« La commission rejette le conditionnement des indemnisations »
Le Sénat a voté le 2 octobre une résolution sur le pastoralisme. A quoi cela sert-il ?
C'est une injonction au Gouvernement autour d'une question qui pose problème. Il y a d'abord eu un rapport d'information sur le Plan loup et les activités d'élevage, mené par la Commission de l'aménagement du territoire et du développement durable du Sénat, dans le cadre duquel nous avons auditionné de nombreux acteurs en lien avec le milieu pastoral : éleveurs, élus, scientifiques etc. Cette mobilisation des élus s'est ensuite traduite par une résolution issue d'un groupe de travail sur le pastoralisme conduit par la Commission des affaires économiques. Il s'agit d'un soutien des parlementaires apporté au pastoralisme, voté par 95% des sénateurs.
Quel est l'esprit de cette résolution ?
Elle contient des propositions en faveur du modèle agricole pastoral français. Mais la problématique du pastoralisme ne se résume pas seulement à la prédation. Par exemple, dans le cadre des négociations sur la PAC, le pastoralisme et la spécificité des territoires de montagne doivent être mis en avant. Les difficultés d'installation, pour trouver des alpages, pour accéder au foncier, la déprise agricole, la concurrence avec les traités de libre-échange, les contraintes du métier, ce n'est pas uniquement un problème de loup. Les propositions reflètent la complexité de la question du pastoralisme.
La question des fronts de colonisation fait débat car les éleveurs ne veulent pas entendre parler de gestion différenciée.
Il n'y a pas de solution simple et il faut se poser les bonnes questions. Faut-il gérer le problème sur les fronts de colonisation comme partout ailleurs ou créer une barrière ? Anticiper permettrait de ne pas se retrouver dans une situation ingérable. Mais il est difficile de dépassionner le débat. Il est dangereux de dire qu'il est possible de se débarasser du loup. Le loup est là. Il y a une régulation à avoir afin d'arriver le mieux possible à faire cohabiter l'élevage et la présence du loup. Il y a une vraie connaissance à acquérir sur le fonctionnement du loup et les moyens mis en place. Cela passe par la recherche et des expérimentations locales.
La commission est critique à l'égard du plan loup, décrivant « des mesures insuffisantes » qui ne sont pas à la hauteur des enjeux.
Sa plus grosse faiblesse est son financement et la mise en application réelle des mesures. Le loup représente un coût, mais la plus grosse partie de ce coût est consommée pour le soutien direct au pastoralisme. Le plan loup contient beaucoup d'actions à mettre en œuvre qui s'inscrivent au-delà de la problématique loup, comme les formations de berger et différentes aides. Mais ce que la commission rejette, c'est le conditionnement des indemnisations. Si l'on veut avancer, il faut inciter les éleveurs à trouver des solutions. Le loup est là et il faut faciliter les choses au maximum.
La transparence de l'ONCFS est aussi épinglée.
Je pense que l'erreur est surtout d'avoir chiffré la présence du loup. Car l'ONCFS ne peut pas donner de chiffres. Tout au mieux l'office connaît le nombre de meutes et leur évolution. Mais il faut dire clairement que, scientifiquement, on ne peut pas donner de chiffre exact. Il aurait été plus habile de dire que la population croît de 20% et qu'en raison de cela, il faut mettre en place une régulation, d'autant qu'il est admis que le seuil des 500 loups est sans doute atteint.
Vous émettez certaines réserves ?
Je ne croit pas au déclassement du loup, qu'il s'agisse de la Convention de Berne ou de la Directive habitats. Cela risque de durer longtemps et si la démarche aboutit, ça ne règlera pas le problème. En revanche, il serait intéressant que des réflexions comme celle menée par le parc du Vercors, où il est question de régulation, de protection, soient encouragées. Ce plan d'action réunit éleveurs, élus et associations, mais réclame que des financements lui soient associés. Il faudrait que l'Etat se penche sur ce type d'initiatives locales.
Propos recueillis par Isabelle Doucet