L'Isère sera bien irriguée
Les maires ruraux sont des gens pragmatiques, qui ont les mains dans le cambouis chaque jour. Alors quand ils sont réunis en assemblée générale, le contenu est là aussi très concret. La preuve : ils ont eu droit à une explication très précise du projet d'équipement de l'Isère en Internet Très haut débit (THD) et ont approché également les contraintes dans lesquelles se meut La Poste.
Un projet pour tous
Damien Michallet, maire de Satolas-et-Bonce et surtout vice-président du conseil départemental délégué à l'aménagment numérique et aux systèmes d'information haut débit, est catégorique : « Le projet Isère THD appartient à tous, il est aux territoires ». D'abord par son financement : l'Etat pour 100 Millions d'euros, la région pour 83 millions d'euros, le Département pour 90 millions les EPCI (1) pour 45 millions et l'Europe pour 4 millions, les financeurs sont multiples et de toutes tendances. « C'est un projet de territoire, insiste-t-il, qui concernera tout le monde ». Enfin, presque, car le service départemental s'occupe en réalité des zones non denses. Les zones denses (La Métro grenobloise, Voiron, Bourgoin-Jallieu, Pays viennois sauf Messiez) sont dévolues aux opérateurs privés, y compris dans les investissements de fond, structurels. Car ce qui caractérise Isère THD, est que tout l'argent investi va servir à créer une infrastructure irrigant tout le département qui appartiendra au Conseil départemental de l'Isère. « Nous avons le plus beau et le plus long projet par sa pérennité », se réjouit l'élu, rappelant qu'il a été soutenu par plusieurs majorités successives au conseil départemental.
L'équipement consiste à mettre en place un réseau structurant, une sorte de colonne vertébrale permettant d'amener la fibre optique dans tous les territoires. « 120 nœuds de raccordement optique (NRO) seront construits afin de raccorder tous les territoires, chiffre Damien Michallet. Autour des NRO, nous aurons donc le réseau capillaire, pour accéder à toutes les adresses finales, celles des clients. En boucle locale, elles permettront d'assurer la sécurité des transmissions même en cas de rupture à un point précis. »
Equité
La fibre optique sera continue sur tout ce réseau. C'est ce qui permet le très haut débit. Schématiquement, la fibre de verre est entourée de miroirs réfléchissants, protégée par du plastique. Dans ce conduit, la lumière va à la vitesse de... la lumière. Les débits sont donc extrêmement rapides. Le déploiement aussi, parce qu'initialement prévue jusqu'en 2027, la totalité de l'Isère sera raccordée en 2024. Et sans favoritisme. « Nous ne commençons pas par les endroits les plus peuplés ou les plus importants économiquement, mais par les endroits les moins bien desservis en haut débit. Nous avons donc des travaux partout en Isère, dans des villes moyennes, en plaine comme en montagne. Certaines zones restent en misère de débit, elles sont prioritaires. Un palliatif est en place sous la forme du réseau wifi, hertzien, mais il reste inférieur en termes de capacité et demeure fragile. Un simple arbre peut empêcher la liaison. »
Pas d'adressage, pas de connexion
30 NRO sont en construction en ce moment et le ryhtme annuel d'installation de prises devrait atteindre 70 000. Mais l'élu appelle les maires ruraux à être vigilants d'une part sur la délivrance rapide des permis de construire des NRO (locaux techniques) et d'autre part sur l'adressage. Une carte projetée a révélé quelques communes en rouge dans des territoires « faciles » de plaine tandis que le Sud-Isère souffre visiblement d'une carence en la matière. On y retrouve une multitude de petites communes mal préparées. « Pas d'adressage, pas de raccordement » prévient Damien Michallet. Il prend l'exemple de la Loire où un tel défaut a touché tout un pan d'une ville pourtant importante, pourtant dans des quartiers récents. « Attention au lotissement qui ont une seule adresse officielle pour l'ensemble des maisons. A Satolas, j'ai créé des impasses pour résoudre ce problème », indique-t-il.
Les facteurs font des heures supp
Les adresses, La Poste est spécialisée en la matière et peut se charger de régler ces difficultés. Elle en connaît aussi beaucoup d'autres, comme l'a raconté Anne-Marie Vassalo, directrice régionale. « Les maires veulent tous leur bureau de poste, mais les mœurs évoluent, les habitudes changent et nous souffrons beaucoup de l'arrivée du numérique. Nous devons nous adapter et orienter nos stratégies. La baisse du courrier nous oblige à rebondir. »
303 points de contact existent dans le département de l'Isère. 16 900 personnes les fréquentent par an. « Les horaires d'ouverture constituent des points de crispation avec les communes. Mais nous ne baissons pas les horaires de notre propre chef. C'est parce que la fréquentation est moindre que nous réduisons le temps de présence d'agent », nuance la directrice régionale.
Des problèmes de distribution du courrier semblent se poser dans certains endroits, la rumeur laissant entendre que les facteurs ne font plus d'heures supplémentaires. « C'est faux, s'insurge le responsable départemental du courrier. Nous avons abandonné le système fini/parti, qui permettait aux facteurs de rentrer chez eux dès leur tournée terminée. Aujourd'hui, ils commencent un peu plus tard mais ont une pause méridienne et continuent leur tournée après. Ils finissent toutes leurs tournées, même s'ils ont besoin pour cela d'heures supplémentaires. C'est à nous d'adapter les volumes et les tournées ». En revanche, ce service reposant beaucoup sur l'humain, il est soumis aux aléas de maladies, accident ou simplement des congés. Les deux responsables avouent avoir beaucoup de peine à trouver des titulaires, soit dans les bureaux de poste, soit dans la partie distribution (facteur) dans le département. 60 postes sont à pourvoir dans les deux branches, immédiatement. Avis aux amateurs.
(1) Etablissement public de coopération intercommunale