Viande bovine
La chasse aux importations est ouverte
Alors que leurs revenus chutent, les éleveurs bovins de Rhône-Alpes ont lancé le 9 septembre des actions de vérification de l'origine des viandes auprès des fournisseurs de la restauration hors domicile. Ils reprochent aux négociants leurs importations qui tirent les prix vers le bas. Le recours à des viandes sud-américaines ne fournit pas les mêmes garanties que les carcasses françaises, notamment sur l'origine de l'alimentation ou le respect de normes environnementales.
La première visite à Metro ne permet pas de constater une forte importation des viandes. Ce fournisseur de restaurateurs ne propose que des produits carnés français ou d'origine européenne. Un producteur ardéchois trouve néanmoins du lièvre argentin, mais le butin reste maigre. Aurait-on menti aux producteurs ? Prévenus par la police, « les magasins ont sans doute évacué les viandes gênantes », suppose Guillaume Cognat, un jeune éleveur de l'Ain.
La tournée des importateurs se poursuit à l'entrepôt Pomona, à Saint-Priest. Ici, pas de rayons, l'entreprise diffuse un catalogue et livre ses clients, restaurateurs ou cantines d'importantes collectivités. Le directeur du site tient un discours très favorable au développement durable, sauf lorsque l'appel d'offres d'une collectivité condamne les sources européennes d'approvisionnement : « oui, nous utilisons l'import lorsque les prix sont tirés, notamment d'Amérique du Sud pour la noix d'entrecôte. En France, nous en trouvons, mais pas dans les quantités demandées. »
La visite des réserves confirme les pratiques : plusieurs cartons argentins sortent des chambres froides. Le ton monte. Cette viande argentine contredit toutes les attentes des consommateurs. Son bilan carbone est désastreux, les étiquettes restent muettes quant à l'alimentation sans OGM et aux précautions environnementales. Le directeur se défend et fait valoir que ses clients demandent un prix et pas forcément le logo viande bovine française.
Visite à l'interprofession
Les producteurs se sont invités à une réunion de l'interprofession le 9 septembre. François Garrivier présente une situation tendue dans les élevages, les premiers dépôts de bilan et rapporte « des suicides ». Les membres de l'interprofession répondent ne pas être responsables de la situation. « Nous prenons en compte les producteurs : 30 000 bovins par semaine, c'est bien pour faire travailler les élevages. (...) La restructuration des abattoirs est obligatoire. Mais cela n'est pas plaisant, c'est une prise de risque et c'est pour sauver des outils français. »
Le représentant de Bigard défend une activité bouchère nationale infime par rapport aux concurrents allemands et pointe « la menace des groupes brésiliens ». Après discussions, la filière ouvre la porte à des négociations régionales puis nationales pour tenter de ramener de la valeur ajoutée aux producteurs.
Frédéric Renaud
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Les revendications des producteurs
Des aides pour survivre, des prix pour vivre
Les éleveurs allaitants de Rhône-Alpes rappellent que seuls des prix justes, rémunérant le travail des producteurs, permettent de s'en sortir. François Garrivier, président de la section régionale bovine de la FRSEA attend une « augmentation de 50 à 60 centimes d'euros de la carcasse de viande, sans impact sur le consommateur. »
Les Jeunes Agriculteurs s'associent aux actions lancées par la fédération nationale bovine. Adrien Bourlez, responsable régional du dossier viande bovine, explique : « les jeunes ont avant tout besoin de visibilité pour progresser et investir. Des revenus trop bas trop longtemps mettent en péril l'installation et l'avenir de cette production. L'aval doit envoyer des signaux forts aux producteurs. »
Pour sa part, Pascal Riche, président de la section bovine du Rhône, s'inquiète d'une dépendance de l'approvisionnement en viande bovine comparable à celle du mouton, pour laquelle la majorité des volumes provient de l'importation. Cette dépendance participe à la disparition des paysages et de leurs productions d'herbe ou de céréales, nécessaires à l'alimentation des bovins.
Les responsables agricoles attendent la mise en cohérence des discours et des actes des élus. Tous prônent le développement durable et la prise en compte du bilan carbone. Pourtant, lorsque ces mêmes élus signent des appels d'offre pour l'achat de viande dans les écoles ou les hôpitaux, ils sacrifient leurs engagements en faveur du « durable » au profit du prix bon marché.
FR
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La tournée des importateurs se poursuit à l'entrepôt Pomona, à Saint-Priest. Ici, pas de rayons, l'entreprise diffuse un catalogue et livre ses clients, restaurateurs ou cantines d'importantes collectivités. Le directeur du site tient un discours très favorable au développement durable, sauf lorsque l'appel d'offres d'une collectivité condamne les sources européennes d'approvisionnement : « oui, nous utilisons l'import lorsque les prix sont tirés, notamment d'Amérique du Sud pour la noix d'entrecôte. En France, nous en trouvons, mais pas dans les quantités demandées. »
La visite des réserves confirme les pratiques : plusieurs cartons argentins sortent des chambres froides. Le ton monte. Cette viande argentine contredit toutes les attentes des consommateurs. Son bilan carbone est désastreux, les étiquettes restent muettes quant à l'alimentation sans OGM et aux précautions environnementales. Le directeur se défend et fait valoir que ses clients demandent un prix et pas forcément le logo viande bovine française.
Visite à l'interprofession
Les producteurs se sont invités à une réunion de l'interprofession le 9 septembre. François Garrivier présente une situation tendue dans les élevages, les premiers dépôts de bilan et rapporte « des suicides ». Les membres de l'interprofession répondent ne pas être responsables de la situation. « Nous prenons en compte les producteurs : 30 000 bovins par semaine, c'est bien pour faire travailler les élevages. (...) La restructuration des abattoirs est obligatoire. Mais cela n'est pas plaisant, c'est une prise de risque et c'est pour sauver des outils français. »
Le représentant de Bigard défend une activité bouchère nationale infime par rapport aux concurrents allemands et pointe « la menace des groupes brésiliens ». Après discussions, la filière ouvre la porte à des négociations régionales puis nationales pour tenter de ramener de la valeur ajoutée aux producteurs.
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Les éleveurs allaitants de Rhône-Alpes rappellent que seuls des prix justes, rémunérant le travail des producteurs, permettent de s'en sortir. François Garrivier, président de la section régionale bovine de la FRSEA attend une « augmentation de 50 à 60 centimes d'euros de la carcasse de viande, sans impact sur le consommateur. »Les Jeunes Agriculteurs s'associent aux actions lancées par la fédération nationale bovine. Adrien Bourlez, responsable régional du dossier viande bovine, explique : « les jeunes ont avant tout besoin de visibilité pour progresser et investir. Des revenus trop bas trop longtemps mettent en péril l'installation et l'avenir de cette production. L'aval doit envoyer des signaux forts aux producteurs. »
Pour sa part, Pascal Riche, président de la section bovine du Rhône, s'inquiète d'une dépendance de l'approvisionnement en viande bovine comparable à celle du mouton, pour laquelle la majorité des volumes provient de l'importation. Cette dépendance participe à la disparition des paysages et de leurs productions d'herbe ou de céréales, nécessaires à l'alimentation des bovins.
Les responsables agricoles attendent la mise en cohérence des discours et des actes des élus. Tous prônent le développement durable et la prise en compte du bilan carbone. Pourtant, lorsque ces mêmes élus signent des appels d'offre pour l'achat de viande dans les écoles ou les hôpitaux, ils sacrifient leurs engagements en faveur du « durable » au profit du prix bon marché.
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