Accès au contenu
Formation

L’orientation au cœur de l’apprentissage

Lors de son assemblée générale, la maison familiale et rurale de Moirans est revenue sur les conséquences de la réforme de l’apprentissage.
L’orientation au cœur de l’apprentissage

« Je regrette de ne pas avoir fait ma terminale en apprentissage ». Pour un jeune de la maison familiale et rurale de Moirans, l'apprentissage est encore « là où on apprend le mieux ». Du côté des entreprises, « 80% de nos clients en filière paysagère cherchent des salariés et n'en trouvent pas », explique Laurent Pegoud, avocat du cabinet d'avocats Vandevelde. La loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » en cours d'application a pour objectif de redorer l'image de l'apprentissage et de faciliter l'orientation de chacun. A la MFR de Moirans, le financement au contrat simplifie l'ouverture de quatre formations en contrat d'apprentissage. « On n'est plus soumis à la décision régionale qui arbitrait l'ouverture ou non des formations », explique la présidente de la MFR de Moirans. Avant d'arriver au contrat, il faut d'abord orienter les jeunes. « Au collège, c'est au professeur principal de dégager du temps pour informer les jeunes sur l'orientation. Mais ces derniers n'ont pas de formation supplémentaire pour connaître le monde de l'entreprise. L'orientation est pourtant un métier à part entière », explique une dame dans le public. Pour Christophe Thouvard, responsable de l'entreprise Bonfils/Thouvard, les entreprises ont aussi un rôle à jouer. « On doit contacter les personnes qui orientent les jeunes. On ne les a jamais rencontrés et le personnel enseignant ne nous connait pas. Mais c'est toute une procédure pour atteindre l'académie... » La réforme vise ainsi à faciliter les stages et les visites d'entreprise dès le collège.

Transmettre le mieux possible

Une fois l'entreprise intégrée en contrat d'apprentissage, le jeune et le chef d'entreprise pouvaient avoir des difficultés à rompre un contrat d'apprentissage. Désormais, la rupture peut être décidée sans passage par les prud'hommes et l'apprenti a le droit de démissionner. A l'inverse, une aide existait pour les chefs d'entreprise dans le recrutement de jeunes jusqu'au BTS. Cette aide se limite dorénavant au niveau BAC. Pour Christophe Thouvard, ce changement demande quelques ajustements. « On va demander aux écoles de monter leurs niveaux d'enseignement car les outils sont de plus en plus techniques ». En effet, dans le secteur agricole, 30% des apprentis sont issus de BTS et la part de ce financement inquiète déjà les chefs d'entreprises pour les possibilités de reprise. De l'autre côté, il faut aussi former les maîtres d'apprentissage. « Les bons techniciens ne sont pas forcément de bons formateurs », reconnaît Christophe Thouvard. « L'alternance, c'est la transmission des métiers. Alors comment les tuteurs doivent transmettre leurs savoirs ? Et comment l'entreprise se régénère au mieux ? », interpelle Arnaud de Crozals, conseiller formation au sein de l'opérateur de compétences pour la coopération agricole, l'agriculture, la pêche, l'industrie agroalimentaire et les territoires (Ocapiat).

Financer pour former

L'autre gros changement de la réforme c'est l'accessibilité de la formation. L'apprentissage est désormais accessible jusqu'à 29 ans et facilite la reconversion. De plus, les contributions des entreprises sont mutualisées et financent le compte personnel de formation (CPF). « Les organismes de formation doivent faire un bilan de positionnement avec la personne et on peut ainsi adapter la durée de la formation aux compétences de celle-ci », explique Marianne Churlet, chargée d'information au Fonds pour la formation (Fongecif). Mais les financements iront prioritairement aux petites et moyennes entreprises et d'abord vers l'apprentissage. « En fait, la coût de la cotisation, qui représente 1% de la masse salariale, reste identique pour les entreprises. Mais s'il n'y a pas d'embauche en apprentissage, ces 1% ils n'en voient pas la couleur », détaille Laurent Pegoud. Enfin, le congé individuel de formation (CIF) sera dorénavant géré par l'opérateur de compétences. « C'est le gros morceau qu'on récupére », résume Arnaud de Crozals.

Virginie Montmartin