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Forêt

L'UFPI en guerre contre la mère de Bambi

Près de 70 personnes ont assisté à l'assemblée générale de l'Union des forestiers privés de l'Isère (UFPI), qui s'est tenue le 7 juin dernier, en présence de nombreux élus à Villemoirieu. A l'ordre du jour: la loi d'Avenir, les dégâts de gibier et la fragilité économique de la filière.
L'UFPI en guerre contre la mère de Bambi

L'amphithéâtre du lycée agricole privé de Villemoirieu accueille d'ordinaire un tout autre public. Et un tout autre ton. Dans son rapport moral, le président de l'UFPI, Bruno de Quinsonas, a d'entrée insisté sur le rôle clé du syndicat, rappelant que « les forestiers privés (...) entendent conduire leur avenir, certes au mieux de leurs intérêts, mais avec une vision à long terme, patrimoniale et économique, et non dogmatique, et parfois utopique ou exclusivement écologique ». Un propos combattif, qui a donné le "la" des débats qui ont suivi.

Luc Bouvarel, directeur général de la Fédération des forestiers privés, a ouvert le bal en présentant en détail le volet sylvicole de la loi d'Avenir sur l'agriculture et la forêt, expliquant notamment comment la forêt allait être concernée par ladite loi. Le président de l'Union lui a fait écho en évoquant une séance de travail en novembre 2013 avec François Brottes, député et président de la commission des affaires économiques : « Nous l'avons rencontré avec le président et le directeur du CRPF Rhône-Alpes pour lui faire part de notre satisfaction, mais aussi de notre « déception » sur un certain nombre de sujets traités dans le projet de loi d'Avenir sur l'agriculture et la forêt, qui avait été travaillés dans sa commission avant qu'ils n'arrivent devant les députés, puis les sénateurs. »

La mère de Bambi, dangereux prédateur

Autre gros dossier épineux : la situation économique de la filière bois. Là encore, Bruno de Quinsonas s'est montré offensif : « Le constat est clair : les scieurs manquent de bois local de feuillus ou résineux. Vous devez avoir conscience que l'activité économique de la filière est aujourd'hui mise en danger par le manque de bois d'œuvre (et je ne parle pas du bois énergie.....) disponible. Le morcellement de la propriété et les fortes pentes de nos montagnes sans oublier maintenant les dégâts de gibier n'expliquent pas tout... » Et de mentionner une initiative de Créabois, soutenue par l'UFPI et l'ensemble des acteurs de la filière (communes forestières, ONF, CRPF...), pour attirer l'attention du préfet de l'Isère sur la « situation catastrophique de la régénération naturelle de la forêt dans certains secteurs, en raison de la surpopulation de cervidés qui a rompu l'équilibre sylvo-cynégétique ». Une réunion en préfecture s'est tenue fin avril, au cours de laquelle le syndicat des forestiers privés a exprimé « des demandes très fermes de solutions rapides et concrètes quant aux dégâts de cervidés ». La fédération de chasse rencontrant des difficultés à mobiliser les ACCA sur ce sujet, l'UPFI suggère d'augmenter les plans de chasse et d'obliger les ACCA à les effectuer. Le syndicat est d'ailleurs décidé à faire entendre sa voix à la Commission départementale des plans de chasse. « Le pire prédateur de la forêt, c'est la mère de Bambi », a conclu, non sans humour, Bruno de Quinsonas.

Gestionnaires d'espace forestier

Pour finir, le président des forestiers est revenu sur un sujet qui lui tient à cœur : le changement de statut du propriétaire forestier : «  Je crois qu'aujourd'hui nous ne pouvons nous plus considérer comme des « propriétaires privés » assis sur les trois-quarts de la ressources forestière de notre pays. Cette notion de « propriétaire forestier » ne passe plus. Monsieur Mélenchon y est sans doute pour quelque chose... » Plus sérieusement, Bruno de Quinsonas estime que la notion de propriétaire s'apparente à celle de rentier : « Etre propriétaire, c'est un état. Ce n'est pas une action. Alors que sommes-nous et qui sommes nous ? Je crois qu'il est plus valorisant d'exprimer ce que nous sommes. Aussi je vous propose que nous nous appelions désormais « gestionnaires d'espace forestier ». »

Dans l'esprit de beaucoup, cette petite révolution sémantique ne va pas de soi. Mais pour le président de l'UPFI, l'enjeu est stratégique. Il s'agit de « franchir le mot-barbelé de propriétaire privé » pour faire entendre une autre réalité, celle d'une activité économique qui alimente les scieries tout en rendant service à la collectivité. Avec en ligne de mire, un double objectif : une conformité avec les principes du Grenelle de l'environnement (restauration de la biodiversité, trame verte et bleue, stockage de carbonne...) et la contribution de la collectivité à l'entretien de la forêt privée : « Pourquoi les forêts de Chartreuse ou de Belledonne seraient les centrales d'épuration de l'agglomération grenobloise ? Pourquoi ça devrait être gratuit ? Si nous faisons bien notre travail, nous devrions avoir droit à un certain nombre de dédommagements. » De quelle nature ? L'Union des forestiers privés envisage plusieurs pistes, à commencer par celle des allègements fiscaux.

Marianne Boilève