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Déplacements

L'Oisans ne voit plus le bout du tunnel

Dans l'attente de la construction d'une nouvelle route pour pallier la fermeture du tunnel du Chambon, l'économie agricole de l'Oisans tourne au ralenti.
L'Oisans ne voit plus le bout du tunnel

Deux mois après la fermeture du tunnel du Chambon sur la RD1091 entre La Grave et le Freney-d'Oisans, en raison d'éboulements à l'intérieur de la cavité, la situation s'est fortement aggravée. En surplomb du tunnel, pas moins de 1 million de m3 de roches menacent de s'effondrer de façon imminente dans le lac du barrage du Chambon. La situation est tellement instable que les travaux à l'intérieur du tunnel ont été arrêtés pour des raisons de sécurité évidentes. La fissure qui s'est formée au-dessus du tunnel s'agrandit de 15 cm par jour. Pas question de réparer tant que les blocs n'ont pas été naturellement purgés, l'emploi d'explosifs étant sur ce type de risque, inapproprié. Les navettes qui reliaient par voie nautique les usagers de la route entre les Hautes-Alpes et l'Isère ont été elles aussi stoppées, en raison du risque que pourraient encourir les embarcations si la falaise s'écroulait.
Le département de l'Isère, avec l'aval de l'Etat, s'est donc engagé dans la construction d'une route de 5,3 km sur la rive gauche du barrage du Chambon, via Cuculet, qui ne sera pas ouverte avant le mois de novembre. « Il s'agit de répondre aux besoins de la population et de l'économie locale », insistait le président du conseil départemental Jean-Pierre Barbier. Aujourd'hui l'activité économique du territoire est entièrement paralysée. Les échanges entre l'Oisans et le briançonnais sont bloqués. Jean-Pierre Barbier a annoncé le déblocage d'une aide de 100 000 euros au titre du préjudice subi par les entreprises. Agriculteurs, artisans et commerçants étaient invités à se signaler mardi dernier à la mairie du Freney-d'Oisans.

Manque à gagner

Dans une économie agricole basée sur la vente directe, le commerce de passage représente une partie significative du chiffre d'affaires des exploitations. La RD1091 drainait en effet entre 2 et 5 000 véhicules par jour suivant la saison. Elle était notamment empruntée par des Italiens venus faire du tourisme en Oisans, voire du ski d'été à l'Alpe-d'Huez et aux Deux-Alpes. Les exploitants agricoles de l'Oisans se préparent avec appréhension à vivre une saison estivale des plus mornes. Car l'été sonne le temps des marchés saisonniers de l'Alpes-d'Huez, des Deux-Alpes, d'Allemont et de La Grave que fréquentent les producteurs des deux départements. Beaucoup en seront empêchés. « Dans tous les cas, il y aura moins de clientèle sur les marchés de l'Oisans qui sont fréquentés par les gens des Hautes-Alpes », note Emilie Salvi, présidente de l'Apao* et cogérante de l'abattoir de Bourg-d'Oisans. Le secteur compte une vingtaine d'exploitants agricoles dans des productions très variées (lait, viande, petits fruits, maraîchage). Le lait et la viande sont transformés sur place pour être vendus en direct. A ces fins, l'abattoir fonctionne tous les mardis et là aussi, la fermeture de la route « a des conséquence pour les tueries car nous avons beaucoup d'utilisateurs des Hautes-Alpes », poursuit Emilie Salvi. Chaque semaine, le petit abattoir tue un bovin, des agneaux et des porcs venant du département voisin. « Mais les utilisateurs ne font plus le tour parce que ce n'est pas rentable », poursuit Emilie Salvi. Pour l'instant la période est creuse, mais à l'automne avec la descente des alpages, l'abattoir connaît à nouveau une activité importante. « Sur un total de 50 tonnes, le manque à gagner devrait se situer entre 15 et 20 tonnes, d'ici à la fin de l'année, si le trafic ne reprend pas », estime la cogérante.

« Pour le territoire, ce ne sera pas facile, y compris pour les stations », ressent de son côté Chantal Theysset, productrice de petits fruits à Villard Reymond, qui pratique également la vente directe. Elle se soucie de la nature du message que font passer les collectivités « pour dire aux gens qu'ils peuvent venir en Oisans ». La preuve : le tour de France, bien qu'un peu chamboulé dans son ititnéraire, ne manquera pas la montée de l'Alpe-d'Huez.

 

Isabelle Doucet

*Apao : Association pour la promotion de l'agriculture en Oisans

 

Une économie fragile

Dans les alpages, la situation est tout aussi incertaine. Si en altitude, le pastoralisme est essentiellement composé de troupeaux ovins arrivés du sud du département par Bourg-d'Oisans ou le Col d'Ornon, en revanche, cela se complique à mi-hauteur, entre 1 300 et 1 600 mètres. Le secteur fonctionne en effet sous le régime d'un système où les éleveurs de La Grave viennent faire pâturer des génisses savoyardes, des abondances et des tarines, sur les pentes de l'Oisans. Habituellement, le troupeau est composé d'une centaine de bovins. Beaucoup ne sont pas arrivés. De plus, une centaine d'hectares de prés, dans le bas Freney et à Auris, sont aussi habituellement fauchés par les exploitants des Hautes-Alpes. « C'est une catastrophe pour toute la région, estime Jean Poulet, président de l'AFP* de Sarenne. Nous essayons de trouver des solutions pour les animaux et les machines. Certains agriculteurs ont commencé à faucher, mais nul ne sait quand les balles pourront être rapatriées dans les Hautes-Alpes ». Car faire passer des camions de foin coupé par Gap est une aberration économique. Quant aux bêtes qui ont pu être amenées, il n'y a personne pour les surveiller. « C'est compliqué pour toute une économie agricole qui est déjà fragile en Oisans », redoute Jean Poulet. Roland Jacob, exploitant en bovins allaitants à La Grave, décrit « une agriculture à roulette » où les vaches, le foin et le fumier transitent par la RD1091 pour servir les besoins locaux : lutter contre la déprise agricole en Oisans et approvisionner les exploitations de La Grave. Certaines bêtes sont passées en bétaillère par Gap, d'autres ont été transportées en camion au plus près puis ont pris la piste via Cuculet. « Un semi remorque de bêtes qui passe par Gap, c'est 1 000 euros », indique l'agriculteur. Alors rien n'est simple. « Je ne ferai pas les foins cette année en Oisans, mais le pire serait de devoir acheter du fourrage », poursuit l'exploitant dont la ferme est en cours de transmission. Il fait partie de ces usagers qui réclamaient la route de secours dès le premier jour de la fermeture du tunnel et compte sur les collectivités « pour la prévention et l'accompagnement des entreprises dans la gestion de ces misères ».
ID

 *AFP : Associatioon foncière pastorale

 

Une nouvelle route

Cet itinéraire empruntera celui d'une ancienne route forestière qui n'avait jamais été achevée. D'une largeur de 3,5 mètres, il disposera de zones de croisement et sera recouvert d'un enduit. Il pourra accueillir des véhicules jusqu'à 19 tonnes. L'investissement s'élève à 5 millions d'euros et la route devrait être achevée courant novembre.