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Culture

La face cachée du musée

Le musée de Bourgoin-Jallieu lance une application mobile, Muséopic, pour découvrir l’envers de ses œuvres.
La face cachée du musée

Brigitte Riboreau, directrice du musée de Bourgoin-Jallieu, fait tourner les pages d'un registre d'empreintes de motifs... enfermé dans une vitrine. La baguette magique n'est autre que son smartphone. « On peut voir des pages qu'on ne voit jamais d'habitude », explique-t-elle. La nouvelle application mobile Muséopic inventée récemment par une start-up lyonnaise manie la réalité augmentée pour « réenchanter un peu le musée », selon Jullian Boyer, le fondateur. Au gré des salles, il suffit de pointer son smartphone droit devant soi pour voir les œuvres enregistrées dans l'application. Elles sont aussi signalées par un logo Muséopic apposé sur la vitrine. On peut par exemple faire tourner une robe en vitrine afin de la voir de dos ou encore « visionner les photos montrant l'intérieur de la maquette d'une usine de tissage », détaille Marion Bosa, chargée des publics au musée. On peut ainsi interagir directement avec 17 œuvres du musée, éparpillées dans les différentes salles. La magie ne s'arrête pas là : « On est à 1% de ce qu'il est possible de faire en termes de réalité augmentée, explique le fondateur de Muséopic, on peut imaginer faire parler des personnages historiques, discuter avec eux grâce à l'intelligence artificielle... » Même si toutes les œuvres du musée n'ont pas leur version « réalité augmentée », chacune est enregistrée dans l'application avec les informations associées, parfois avec du contenu amélioré tel que des vidéos, des interviews, des photos... Plus qu'un jeu, c'est surtout de nouveaux liens qui se tissent entre les salles : les œuvres sont complétées par des hyperliens vers les autres œuvres du musée utilisant la même technique de tissage. Cela permet de créer de nouveaux parcours et de mieux comprendre les techniques présentées, indépendamment de l'ordre des tableaux exposés.

Une alternative aux audioguides

Mais pour ce musée, premier en France à utiliser Muséopic, il ne s'agit pas de remplacer les visites commentées. « Il n'y a pas d'œuvres phares en réalité augmentée. Le but est justement d'attirer l'attention sur des œuvres qui ne sont pas commentées par notre guide», explique Marion Bosa. Un coup de pouce pour la visite auprès du public mais aussi pour les salariés du musée : « C'est un bon complément pour un petit musée comme nous qui ne pouvons faire qu'une visite guidée par mois. Avec un outil, on peut faire des propositions adaptées aux différents publics en créant un parcours enfant dans l'application par exemple », détaille-t-elle. Brigitte Riboreau y voit aussi un avantage technique : « C'est plus pratique que les audioguides : les visiteurs sont plus autonomes car ils utilisent leur smartphone, il n'y a pas de maintenance sur les appareils, l'application s'actualise facilement, c'est très intuitif et facile d'utilisation... » Mais la création d'une telle application est un travail de longue haleine. « On y travaille depuis mars, on a mobilisé les élus de Bourgoin-Jallieu car l'application entre dans le projet de « ville connectée », on a développé le contenu... » ajoute la directrice du Musée. En effet, l'application donne une seconde vie aux photos et vidéos qui dormaient dans le fonds documentaire. S'il manquait des éléments, le Musée n'a pas hésité à en créer de nouveaux. « On n'avait pas de vidéo explicative pour montrer la technique du tissage chinois. Un des membres du musée en est spécialiste. Nous avons donc tourné une vidéo pour l'insérer sur Muséopic », raconte la chargée des publics. Une fois sorti du musée, l'expérience Muséopic ne s'arrête pas là. « Quand on regarde une œuvre avec l'application durant la visite, on peut l'enregistrer dans sa bibliothèque personnelle et la consulter de chez soi. On se crée son musée idéal », explique cette dernière. Le but est mettre en réseau plusieurs musées via l'application afin qu'un utilisateur puisse conserver toutes les œuvres qu'il aime même si elles viennent de plusieurs musées. « On veut donner la possibilité d'être collectionneur de musées », confirme Jullian Boyer.

Virginie Montmartin