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Vente

La deuxième vie d'un grand troupeau

La vente à la soumission du troupeau montbéliard de Dominique Guillet-Lomat a attiré de très nombreux acheteurs, notamment des éleveurs en système herbager et AOP, désireux d'acquérir des bêtes de très grande qualité.
La deuxième vie d'un grand troupeau

Lavées, rasée, brossées, rangées, les vaches attendent docilement dans l'étable. Les génisses sont aussi classées par lot : jeunes génisses, génisses prêtes et à saillir. Elles portent toutes un sticker avec leur numéro et leur prix de soumission sur la hanche. 58 bêtes au total. La vente peut commencer. Les éleveurs sont très nombreux ce mercredi 16 octobre à Miribel-les-Echelles en Chartreuse pour la vente de ce troupeau montbéliard organisée par Sicarev coop. Car ce n'est pas n'importe quel troupeau, mais des bêtes d'un haut niveau génétique, génotypées et élevées en système herbager. Des vaches d'AOP. Les meilleurs élevages régionaux sont présents. D'une certaine façon, c'est une marque de reconnaissance de tout le travail de Dominique Guillet-Lomat, l'éleveur qui cesse son activité.

Arrêter dans les meilleures conditions

« Nous organisons de telles ventes lorsque le potentiel du troupeau est satisfaisant car c'est compliqué vis-à-vis de la demande, explique Gaëlle Liothin, directrice de la branche Dauphidrom de Sicarev Coop. Ici, le troupeau présente une haute valeur génétique. Et puis l'éleveur est un adhérent de Sicarev. » La coopérative organise occasionnellement des ventes de bétail. « C'est un service que nous rendons à nos adhérents. Ce n'est pas de gaîté de cœur, mais c'est notre rôle d'aider des jeunes qui s'installent et d'autres à arrêter dans les meilleures conditions possibles, poursuit le directrice. Nous faisons en sorte que le maximum de bêtes soient vendues au prix le plus élevé et que l'ensemble du troupeau parte. »

La veille, les techniciens de la coopérative et les amis de l'éleveur, dans un vaste élan de solidarité, ont aménagé la ferme pour recevoir la vente. Chapiteau, ring, boxes, sciure recouvrant l'ensembe du sol de la cour, bêtes préparées, affichage, catalogue de vente, parkings : c'est un préalable aussi nécessaire pour que se prépare l'éleveur, forcément affecté par la vente. Et d'aucuns savent que « Boule » aurait préféré que ça se passe autrement. « C'est l'éleveur qui prend sa décision. Une fois que celle-ci est prise, c'est à nous de l'aider, de le conseiller, sur la partie génétique, sur les bêtes à réformer par exemple », explique la responsable.

Les acheteurs potentiels ont pu découvrir les bêtes à partir de midi, la vente étant prévue à 14 heures. Le catalogue à la main, il font le tour des vaches, portent leurs annotations, discutent, délibèrent. On se rend très vite compte que les Savoyards sont venus très nombreux. « Ces fermes ne sont qu'à quelques kilomètres et leur lait est beaucoup mieux valorisé », commente un éleveur isérois. En visitant « l'écurie », on reconnaît les bêtes qui se cachent derrière des numéros : Haleine, Ivette, LaFrance, Japonaise ont souvent fait parler d'elles lors des concours départementaux, régionaux, nationaux.

Les petits papiers

Arnaud Sagnard, le responsable de l'activité repro à Sicarev bat le rappel autour du ring. « Un super troupeau, lance-t-il en introduction, avec des animaux qui se sont illustrés lors des concours. C'est la spécialité de Boule. Toutes les génisses sont génotypées et toutes les vaches font partie du schéma de sélection montbéliard. »

C'est LaFrance qui ouvre les enchères. Une vache en première lactation mise à prix 1 400 euros et acquise pour 3 230 euros. « Ça part fort », observe un éleveur Isérois. La barre est placée très haut. C'est le jeu de la vente à la soumission : chaque acheteur intéressé inscrit sur une fiche la somme à laquelle il désire acquérir l'animal. Il n'y a pas de surenchérissement mais le prix le plus élevé l'emporte. Bien entendu, s'il n'y a qu'un seul acquéreur, il enlève la bête au prix plancher de soumission. Mais le prix de l'animal ne grossit pas forcément avec le nombre de candidats acheteurs. Les cours sont plutôt aléatoires, sauf pour les bêtes les plus remarquables.

Autour de la barrière, chacun s'efforce de garder son sang froid. « C'est un troupeau reconnu pour ses qualités de mamelles et fonctionnel », détaille encore Arnaud Sagnard pendant que les vaches défilent, une à une. « On se prépare, on sait ce qu'on veut acheter, ce sera plutôt des génisses », ajoute un autre Isérois.

Bruissement dans la foule. Toutes les vaches adultes sont passées. Reste la star : Ivette. « Cette vache impressionnante, qui rafle tout », déclare Arnaud Sagnard. On se jauge, on s'observe. Les paris sont ouverts. Celui qui veut repartir avec Ivette devra mettre le prix, le juste prix. Le montant de départ est fixé à 1 800 euros. Autour du ring les petits papiers se multiplient. Chacun tente sa chance. Le couperet tombe : Ivette est adjugée au Gaec Vichot pour 5 111 euros. Elle produira désormais du comté dans le Jura.

La vente se poursuit avec les génisses qui intéressent plus particulièrement les Isérois. EARL du Crossey, Gaec de Grand Villette, Guillaume Vessard : certaines resteront en Chartreuse. En fin d'après-midi tout le troupeau est vendu. Le prix moyen (HT) avant transport, tout animaux confondus s'établit à 1 580 euros. « C'est une très belle vente », reconnaît Gaelle Liothin.

Isabelle Doucet

 

Enchères / La plus belle bête du troupeau continuera à jouer de son prestige et de ses performances dans le Jura.

Bêtes à concours

« Nous venons de Lons-le-Saunier. Nous faisons des concours », expliquent Hervé et Yannick Vichot, père et fils et nouveaux propriétaires d'Ivette. Ils sont à la tête d'un troupeau de 80 vaches laitières. « Nous avons essayé d'acheter plusieurs vaches qui sont parties. Nous étions prêts à mettre le prix. » Les nouveaux propriétaires d'Ivette expliquent leur stratégie : « Nous travaillons sur la vache, mais nous sommes surtout intéressés par sa suite. C'est un investissement pour l'avenir du troupeau. C'est la première fois que nous mettons cette somme sur une vache. Mais elle va ressortir sur les concours. »
Aucune chance cependant de voir Ivette au national montbéliard de Besançon en novembre prochain, car l'animal doit être resté au moins six mois chez son nouveau propriétaire avant de pouvoir concourir à nouveau. « Nous suivons toutes les ventes aux enchères Sicarev et cela nous réussit plutôt bien », confie Yannick Vichot. Il reconnaît qu'avec le principe de la vente à soumission, le risque est de payer une bête plus chère qu'avec des enchères à main levée. « Et des fois, on peut perdre pour quelques centimes ».