La DNC a nourri les débats de l'assemblée générale du GDS de l'Isère
Le traumatisme engendré par la crise de la dermatose est toujours très présent. Pour preuve, la maladie et sa gestion ont occupé une large part des échanges tenus lors de l’assemblée générale du GDS de l’Isère le 22 janvier.
« Une année difficile et éprouvante pour les éleveurs isérois », commente Aurélien Clavel, le président de la Chambre d'agriculture de l'Isère, lors de l’assemblée générale du Groupement de défense sanitaire de l’Isère, le 22 janvier à La Côte-Saint-André. Il en profite pour remercier le GDS, en première ligne face à la DNC, pour « son engagement sans faille à leur égard » et rappelle que dans un environnement où les risques sanitaires menacent de se multiplier, « l’avenir de l’élevage est une affaire collective ».
Sept mois après l’apparition du premier cas de dermatose nodulaire contagieuse en Savoie, la maladie est encore dans toutes les têtes et naturellement, s’est invitée dans les débats du jour, Sébastien Simian, le président du GDS, la désignant comme « un coup de tonnerre ». Même si la situation a évolué favorablement ces derniers mois en Isère, la rencontre a montré toute l’importance que lui accorde encore l’ensemble des acteurs du monde de l’élevage.
Une maladie grave
A ce titre, la retransmission vidéo du témoignage apporté par Barbara Dufour, docteur vétérinaire (1), lors de l’audition publique sur les apports de la science pour lutter contre la DNC, qui a eu lieu le 15 janvier au Sénat, avait pour objectif d’éclairer les décisions publiques et dissiper les inquiétudes de certains dans la gestion de cette épizootie.
Barbara Dufour présente la DNC comme « une maladie « grave », parce qu'elle est très contagieuse, parce que les symptômes sont très importants (fièvre, anorexie, abattement, chute de lactation…), parce que la mortalité des animaux peut aller jusqu'à 10 %, et que leur morbidité peut aller jusqu'à 50 %, et enfin, parce que les bêtes qui guériraient, si on ne les abattait pas, auraient des séquelles importantes, et seraient des non valeurs économiques ».
Elle rappelle que des animaux peuvent être infectés de manière inapparente et que dans ce cas-là aussi, ils peuvent transmettre la maladie. L’épidémiologiste signale d’ailleurs que seuls 40 % des animaux infectés présentent des signes cliniques. « Il reste donc 60 % des bovins qui sont infectés, dangereux et ne manifestent pas de signes. » Elle ajoute que l'Efsa, l’Autorité européenne de sécurité des aliments, a montré que la probabilité pour un élevage situé à moins de cinq kilomètres d’un foyer, de devenir foyer à son tour si on ne fait rien dans le foyer d'origine, est de 95 %.
En conséquence de ces différents éléments, et eu égard à l'impact que la maladie pourrait avoir sur des millions de bovins si le virus circulait dans une grande partie du territoire, elle estime que si l’on souhaite éradiquer la maladie, il est impossible de ne pas procéder à l’abattage total des troupeaux dans le cas où une des bêtes est contaminée.
Respect des règles
Une fois mis sur la table, le sujet n’a pas manqué de faire réagir. Différents éleveurs de la Confédération paysanne ont interpellé les représentants du GDS et des services de l’Etat sur cette volonté qu’à la France de vouloir garder un « statut indemne de DNC », sur sa stratégie de lutte qui repose sur l’abattage total des troupeaux et sur le fait qu’il ne soit pas possible pour les éleveurs qui souhaitent faire vacciner leurs bêtes de pouvoir le faire s’ils ne sont pas dans les zones concernées.
Rappelant que le GDS était apolitique et qu’il défendait tous les éleveurs, Aurore Tosti a indiqué que la lutte était réglementée au niveau européen et qu’il était « peu probable » que les autres pays soient favorables au déclassement demandé, d’autant que la filière bovine française fait partie intégrante des marchés européen et mondiaux, et qu’elle n’est pas structurée pour s’en passer. S’agissant de la vaccination, elle réexplique que « la France est indemne de DNC, sauf dans les zones vaccinales et réglementées ». De ce fait, les éleveurs en dehors de ces zones ne sont pas concernés et n’ont pas envie d’en subir les conséquences économiques.
Prônant le respect des règles de circulation des animaux, elle estime que si on n’est pas à même de respecter ce protocole pour la dermatose aujourd’hui, on laisse demain la porte ouverte à la prolifération d’autres maladies et pathogènes. « On ne peut pas laisser s’installer tout ce qui passe », martèle-t-elle.
Décision européenne
Jean-Luc Delrieux, le directeur de la Direction départementale de la protection des populations de l’Isère, le confirme : « Il y a un cadre duquel on ne peut pas déroger. Le déclassement, ce n'est pas une décision nationale, c'est une décision qui reste européenne et qui prend certainement plusieurs années d’instruction. En outre, j'imagine que les pays européens qui ont payé un lourd tribut à la maladie, ont déjà travaillé ces pistes-là. Elles n’ont pas fait leurs preuves », assène-t-il.
Concernant la vaccination, Emmanuel Garin, vétérinaire épidémiologiste au sein de GDS France, rappelle que « vacciner des exploitations au hasard, selon la volonté de chaque éleveur, ne servirait à rien, parce qu’il faut un certain pourcentage d'exploitations vaccinées dans une zone pour que ce soit efficace. » Si la maladie est aujourd’hui contenue, « c'est parce que tout le monde a vacciné, de gré ou contraint, ajoute-t-il. Quant à vacciner la France entière, c'est impossible puisqu'il nous faudrait huit à dix mois pour avoir la quantité de vaccins suffisante. Je suis convaincu que nos seuls espoirs sont de lutter contre la maladie et d’essayer de l'éradiquer ».
A la suggestion de mettre sous cloche un élevage contaminé pour voir comment la maladie se comporte, les spécialistes répondent qu’heureusement la ministre de l’Agriculture n’a pas accepté une telle proposition, sans quoi, l’Europe aurait mis la France sous tutelle. D’autant que la commission considère déjà que l’Etat français a accordé de nombreuses dérogations pour des mouvements d’animaux.
Quant à la gestion de la crise, Aurore Tosti, la directrice du GDS, et Sébastien Simian, ont salué l’implication de leurs équipes, qu’ils s’agissent des salariés ou des membres du conseil d’administration, et ont aussi remercié les services de la DDPP, de la DDT, de la Chambre d’agriculture de l’Isère et de la MSA, qui ont œuvré auprès d’eux, pour communiquer sur l'avancée de la maladie ainsi que sur toutes les contraintes qu’elle imposait aux éleveurs en matière de vaccination, d’interdiction de mouvement, de blocage dans les alpages, de vente des petits veaux et bien d'autres.
Isabelle Brenguier
(1) Barbara Dufour est professeur émérite maladies infectieuses, zoonoses, épidémiologie à l’École nationale vétérinaire d’Alfort
Le point sur la DNC
Le 19 janvier, la France comptait 117 foyers pour 82 élevages. Le dernier foyer connu date du 2 janvier en Ariège. En Isère, toutes les communes concernées par les anciennes zones de surveillance peuvent maintenant exporter vers l'Italie sous condition.
Le département a dû faire face à 33 suspicions sans qu’aucune n’ait été avérée.
« C'est grâce au civisme dont ont fait preuve les éleveurs et qu'il faut continuer à encourager, qu'on peut arriver à l'éradication », assure Françoise Hugon, cheffe du service santé et protection animale à la DDPP de l’Isère.
« Ce que j'ai vu cet été, c'est une maladie très violente. Alors, certes, nous avons une baisse de l'activité vectorielle l'hiver, mais ce n'est pas en vaccinant des zones à 35 ou 40% qu'on changera quoi que ce soit à l’évolution de la maladie, ce sera bien pire », assure fort de son expérience, Hervé Garioud, président du GDS des Savoie et de la FRGDS.
« Cet automne, au moment des descentes d’alpages, l'État a débloqué un fonds pour indemniser les élevages ayant accueilli des bovins ne pouvant retourner dans leur élevage d'origine en zone indemne. Ce mois-ci, l'Etat a validé un fonds d'urgence de 22 millions d'euros pour indemniser les élevages impactés par le blocage des mouvements en zone réglementée. Actuellement, 4 millions d'euros sont alloués pour la région Auvergne-Rhône-Alpes. Les démarches sont à effectuer par les éleveurs en ligne avant fin janvier, indique Aurore Tosti. A ce jour, nous ne savons toujours pas si un rappel vaccinal sera nécessaire avant la sortie à l'herbe. Mais depuis cet été, tous les GDS de la région Aura se sont positionnés en faveur d'un rappel à effectuer cette fin d'hiver », poursuit-elle.
IB
La menace de la peste porcine
Présente en Europe, le risque de voir arriver la peste porcine africaine dans le territoire fait peur aux éleveurs français. Pour éviter le pire, de nombreuses mesures de biosécurité et différents plans d’actions sont déjà mis en œuvre.
Telle une épée de Damoclès, la peste porcine africaine (PPA) - aussi appelée fièvre porcine africaine- inquiète fortement les éleveurs de porcs. Déjà présente en Allemagne, en Italie et en Espagne, cette maladie animale est due à un virus qui touche exclusivement les porcs domestiques et les sangliers. Elle était à l’ordre du jour de la table ronde organisée le 22 janvier à La Côte-Saint-André, lors de l’assemblée générale du GDS de l’Isère.
Mesures de biosécurité
S’appuyant sur leurs compétences respectives, Sébastien Zimmermann, technicien à la Fédération départementale de chasse de l’Isère, Apolline Pissot, directrice d’Interp’Aura (1), François Orlowski, éleveur de porcs plein air et président des sections porcines du GDS de l’Isère et de la FRGDS, et Emmanuel Garin, vétérinaire épidémiologiste à GDS France, ont évoqué le contexte dans lequel se propagerait la maladie si elle apparaissait en France.
Dans un environnement où la présence du sanglier s’accroît partout et où les mesures de biosécurité peinent à être mises en œuvre malgré la bonne volonté des éleveurs, la maladie fait peur tant elle est contagieuse (2), ne dispose d’aucun vaccin ou traitement et est résistante dans le milieu extérieur et dans les salaisons.
François Orlowski en témoigne. Aujourd’hui, même si son élevage est équipé d’une clôture et que toutes les mesures de biosécurités sont prises pour le protéger, il construit des bâtiments pour être moins exposé et augmenter sa production.
Aux côtés des éleveurs dans la mise en place de mesures garantissant la sécurité de leurs exploitations, Aurore Tosti, la directrice du GDS, est consciente des difficultés concrètes qu’elles impliquent, mais elle l’assure : « nous ne laisserons jamais un éleveur sans solution. Nous chercherons tous les moyens pour adapter les pratiques pour qu’au quotidien, ce soit le moins pénible et le plus facilement acceptable ».
Conséquences désastreuses
Car l’enjeu est grand. La morbidité, la létalité et la mortalité de cette maladie sont telles que si elle arrivait dans un territoire, presque tous les animaux seraient malades et mourraient. L’impact économique serait extrêmement conséquent.
Emmanuel Garin invite les éleveurs à surveiller très attentivement leurs porcs et à contacter de suite leur vétérinaire s’ils constataient des symptômes comme une perte d’appétit, de la fièvre, une augmentation de la consommation d’eau, des regroupements inhabituels d’animaux, des rougeurs sur la peau et des avortements, accompagnés ou non d’une augmentation de la mortalité. « Il vaut mieux signaler un cas suspect qui s’avèrerait négatif plutôt que ne pas détecter la maladie », plaide-t-il.
Si la PPA survenait en France, tout serait mis en œuvre pour l’éradiquer. Des zones réglementées seraient aussi créées pour la contenir. Qu’il s’agisse des élevages ou de la faune sauvage, tous les acteurs sont responsables. « La viande serait difficilement commercialisable à l’export. Il y aurait un impact sur toute l’industrie agro-alimentaire », explique Apolline Pissot.
Sébastien Zimmermman le martèle aussi : « nous sommes tous dans le même bateau. Même si la chasse est considérée comme une activité de loisirs, si 90 % des sangliers devaient mourir, nous perdrions tous nos adhérents, nous n’aurions plus de revenus. » François Orlowski qui a eu le mot de la fin, abonde : « J’espère vraiment que cette maladie n’arrivera pas. Mais je m’inquiète beaucoup, surtout à cause de notre proximité avec le couloir rhodanien qui est le principal axe de circulation entre le nord et le sud de l’Europe. J’ai très peur pour nos petites structures ! »
IB
(1) Interp’Aura est l’association interprofessionnelle régionale porcine
(2) La contamination se fait par contact direct et par des denrées contaminées comme les cadavres, les personnes, les véhicules, le matériel, le sang, les sécrétions, les excrétions, les eaux de surface, les céréales, la paille.