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Territoire

« Belledonne n’est pas qu’un poumon vert et un terrain de jeu »

A l’occasion de son assemblée générale, l’Adabel a évoqué les nombreux sujets sur lesquels elle travaille. Dans cet environnement convoité, dans lequel ses problématiques ne sont pas suffisamment prises en compte, elle a martelé le rôle de production de l’agriculture.

Par Isabelle Brenguier
« Belledonne n’est pas qu’un poumon vert et un terrain de jeu »
L'assemblée générale de l'Adabel s'est tenue à Vaulnaveys-le-Haut.

A 40 ans, l’Adabel (l’Association pour le développement de l’agriculture de Belledonne) n’a rien perdu de son dynamisme. Preuve en sont les nombreux participants à son assemblée générale organisée le 26 février à Vaulnaveys-le-Haut, et un enthousiasme appuyé sur les projets menés tout au long de l’année écoulée.

Pourtant, comme l’a souligné Audrey Abba, agricultrice à Laval et Guillaume Sieurin, éleveur de brebis à Vaulnaveys-le-Haut, co présidents de l’association, l’année 2025 a été très éprouvante pour les éleveurs du massif. Encore marqués par la FCO qui les a touchés en 2024 et extrêmement angoissés par la perspective de la dermatose qui a sévi dans les Savoie, et les a contraints réglementairement, leur moral s’en est trouvé très affecté.

Mais les responsables de l’association ont fait le choix de maintenir la célébration de leur anniversaire à l’automne, conscients que « ces 40 années d’existence au service de l’agriculture de Belledonne étaient bien la preuve que l’agriculture avait besoin de lieux d’échanges, de projets collectifs et de concertations avec les collectivités locales pour avancer et se faire connaître ».

Retraité de la ferme de Montgardier, élu à la commune de Vaulnaveys-le-Haut, Yves Argoud-Puy, a fait le parallèle entre les 40 années d’existence de l’Adabel, de son rôle dans le territoire de Belledonne, et les 40 années d’existence de la loi montagne, qui permet de cadrer l’aménagement de l’espace, de maintenir un tissu agricole et un milieu naturel. Il a aussi mis en avant le mode de gouvernance de l’association, qui rassemble des agriculteurs, des élus et des citoyens, un modèle « dans l’air du temps ».

Lettre ouverte

L’action de l’Adabel concerne différents domaines, tels que l’agriculture de groupe et la promotion et la valorisation des productions.

Travaillant aussi sur le foncier et la gestion de l’espace, l’association a été interpellée quant à sa position sur le projet Lyon-Turin. Suite à une réflexion approfondie, prenant en compte les emprises sur les terres agricoles qu’il nécessite, les inquiétudes qu’il engendre dans le domaine de l’eau, les risques qu’il fait peser sur la pérennité de certaines fermes, elle a donné un avis négatif à son encontre. Cette position sera publiée via une lettre ouverte diffusée sur le site de l’association et envoyée aux nouveaux élus, députés et sénateurs du territoire.

Sur le sujet de l’installation et de la transmission, Guillaume Sieurin a tiré la sonnette d’alarme. « Cela fait des années que nous disons que bientôt, il n’y aura plus suffisamment d’installations pour combler les départs à la retraite. Nous y sommes, a-t-il lancé. Malgré une petite dizaine d’installations l’année dernière, il y a des fermes à céder qui ne trouvent pas de repreneurs. Il y a de l’adversité à créer une exploitation. Tout est compliqué et collectivement, nous ne sommes pas à la hauteur de l’enjeu », a-t-il-fait savoir.

Actions de communication

L’association porte également une attention toute particulière à rappeler au grand public le caractère essentiel de l’agriculture pour nourrir la population. Comme l’a indiqué Yves Argoud-Puy, « en Belledonne, nous sommes dans la proximité immédiate de l’agglomération grenobloise. Nous lui servons de poumon vert. Mais nous ne sommes pas que cela. Nous produisons de l’alimentation ».

Un propos sur lequel a rebondi Audrey Abba, martelant que « le massif n’est pas qu’un terrain de jeu ». Aussi, de nombreuses actions de communication, de temps d’échanges avec les habitants de Belledonne, de sensibilisation sur les enjeux du monde agricole ont été réalisées. Grâce à la soirée des 40 ans. Grâce au site Internet de l’association. Grâce à des communications avec les offices de tourisme du territoire. Grâce à la publication de nouvelles planches de bandes dessinées sur le délicat sujet du changement climatique. Et grâce à la rénovation du livret pédagogique que les membres de l’Adabel utilisent comme support lors de leurs interventions dans les écoles primaires.

Ainsi, en 2025, 37 classes de CE2 de Belledonne et du Grésivaudan ont eu la visite d’agriculteurs et se sont vus remettre ce livret, garant d’un message de qualité sur l’agriculture du territoire. « Ce document qui avait été créé il y a 20 ans a été entièrement retravaillé pour parler aux jeunes d’aujourd’hui. Mais nous considérons que le fait de continuer à l’utiliser est un beau clin d’œil au travail réalisé par nos prédécesseurs », estime Audrey Abba.

Un local collectif

La rencontre a également été l’occasion de parler Cuma. Sylvain Pommart, du Gaec d’Allicoud à Saint-Martin-d’Uriage, et Stéphane Vincent du Gaec Thicaud à Herbeys, ont présenté le fonctionnement de celle d’Herbeys, située au sud de Belledonne. « Créée dans les années 1990, elle regroupe une quinzaine d’agriculteurs », ont-ils détaillé.

Quant aux exploitants du nord du massif, ils vont bientôt pouvoir profiter de la nouvelle Cuma de Belledonne, qui va remplacer celle de Bramefarine. Cette initiative s’inscrit dans le prolongement de l’émergence d’un local collectif de transformation réalisé grâce à l’acquisition par la mairie des Adrets d’un bâtiment agricole. Il va permettre aux agriculteurs du territoire d’avoir accès à des espaces de transformation végétale, de transformation carnée et de stockage.

Isabelle Brenguier

Collectivités locales

Aides à l’agriculture

Dans le massif de Belledonne, la Communauté de communes Le Grésivaudan et Grenoble Alpes Métropole cohabitent. Toutes deux proposent des aides pour les agriculteurs.

Aides à l’agriculture
Cyrille Plenet est vice-présidente en charge de l'agriculture et de la montagne à Grenoble-Alpes-Métropole.

« 110 projets pour 89 bénéficiaires, sur 180 hectares pour 483 630 euros de subventions attribués ». Tel est le bilan de l’appel à projets « Reconquête et maintien des espaces agricoles ouverts » mené depuis 2011 par la Communauté de communes Le Grésivaudan. Selon Emilie Braun, chargée de mission agriculture au sein de la collectivité, « c’est un dispositif apprécié des agriculteurs. C’est un levier très utile dans le territoire pour lutter contre l’enfrichement, nettoyer les espaces et prévenir le risque d’incendie ». Du côté de la métropole grenobloise, Cyrille Plenet, vice-présidente en charge de l'agriculture et de la montagne, a détaillé les différents dispositifs disponibles, entre les aides à l’installation, à la transformation, aux circuits courts, aux changements de pratiques et à l’ouverture des côteaux.

IB