La FDSEA de l'Isère appelle les producteurs à s'investir sur le terrain
Après la réaction à chaud, l'analyse à froid. Réunie en assemblée générale le 21 décembre à Colombe, la FDSEA de l'Isère a fait le bilan des actions menées sur le terrain durant l'été et recensé les avancées obtenues. Ou pas. Devant près de 80 adhérents, le président, Pascal Denolly, a souhaité tenir « un discours de vérité ». « Cet été, nous avons eu des acquis syndicaux, mais ils ne permettront que de passer l'hiver. Le plan d'urgence, c'est bien, mais il va en manquer », a-t-il prévenu. Revenant sur les deux principales raisons de la crise - les prix trop bas et le poids toujours plus lourd des charges -, le responsable syndical a reconnu une forme d'échec : « Il ne faut pas se raconter d'histoires. Sur les prix, nous avons agi. Nous avons secoué les élus, le préfet, la DDT, les industriels, les GMS. Nous avons manifesté, nous avons cassé (nous sommes d'ailleurs attaqués en justice avec des demandes de plus de 100 000 euros) et, au bout du compte le résultat attendu n'est pas là. »
Pour les prix en effet, les agriculteurs ont obtenu des engagements verbaux de la part des acteurs des filières, mais rares sont ceux qui ont été suivis des faits. Les éleveurs laitiers s'attendaient à un prix de base proche de 340 euros la tonne dans les cinq derniers mois de l'année 2015 : on sera plutôt à 300. Idem pour la viande : la hausse de 60 centimes du kilo de carcasse décrochée au printemps est restée lettre morte, le prix de novembre étant même inférieur à celui de juin. « On est éleveur, mais on ne maîtrise plus rien, s'emporte un adhérent. Il y a certains intégrateurs qui font un énorme bénéfice sur le dos des éleveurs. Est-ce normal ? »
Se montrer stratégique
Les responsables syndicaux reconnaissent une forme d'impuissance et l'assument. En dépit des pressions exercées, « aucun politique, pas même le Premier ministre, ne peut exiger une remontée du prix du lait ni contraindre Bigard à augmenter celui de la viande ». La profession doit-elle pour autant rester sans réagir ou dispose-t-elle de leviers pour éviter de dépendre du bon vouloir des GMS et des industriels ? Jérôme Crozat, vice-président du syndicat, estime que les agriculteurs doivent « redevenir chef d'orchestre pour écrire la partition » et non plus subir le cours fluctuant des événements. Que ce soit sur le prix de la viande ou celui du lait, ils doivent reprendre les choses en main. « Je préfère qu'on soit acteur, a-t-il lancé. Essayons à notre tour d'être stratégiques ! Regardez le saint-marcellin : une grosse entreprise du département a été rachetée par un industriel. Est-ce qu'il ne faut pas faire racheter une laiterie par une coopérative ? Le jour où nous n'aurons plus qu'un opérateur dans le département, ce sera fini ! »
Sans se montrer aussi alarmiste, Pascal Denolly le suit dans son appel à la mobilisation. « Pour arriver à ce que les revendications portent, il faut que les producteurs s'engagent. Ce n'est pas que le bureau de la Fédé qui peut changer les choses : vous aussi, vous devez vous investir sur le terrain. Chez Danone, les collègues ont enclenché quelque chose en obtenant la prise en compte de l'augmentation des charges pour la fixation du prix. Ce n'est pas suffisant, mais ils ont mis un pied dans la porte. Je vous appelle à prendre le pouvoir dans les OP ! » Et le président d'inviter les producteurs à créer des OP commerciales pour gérer les prix et les volumes, à l'instar de ce qui commence à se faire avec Danone au sein de l'OP Sud-Est. Jean-Robin Brosse, très investi dans cette dernière, précise avec lucidité : « S'il n'y avait pas eu d'actions cet été, on aurait eu zéro avec Danone. Si nous avons obtenu quelque chose, c'est parce qu'il y a eu ce message d'indignation des jeunes. Ce message, il faut le faire perdurer : c'est une honte que les agriculteurs n'aient pas le droit de gagner correctement leur vie. »
Militer pour le consommer français
David Sève, arboriculteur installé à Sablons et à Beaucaire, va dans son sens en établissant un parallèle entre la crise de l'élevage et celle qu'ont traversée les viticulteurs et les producteurs de fruits du Gard il y a quelques années. « Pendant dix ans, nous avons subi une crise très grave qui nous a obligés à rester mobilisés pour obtenir des mesures. Nous avons déversé des tonnes de fruits en provenance d'Espagne. Nous avons même perdu des producteurs. Mais les GMS ont fini par comprendre que les consommateurs voulaient aussi des fruits français. Si on ne se bat que sur le prix, on ne peut pas tenir face aux Espagnols. Est-ce qu'une des pistes, ce n'est pas le « consommer français » ? »
Défendue l'été dernier par les JA sur le Tour de France ou lors de leurs incursions chez les grossistes et les GMS, cette « piste » française est l'un des leviers d'action évoqués par les responsables syndicaux pour « remettre de la trésorerie dans les exploitations ». Elle n'est pas la seule. La bataille pour la baisse des charges, et notamment le report de l'obligation de mise aux normes au 1er octobre 2016, la prise de part de marché auprès de la RHD, le développement de nouvelles filières où la demande est forte (volailles, lait bio), ainsi que l'amélioration de la compétitivité en sont d'autres. « L'éleveur laitier qui a des coûts de production de 70 euros en plus, s'il peut gratter 20 à 30 euros, c'est autant de gagner pour sa marge », rappelle Jérôme Crozat. Mais Denis Boiton, éleveur à Biol, prévient : « Le jour où Lactalis va savoir qu'on produit à 260 euros, il ne va pas nous proposer un prix à 300 ! » D'où l'intérêt de faire bloc le jour des négociations, quel que soit l'industriel.
Marianne Boilève
Les acquis syndicaux en Isère pour 2015
- Retrait de 9 communes de zone vulnérable : évite des investissements improductifs en lait de 100 000 euros pour 500 000 litres de lait.- Maintien de l'irrigation tout l'été malgré la sécheresse.
- Versement anticipé des aides PAC (acomptes au 1er octobre et 1er décembre).
- Mesures d'urgence Fonds Allégements des charges : 1,4 millions sur le département (plafond 4000 euros JA et 1940 non JA).
- Aides du conseil départemental : 775 000 euros versés sur 615 éleveurs.
- Aides sécheresse du conseil régional : 710 000 euros versés à 930 éleveurs.
- Exonérations de cotisations MSA : 680 000 euros pour 340 exploitants (entre 1 500 et 2 800 euros d'exonérations chacun).
- Calcul des cotisations MSA sur l'année N-1 : 240 agriculteurs
- Engagement de l'inventaire départemental des cours d'eau : chantier à entreprendre.
Les acquis syndicaux de la FNSEA en 2015
→ Transparence des GAEC : demande européenne de supprimer la transparence des GAEC qui n'existe qu'en France – Dispositif maintenu grâce à l'action de la FNSEA. L'impact financier est considérable (moyenne + 10 K€/GAEC)→ Maintien des transferts de DPB entre fermiers sortants et fermiers entrants : volonté de la commission européenne de les retirer – Dispositif maintenu grâce à l'action de la FNSEA
→ Sauvetage des céréales autoconsommées dans le calcul des taux de chargement ICHN : volonté de la commission européenne de les retirer – Dispositif maintenu grâce à l'action de la FNSEA
→ Revalorisation de 15% des enveloppes ICHN
→ Nouvelles mesures fiscales : déductions fiscales pour aléas.
→ Pause sur les nouvelles normes et engagement d'une nouvelle méthode de travail entre les ministères et la profession, suite aux manifestations du 3 septembre.
→ Définition des cours d'eau selon trois critères qui seront intégrés dans la loi en 2016 : alimentation par une source + existence d'un lit naturel à l'origine + débit suffisant une majeure partie de l'année
→ Phytosanitaires : renvoi des décisions de retraits de substances actives au niveau européen
→ Statut de l'animal : Retrait du projet de loi GLAVANY visant à faire entrer les animaux dans le code civil et de bénéficier du statut des personnes (contraintes supplémentaires en termes de bien-être animal évitées)
→ Maintien des exonérations de charges sociales sur les saisonniers
→ Retrait de la fiche individuelle Pénibilité pour les employeurs
→ Revalorisation des retraites à 73% du SMIC