La difficile route du lait bien rémunéré
La soirée était essentiellement destinée aux éleveurs laitiers, notamment ceux livrant à Sodiaal. La dizaine de producteurs des alentours de Saint-Jean-de-Bournay répondaient à l'invitation de la FDSEA de l'Isère représentée localement par Jérôme Crozat, son président. « Il est encore temps de demander au conseil d'administration de la coopérative d'inclure les coûts de production dans la grille de calcul des prix aux producteurs, avance le représentant syndical ce soir du 2 mai. Quand le coût de la matière première augmente, il est normal que les prix évoluent. » Et d'ajouter aussitôt : « S'il n'y a pas de lueur économique dans la production laitière, si les organisateurs de producteurs (OP) ne travaillent pas à l'augmentation du prix du lait, dans dix ans, la production départementale sera divisée par deux ». « L'attitude de Sodiaal de dénonciation des grilles régionales va produire l'effet boule de neige, s'inquiète Jean-Michel Bouchard, producteur à Thodure. Les autres industriels vont vouloir aussi les remettre en cause. »
Nicolas Coicaud, éleveur de saint-jeannais, dénonce l'inertie de ses collègues : « Combien d'éleveurs vont aux réunions locales de Sodiaal ? Pas beaucoup... » « Il y a longtemps que j'estime qu'il devrait y avoir un groupe représentant les éleveurs de Sodiaal, une OP, à côté de Sodiaal », rappelle Jean-Michel Bouchard. Une demande étonnante compte tenu du statut coopératif de l'entreprise, mais qui ne surprend guère les producteurs autour de la table. « Le syndicalisme n'a plus le pouvoir de négociation », souligne Jérôme Crozat. Les résultats obtenus découle du travail de chaque OP, tout en sachant que le rôle de négociateur est complexe. Mais chez Sodiaal, les administrateurs ont un rôle à jouer.
En ce qui concerne les perspectives laitières départementales, plusieurs pistes sont étudiées dans une optique de segmentation, d'identification du lait local. Les producteurs présents ont des idées, du lait embouteillé et identifié Isère, à la transformation en fromages à pâte cuite. « Nous explorons différents scénarios, mais il est certain que nous devons nous allier avec un industriel, car nous sommes des producteurs, pas des transformateurs, explique Jérôme Crozat. Nous pouvons envisager de travailler avec 30 millions de litres de lait. Nous avons un bassin de consommation proche, Paca, qui n'est pas autosuffisant. Nous avons donc des atouts. »
Jean-Marc Emprin