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Solidarité

La conversation, un rempart contre la solitude

Alors que Génération Mouvement Isère organise sa troisième fête de l'Amitié à Vinay, l'association Au bout du fil propose une manière originale de rompre l'isolement : la visite téléphonique à domicile.
La conversation, un rempart contre la solitude

Il est des maisons où le téléphone ne sonne jamais, si ce n'est pour du démarchage téléphonique. Personne pour prendre des nouvelles ou faire un brin de causette. Afin de rompre cet isolement social qui touche un grand nombre de personnes âgées, l'association Au bout du fil propose un service d'« écoute conviviale » qui met en relation personnes seules et appelants bénévoles. Depuis sept ans, partout en France, près de 250 volontaires, spécifiquement formés, consacrent régulièrement un peu de leur temps pour converser avec les personnes isolées qui en font la demande. Plus de 1 500 personnes isolées reçoivent ainsi un ou plusieurs coups de fil par semaine, autant de rendez-vous familiers et chaleureux.

Ecoute bienveillante

« L'appel de ce matin, ça a été pour moi l'équivalent d'un gros bouquet de fleurs ! », témoigne Martine, l'une des heureuses bénéficiaires de ces amicales visites téléphoniques. Pour recevoir son « bouquet de fleurs », Martine a tout simplement fait une demande à l'association et communiqué les jours et heures auxquels elle souhaitait être appelée. Chaque appel est anonyme et gratuit, le coût de la prestation étant pris en charge par une caisse de retraite ou une institution locale (mairie, conseil départemental...). Et comme l'association garantit la confidentialité des appels, la liberté de parole est totale. On peut parler de tout, de soi, de son animal de compagnie, des petits soucis, des petits bonheurs. L'appelant, lui, est là pour écouter avec bienveillance, échanger et faire parler la personne de sujets valorisants pour elle. « Nous ne jouons pas le même rôle que SOS Amitié, explique Alain Thomas, secrétaire général d'Au bout du fil. Nous sommes là pour apporter une écoute empathique, engager un échange convivial, pas pour donner des conseils sur ce qu'il faut faire ou ne pas faire. » Les appelants sont toutefois invités à noter les faits marquants de la conversation pour pouvoir rebondir la fois suivante ou signaler une situation particulière.

Bouffée d'oxygène

Pour Marthe (1), qui consacre une à deux heures par semaine à l'association, chaque appel est un peu comme un saut dans l'inconnu. « On nous dit d'appeler Juliette, mais on ne sait rien d'elle, explique cette habitante de Saint-Didier-de-Bizonne. Mais on sent tout de suite à qui on a affaire. Moi, j'engage la conversation avec des propos simples, comme "quel temps fait-il chez vous?" La météo s'est important pour les personnes âgées. Souvent, on démarre là-dessus et j'enchaîne sur la région. » L'échange se construit peu à peu, en fonction des réactions de l'interlocuteur. « On s'adapte, dit Marthe. Parfois, je plaisante et j'entends la personne sourire au bout du fil. » Mais il arrive aussi qu'il ne se passe rien. « C'est un peu déstabilisant, reconnaît cette bénévole au grand cœur. Il faut essayer de trouver des sujets qui motive la personne, mais s'il n'y a pas de communication, il ne faut pas insister.» Fort heureusement, dans la plupart des cas, l'échange s'engage aisément et se poursuit de façon « très agréable », assure Marthe. C'est aussi l'avis d'Hélène, qui vit ces coups de fil comme autant de bouffées d'oxygène : « Ces téléphones, c'est bon pour le cerveau. Avant, par la mairie, on avait des coups de fil de jeunes, mais ce n'était pas du tout la même chose. Ils nous parlaient de leurs amoureux, ça faisait rire, mais j'aime mieux parler avec des gens qui ont de la conversation. »

 

(1) Afin d'éviter que ne se crée un lien de dépendance, l'association garantit l'anonymat des appelés comme celui des appelants.

Marianne Boilève

Des bénévoles au bout du fil

Pour répondre à la demande croissante, Au bout du fil recherche des femmes et des hommes, expérimentés ou non, qui souhaitent consacrer un peu de leur temps à bavarder avec une personne isolée. L'association assure la formation et le suivi de chaque bénévole. Elle propose également des modules et des groupes de discussion entre appelants qui permettent à chacun d'échanger et d'améliorer sa pratique. Les appelants téléphonent de chez eux, mais n'engagent aucun frais : ils contactent une plateforme qui les met en relation avec une personne dont ils ne connaissent que le prénom, la région de résidence et certaines caractéristiques utiles pour ne pas commettre d'impair (situation de deuil, de déracinement, handicap...). L'appel dure en moyenne 20 minutes.
Association Au bout du fil
Contact : auboutdufil.org ou 01 70 55 30 69 (répondeur)