des Trois sapins à Nantoin. Il présentera Leffe, une vache en deuxième lactation, « idéale pour les concours » tant elle répond à tous les critères de sa race. « C'est une fierté pour l'élevage, mais aussi à titre personnel », reprend Cédric Goy. La ferme familiale pratique la sélection génétique depuis plusieurs générations. Un titre, c'est une reconnaissance, « surtout lorsqu'on regarde le nombre de vaches présélectionnées : 410 prim'holstein pour n'en retenir que 120 à l'arrivée dont deux en Isère ! », commente l'éleveur.
La nouveauté du concours 2019 est que les principales races laitières et allaitantes alterneront pendant le salon, de sorte que les prim'holstein et les charolaises assureront la première partie, à partir du 26 février, et les montbéliardes et les limousines, la deuxième. Cette organisation est testée pendant trois ans. Ce qui fait râler les éleveurs laitiers isérois qui préfèraient « monter » tous ensemble, après le rassemblement régional à Confrançon dans l'Ain, limitant les frais de logistique et entretenant la convivialité. « C'est un nouveau salon pour les montbéliardes », explique Guillaume Noël-Baron, éleveur de l'Earl de Ternan à Gillonnay, en charge de la logistique des bovins isérois. Présent chaque année, il reviendra avec Hirondelle, toujours en 4e lactation, qui devient une habituée du concours général.
Question de catégorie
Le concours général agricole innove tous les ans tant avec les animaux que les produits alimentaires. C'est ainsi que la race chevaline montagnarde française le Cheval du Vercors de Barraquand, reconnue officiellement en 2017 sera présentée pour la 1ère fois au CGA. Deux chevaux du Vercors, la jument Vicky et l'étalon Athos, participeront à cette première édition.
Côté produits, de nouvelles sections permettront de valoriser encore les AOP et spécialités régionales, notamment les pâtés en croûte traditionnels, les truites ou les desserts lactés. Mais il manque encore des catégories au goût des Isérois. « Je ne présente que l'huile de noix car je ne suis pas sûre qu'il existe de catégorie pour les produits transformés comme les noix-ail des ours, ou les noix caramélisées », fait remarquer Audrey Perrin, productrice d'huile de noix au Gaec Les 13 fontaines à Brézins. Elle présente ses produits au CGA pour la première fois. « Les clients me disent que l'huile de noix est bonne, qu'elle a le goût de celle d'antan, alors pourquoi ne pas tenter le coup au concours général ? C'est un challenge, on veut voir ce que vaut notre produit ». La ferme dispose déjà d'un solide réseau de distribution, au niveau local et en ligne, qui lui a ouvert les portes d'un marché national et international. « Si on gagne quelque chose, c'est une reconnaissance et une satisfaction pour nos clients. Ce serait aussi une fierté pour nous. Avec un produit qualifié, les clients seront sûrs de la qualité », ajoute Audrey Perrin.
Les associés testent
C'est une première aussi pour Steven Clavel, récemment installé dans le Gaec familial des Terres froides à Biol où il a créé un atelier brasserie en complément des vaches laitières. Il part à la conquête de Paris avec deux bières : l'une ambrée, de caractère belge, rousse, contenant peu de gaz et l'autre, une IPA à dominante houblonnée, de type anglaise. « Il y a beaucoup de bières présentées. L'objectif n'est pas forcément de revenir avec une médaille, mais d'avoir un retour des jurys pour savoir où elles se situent et ce qu'on devrait améliorer », déclare le jeune brasseur qui a produit 12 000 litres en 2018. Lui aussi pointe un souci de catégorie : « Au concours, on va être contre des micro-brasseries qui brassent jusqu'à 200 000 litres. A côté, on est plutôt une nano-brasserie et on peut difficilement dégager du temps pour augmenter la quantité brassée avec la gestion des vaches laitières ». Car il s'agit d'une vraie production fermière. « Les bières, brassées et embouteillées à la ferme, sont fabriquées à partir de l'orge bio cultivé à la ferme et le houblon vient d'une coopérative alsacienne. » Il y en a six différentes, vendues dans les commerces locaux et le magasin de producteurs la Halle Paysanne à Bourgoin.
Le Gaec des Colibris à Méaudre marque son grand retour au concours général avec une nouveauté : des rillettes pur porc bio. « J'ai déjà présenté du saucisson et du pâté de campagne, mais rien depuis 4-5ans. Je fabrique des rillettes depuis un an et demi. Les gens adorent, alors pourquoi ne pas les présenter au concours général ? », avance Sébastien Rochas. « C'est un produit tout simple à fabriquer avec de la viande, du sel, du poivre. Ça montre que si la viande est bonne au départ, le produit ressortira bon. » Le secret réside sans doute aussi dans la préparation. Les associés du Gaec et les clients ont été les premiers à tester. « On a fait plusieurs essais pour trouver la bonne cuisson, la bonne quantité de gras dans le produit », détaille le charcutier. Lui aussi craint que sa catégorie ne soit un peu large. « Les clients sont notre jury, mais c'est bien de se comparer aux autres. J'attends du concours d'avoir un jugement et de la reconnaissance. Mais la charcuterie fermière, c'est une grosse catégorie, je serais face aux industriels. » Il ajoute : « Je voulais présenter la viande de veau ou de bœuf mais je ne rentrais pas dans les catégories ».
La France est dure à battre !
Avec 35 catégories alimentaires et 1 669 sections, le concours général agricole essaie pourtant d'offrir un vaste panel de l'excellence des produits et vins français. Les entreprises de l'agroalimentaire, TPE ou entreprises artisanales, l'ont bien compris, saisissant cette opportunité comme un atout commercial. C'est ainsi que depuis quelques années, la distribution est aussi partie à la recherche de médailles et plus particulièrement les rayons boucherie qui travaillent avec les producteurs locaux. Au Super U de Voreppe, René Tessier, le chef boucher, a souhaité « participer au concours pour prouver à la clientèle que faire du label est un gage de qualité ». Il présentera une entrecôte de bœuf charolaise. « C'est important d'avoir des bêtes de Rhône-Alpes pour faire travailler les agriculteurs de la région », explique-t-il. Il souligne que la centrale d'achat du magasin lui laisse la possibilité d'acheter les bêtes lui-même. Les clients apprécient d'autant plus. Et puis le chef boucher, qui a vécu 25 ans au Canada, l'assure : « Il y a un réel savoir faire en France. En qualité, la France est dure à battre ! ».
Les produits de l'Isère sont à retrouver pendant tout le salon de l'agriculture sur le stand du Vercors (Pavillon 1, stand 1N060) avec ses nombreuses animations autour du bleu du Vercors-Sassenage et sur le stand de la région Auvergne Rhône-Alpes (Hall 3 E146), le vendredi 1er mars, lors de la journée de l'Isère.
Virginie Montmartin et Isabelle Doucet
Du 23 février au 3 mars, Paris Expo, porte de Versailles, de 9h à 19h, tous les jours.
Voir le programme détaillé pour l'Isère et la liste des participants en page 19