La députée maîtrise une bête du Sénépi
Le plus petit éleveur confie deux bêtes à l’alpage du Sénépi, et le plus important 120. Avec ses 850 bovins, ses 1 000 hectares, six communes, et 35 personnes dans le groupement pastoral, c’est l’alpage le plus important de France. Entre Trièves et Matheysine, il surplombe le lac de Monteynard tandis que ses entrailles sont gorgées d’anciennes mines d’or ou de charbon. Les multiples chemins de randonnée mènent volontiers jusqu’au chalet du berger, Sylvain Turc et de son épouse Martine, ainsi que leurs trois enfants. 49saison pour l’alpage, 23 pour le gardien et toujours ce même enthousiasme pour ce coin de montagne qu’il aime partager avec les visiteurs. Les fêtes de l’alpage sont réputées et la dernière journée des alpagistes, qui se déroulait début août, a fait le plein. Cette initiative de la Fédération des alpages de l’Isère (FAI) est placée sous le signe de la rencontre. « Ce sont des moments conviviaux pendant lesquels des messages passent. Du manque de dialogue découlent les problèmes, exposait Denis Reybreyend, le président de la FAI. Sur les alpages, il y a eu des difficultés comme des non-reconductions de conventions annuelles de pâturage, qui sont des conséquences du manque de contact. C’est à nous, les alpagistes, d’aller à la rencontre des autres pour que ça fonctionne. Il faut toujours être attentifs aux partenaires. Avec des phrases toutes faites qui peuvent dériver vers le populisme, on ne peut pas avancer ».
Du regard
Journées d’échanges mais aussi de formation puisque Jean-Marie Davoine, celui qui parle à l’oreille des bovins, proposait une démonstration de manipulation des animaux et de cage de contention. Dans un troupeau de vaches bigarré et représentatif de l’alpage (abondances, charolaise, holstein, limousines, tarines et même une petite partenaise loin de son bocage), c’est la députée Marie-Noëlle Battistel, élue de montagne, qui s’est prêtée au jeu, prouvant qu’on peut se déplacer à reculons dans un troupeau de façon à ne pas effrayer les bêtes. Le formateur et l’élue ont également travaillé sur l’épine dorsale du bovin, à partir de laquelle il est possible de manipuler une bête du regard. Et ça marche. Positionné hors de portée des cornes et des pattes, en agissant calmement, l’éleveur a donc la possibilité de choisir une bête, de la piloter, les vaches non concernées s’écartant. « Lorsqu’on le fait avec une bétaillère pour conduire une bête à l’abattoir, c’est de la tendreté de gagnée », lance le formateur. Le principe est le même sur un troupeau de moutons, dont le point de balance se situe au niveau du premier tiers du troupeau. Pilotage à distance garanti.
Traiter sans maltraitance
A chacune de ses interventions Jean-Marie Davoine rappelle les fondamentaux : la relation homme/animal s’établit avant tout par la nourriture. Problème en alpage : les animaux sont dans la nature et l’arrivée de l’homme ou de son chien n’est pas toujours bien perçue. Avec un seau de croquettes, les choses peuvent s’arranger. « 10 000 bovins montent en alpage en Isère et environ 100 génisses ne redescendent pas du premier coup. Cela demande du temps pour les récupérer », insiste l’ancien berger.
C’était aussi l’occasion de présenter la dernière version de la cage de contention élaborée avec les constructeurs de matériel. La FAI travaille plus particulièrement avec l’entreprise Mazeroni sur un produit qui a évolué dans le temps et à la demande des bergers et des éleveurs. L’objectif de la cage est de disposer de matériel avec lequel le berger peut traiter les animaux sans qu’il y ait de maltraitance, que l’équipement soit suffisamment technique, mais pas hors de prix. Chaque élément est réfléchi, depuis le panier à l’avant équipé de barreaux verticaux pour ne pas effrayer l’animal qui cherche une issue, jusqu’au cornadis ajustable, en passant par le treuil à l’arrière et la sous-ventrière, ou bien les barreaux latéraux amovibles afin de pouvoir pratiquer des césariennes sans entrave et en toute sécurité. D’un montant de 3 000 euros, l’équipement est aidé à hauteur de 75%.
Les expériences de chacun
La FAI multiplie les formations auprès des groupements, conciliant le caractère utile et agréable de telles journées. La contention, le tri des animaux, la relation homme-animal, repérer les gestes parasites ou aller chercher les bêtes en alpage sont autant de sujets destinés à s’enrichir lors des rencontres. « Chacun amène ses expériences, ce qui permet à Jean-Marie Davoine de les collecter et de les restituer », indique Denis Reybreyend en rappelant que l’on peut retrouver ces savoirs dans l’ouvrage « Domestiquer autrement » sorti en 2014.
La Pac et les MAE
Deux mesures de la nouvelle Pac interrogent plus particulièrement les alpagistes :La mesure Systèmes herbagers et pastoraux (SHP) s’adresse aux structures collectives, c'est-à-dire les groupements pastoraux et les communes dans un but de conservation des pratiques agro-pastorales. Elle remplace la PHAE.
La mesure Herbe09 est basée sur le plan de gestion pastorale. Elle correspond à des enjeux environnementaux prioritaires, ciblés, face auxquels les groupements pastoraux, ou éleveurs en individuel proposent des plans d’action. Leur rémunération est d’environ 70 euros l’hectare. En Isère, sur 80 alpages, 50 ont contacté la FAI et 31 responsables d’alpages ont déjà signé un contrat. Le cas de la Chartreuse est décalé d’un an en raison de la mise en œuvre du PAEC qui a été retardée.
Dans un courrier adressé au ministère de l’Agriculture, la FAI souhaite faire évoluer les surfaces engagées en mesure générique SHP vers des mesures spécifiques type Herbe 09, « ce qui permet de mieux travailler la relation des éleveurs au regard des enjeux environnementaux », explique Bruno Caraguel, le directeur de la FAI.
La deuxième demande de la FAI concerne la révision des plafonds pour les groupements pastoraux en zone Natura 2000. Car, avec la nouvelle Pac et la mise en place des nouvelles mesures agro-environnementales, certains groupements pastoraux, comme celui du Sénépi, où paissent 850 bêtes et travaillent trois équivalent temps plein (berger et entretien de l’alpage), ont vu leurs aides passer de 32 000 euros en 2014 à 22 800 en 2015.