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Certification

La certification environnementale creuse son sillon

La Haute valeur environnementale fait une entrée discrète dans les exploitations. Pourtant, cette certification est appelée à prendre beaucoup de place dans les règlementations à venir. Elle conjugue enjeux écologiques et économiques.
La certification environnementale creuse son sillon

En 2020, la démarche haute valeur environnementale (HVE) est encore marginale en Isère. Seules 25 exploitations individuelles (1) et un groupe de 80 agriculteurs piloté par l'ex-coopérative Dauphinoise devenue Oxyane bénéficiaient d'une certification de niveau 3 au début de l'année.

Si la HVE commence à faire parler d'elle, c'est parce qu'elle a tendance à se glisser dans toutes les nouvelles règlementations. C'est le cas de la loi Egalim. Lorsqu'elle impose à la RHD de proposer, au 1er janvier 2022, au moins 50% de produits de qualité et durables, dont au moins 20% de produits biologiques. Ces produits de qualité devront être certifiés HVE. Cette même loi prévoit, à partir du 1er janvier 2021, le principe de séparation des activités de la vente et du conseil de produits phytosanitaires. Ce conseil stratégique deviendra obligatoire à raison de deux visites en cinq ans pour le renouvellement du Certiphyto, sauf si les exploitations sont en agriculture biologique ou HVE. Par ailleurs, le plan de relance prévoit un crédit d'impôt de 76 millions d'euros pour les exploitations certifiées HVE. Enfin, dans le cadre de la future PAC, la certification HVE pourrait être une des portes d'accès à certaines aides de l'eco-scheme (2).

Une démarche progressive

Des mesures incitatives côté amont et des frémissements aussi côté aval puisque l'enseigne Intermarché a déjà mis en place une filière HVE pour la fabrication de son pain en partenariat avec la coopérative Oxyane. « Certaines filières, comme la viticulture se sont déjà emparées de cette démarche de façon à prouver la qualité de ses pratiques », indique par ailleurs Mélanie Hovan, conseillère référente à la chambre d'agriculture de l'Isère. Cette année, l'organisme consulaire a mis en place un accompagnement pour les exploitants désireux d'obtenir le niveau 3 de certification. Elle organise des réunions d'informations dans les territoires comme début octobre à Saint-Prim.

Mélanie Hovan souligne l'avantage de cette démarche progressive, en trois niveaux. « Elle permet de valoriser ses pratiques et de s'adapter pour parvenir au niveau 3. » Elle est aussi intéressante dans des départements comme l'Isère où il y a peu de produits sous signe de qualité, notamment pour satisfaire aux critères de la loi Egalim. D'autant que d'après certains observateurs, la restauration hors domicile peine à trouver des produits sous signe de qualité. Il y a donc une opportunité de marché.

Des choix stratégiques

Jérôme Jury, arboriculteur à Saint-Prim, est en HVE depuis trois ans. « C'est une démarche qui réclame un lourd travail administratif, témoigne-t-il. Mais le fait d'être déjà Gobalgap aide beaucoup car on a déjà une certification d'avance. » Il préconise de se faire accompagner, comme il le fait par un cabinet spécialisé dans la filière fruits. « Cela modifie sa façon de gérer et permet de formaliser les choses. C'est structurant. C'est un support sur lequel on évolue et qui permet de faire des choix stratégiques. »

Guillaume Thevenas, producteur de fruits à Saint-Maurice-l'Exil, a obtenu la certification HVE en juillet dernier. « On se pose des questions simples : pourquoi j'utilise cet engrais ? Parce que je l'ai toujours fait ? Et ça nous lance dans une réflexion intéressante où on se demande comment faire autrement. » Les producteurs ont pris le parti de ne pas vivre cette certification comme un obstacle, mais plutôt comme une opportunité d'évoluer. 

« Ce n'est pas parce que les produits ne sont pas bio que l'on tue les gens », défend Sylvain Monteux, dirigeant de la Compagnie des fruits mûrs, qui affine et conditionne les fruits dans la Drôme. Pour lui, la HVE est une réponse au regard de l'engouement du consommateur pour le bio. « Une troisième voie soutenue par l'Etat et qui peut nous sortir collectivement de l'agribashing. » Il décrit une certification qui s'adresse au consommateur final : « En mangeant un produit certifié HVE, vous mangez sain. » Il travaille avec 200 producteurs fruitiers, « presque tous certifiés HVE, ce qui n'est pas insurmontable ».

Commercialiser ses produits

Les exploitations qui songent à demander la certification HVE se mobilisent de plus en plus. Dans les productions céréalières, en arboriculture, mais aussi dans l'élevage. « Dans quelques années, ce sera un critère obligatoire pour pouvoir commercialiser ses produits », anticipe un polyculteur isérois. Il envisage de faire la démarche de certification dès les cultures 2021 estimant « qu'il n'en est pas loin ». Son objectif est de répondre à des préoccupations à la fois environnementales et économiques. « C'est un label agricole responsable », déclare ce producteur de noix et de céréales pour qui « il est difficile regarder pousser ses cultures sans intervenir ». Cette certification atteste que « l'on est capable de produire proprement, mais sans s'interdire l'utilisation de produits de synthèse », confirme Jérôme Jury. En revanche, les producteurs attendent peu de la valorisation de leurs productions certifiées.

Voie A ou B

La filière saint-marcellin mène la même réflexion, accompagnée par le Cnaol (3). L'enjeu est de faire correspondre le cahier des charges européen d'une IGP attaché à son territoire avec des exigences environnementales nationales. Les filières sous signe officiel de qualité (Siqo) sont dans l'attente d'une reconnaissance d'équivalance de niveau 2 de certification environnementale. 62 démarches sont déjà reconnues de niveau 2. Ces filières pourraient ensuite s'inscrire dans une démarche collective portée par leur ODG (4). Reste à choisir entre la voie A, soit une approche thématique (biodiversité, stratégie phytosanitaire, gestion de la fertilisation et de l'irrigation) ou la voie B, dite globale et considérée plus facile à atteindre pour un certain type de productions, notamment les monocultures, car elle tient compte du poids des intrants dans le chiffre d'affaires et des surfaces agroécologiques dans la SAU.

Quelles que soient les productions, il en coûtera sûrement moins cher aux exploitants de passer par une démarche collective qu'individuelle. Entre l'audit de certification, son suivi et son renouvellement, il faut compter autour de 1 500 euros... et beaucoup moins en démarche collective. Il ne reste plus qu'au petit logo à se faire une place dans l'esprit du consommateur.

Isabelle Doucet

 

Engagement / Nicolas Rousset est éleveur à Vernioz, 100% en autonome, 100% vente directe. Il envisage rapidement son passage en HVE.

« Je sais que je rentre dans la cible »

« C'est surtout pour le consommateur. Il veut savoir ce qu'il mange ». Nicolas Rousset est agriculteur à Vernioz depuis 2012. Il élève des bovins en race charolaise, des porcs et des poules pondeuses. Il vient de se diversifier en produisant de l'huile de colza et de tournesol et de la farine. « Je fais 100% de vente directe et je produis tout sur mon exploitation, les céréales, le foin, le tourteau Je peux garantir le consommateur de A à Z », déclare-t-il alors qu'il envisage sérieusement de certifier son exploitation en HVE.
« Je planche depuis un an sur la HVE. J'irai, c'est certain. » L'éleveur est à la tête d'un troupeau de 180 bovins et d'une exploitation de 150 hectares entièrement autonome. « J'ai réalisé beaucoup d'investissements », explique-t-il. L'objectif étant d'avoir une exploitation adaptée à son modèle économique entièrement orienté vers la vente directe. Le magasin à la ferme est ouvert le samedi matin et le producteur est associé à plusieurs magasins de producteurs en Isère, dans la Drôme et dans le Rhône. « J'envisage d'installer des panneaux photovoltaïques pour produire de façon plus respectueuse de l'environnement », ajoute-t-il. « Il y a beaucoup de "on dit" au sujet de la HVE, mais je sais que je rentre dans la cible, déclare Nicolas Rousset. Je ne fais aucun traitement, juste un désherbage, je suis en zone défavorisée, la principale alimentation des bovins est le foin. Je fais faire des visites aux élèves du lycée de La Côte-Saint-André où sont mis en avant les dimensions de respect de l'environnement et du bien-être animal. Les gros bovins ne reçoivent pas de traitement antibiotique et je ne fais qu'un traitement antiparasitaire par an. »
L'éleveur a l'habitude de communiquer avec ses clients. « Ils se posent beaucoup de questions, il faut prendre le temps d'expliquer. Par exemple, ils se demandent pourquoi les œufs ne sont pas tous de la même couleur. Je leur apprends que cela dépend des céréales, si les poules mangent du maïs, la coquille sera plus colorée que si elles mangent du blé. » La HVE lui permettra de garantir la traçabilité de ses produits tout en rassurant le consommateur. « Mais va falloir communiquer dessus », avertit-il.
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Une certification, trois niveaux

La certification environnementale couvre l’ensemble des activités de l’exploitation. La procédure de certification peut être individuelle ou collective.

Le niveau 1 est celui du respect des exigences environnementales qui relèvent des conditionnalités de la PAC. Toutes les exploitations y répondent. Il peut être réalisé en autodiagnostic et validé par un organisme certificateur agréé (OC).

 

Le niveau 2 est celui de l'obligation de moyens. Il est facultatif et doit satisfaire à 16 exigences regroupées en quatre thématiques : biodiversité, stratégie phytosanitaire, gestion de la fertilisation et de l'irrigation. Son évaluation technique s'effectue en deux phases, initiale et intermédiaire (10 mois avant la date d'échéance) faites par l'organisme certificateur agréé. La validation est valable trois ans.

 

Le niveau 3, celui appelé haute valeur environnementale ou HVE est une obligation de résultats. Il présente deux voies. La voie A reprend les quatre critères. Chaque indicateur est composé d’un ensemble d’items. A chaque item correspond une échelle de notation. Une thématique est validée lorsque la note globale est supérieure ou égale à 10 points. Pour être certifiée de niveau 3, l’exploitation doit avoir les quatre thématiques validées

La voie B s'articule en deux volets : les critères de biodiversité doivent satisfaire 10% de la SAU en surfaces agroécologiques et les prairies permanentes représenter plus de 50% de la SAU ; et la dépendance aux intrants qui doit être inférieure à 30% du chiffre d'affaires.

La certification est valable trois ans avec une évaluation intermédiaire.

L'agriculteur peut passer directement du niveau 1 au niveau 3 sans passer par le niveau 2.

 

 

(1) En Isère, début 2020, il y avait un viticulteur, trois arboriculteurs, 21 céréaliers et le groupe de 80 de La Dauphinoise en certification collective.

(2) Dans la future PAC, les cco-scheme, sont une conditionnalité de paiement du premier pilier en lien avec des exigences de verdissement.

(3) Conseil national des appellations d'origine

(4) Organisme de défense et de gestion