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Société

La femme aux multiples visages

La place de la femme en agriculture sera un des thèmes de réflexion de la Nuit de l'Agriculture qui se déroulera le 23 novembre à La Côte-Saint-André. L'occasion de revenir sur les portraits de femmes agricultrices réalisés dans la Boucle du Rhône.
La femme aux multiples visages

« Les femmes représentent 50% des agriculteurs dans le monde, et en France, plus d'un tiers. Elles jouent un rôle vital dans le maintien du tissu rural et social. Elles soutiennent et développent des projets de vie et sont très actives dans le développement des territoires. Leur sensibilité au métier du vivant et à la protection des ressources naturelles leur permet d'appréhender le développement économique de l'agriculture en harmonie avec l'environnement. » Cette déclaration de la Commission nationale des femmes agricultrices date du 15 octobre dernier, à l'occasion de la Journée internationale de la femme rurale. Cette journée, créée il y a 23 ans, révèle une prise en compte tardive de l'éternel agricultrice.

Une image concrète

« Etre agricultrice, ce n'est pas un métier, c'est plein de métiers, et cela n'a pas changé !», déclare Hélène Bouvet, productrice de foies gras à Saint-Hilaire-de-Brens. Elle accepté de participer à la série de portraits de femmes réalisée par le comité de territoire de la Boucle du Rhône en partenariat avec l'organisation du comice de Saint-Sorlin-de-Morestel et le lycée Paul Claudel de Crémieu. « Nous souhaitions montrer une image plus concrète de l'agriculture, notamment féminine, qui passe souvent inaperçue », indique Véronique Rochedy, animatrice du comité de territoire. L'exposition itinérante qui résulte de ce travail regroupe vingt témoignages de femmes « mises en valeur dans leur travail au quotidien », des jeunes installées, comme des cheffes d'exploitation à la veille d'une transmission. Toutes partagent leur même amour du métier, mais aussi une charge de travail dont elle font rarement état.

Une reconnaissance

D'abord salariée, Hélène Bouvet a repris l'exploitation familiale à son nom il y a quatre ans. Elle compte trois ateliers : les canards qui sont la principale activité, mais aussi des porcs plein-air et des agneaux. Le tout est vendu en direct dans deux magasins de producteurs et, de nouveau, à la ferme. L'élevage de Santalé est en cours de transmission à Gaëlle Bouvet, la fille des producteurs. « Je me suis toujours dit que j'étais un bouche-trou, ce que j'étais effectivement, même si aujourd'hui je suis la patrone ». Hélène Bouvet parle d'un métier « où l'on doit être de partout », de « journée qui ne sont jamais finies ». Elle plaisante car dire cela, « ça fait râler les mecs ! ». A toutes les agricultrices qui s'installent et plus particulièrement à sa fille, mère de deux enfants, elle souhaite avant tout « du courage et d'aimer ce qu'elles font. Car dès qu'il y a un animal, on doit être présent ». Elle salue l'initiative du comité de territoire. « Comme dans tous les métiers de bouche, les agricultrices sont des personnes qui en font beaucoup. C'est pas mal de les mettre en avant et qu'on parle d'elles. C'est une reconnaissance ! »

Une reconnaissance encore loin de se mesurer au niveau des revenus. « Au niveau agricole, rappelons que l'écart de rémunération pour les cheffes d'exploitation n'est pas de 16%, comme c'est le cas entre entre les femmes et les hommes dans l’Union européenne, mais de 30%! Un écart qui donne à réfléchir sur les inégalités persistantes au sein de la profession », mentionne encore la commission nationale des femmes agricultrices. 

De plus en plus nombreuses

« On observe une évolution des mentalités en agriculture. La femme prend de plus en plus sa place », témoigne pour sa part Sandra Sapaly, éleveuse de chèvres à Annoisin-Chatelans, installée depuis octobre 2017. « C'est une reprise hors-cadre familial », explique la jeune femme qui n'en revient pas de l'élan de solidarité qui s'est animé autour d'elle. « J'ai été très bien accueillie. Tous les agriculteurs du coin ont répondu présents, il s'est instauré une vraie relation d'entraide. Ils viennent avec leurs bennes pour le fumier, moi j'aide à rentrer les vaches. Ils ont vu que je savais me débrouiller », raconte l'éleveuse. Originaire de La Tour-du-Pin, titulaire d'un BPREA et après trois années de service de remplacement où elle a appris la transformation fromagère, elle travaille seule dans son exploitation et vend en direct dans les épiceries et des magasins de producteurs.

Elle partage le même enthousiasme au sujet de l'exposition. « Cela fait voir l'importance de la femme dans l'agriculture. Nous sommes de plus en plus nombreuses et dans toutes les branches, des céréales à l'élevage. » Elle analyse : « Il y a  beaucoup plus de femmes car l'évolution de la mécanique a rendu le travail plus simple et moins physique. Par exemple, un tracteur de 90 cv permet de tout faire dans une exploitation. »

Cette initiative, c'est aussi l'occasion, pour les agriculturices, de partager une même vision de leur métier et peut-être, de faire bouger les lignes. « Nous avons beaucoup de points en commun et nous avons les mêmes soucis », ajoute Sandra Sapaly.

Isabelle Doucet
Santé / Le Projet de loi de financement de la sécurité sociale fait évoluer le congés maternité des exploitantes agricoles.

Congé maternité des agricultrices : le défi du remplacement

 
Allongement de la durée minimum d’arrêt en cas de grossesse, ouverture de la possibilité de bénéficier d’indemnités journalières en cas de non-remplacement… Le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) 2019 modifie plusieurs points du congé maternité des exploitantes agricoles. Sans forcément régler le problème principal, celui du remplacement.
L'article 47 du PLFSS prévoit en effet plusieurs évolutions. Pour rappel, pour les femmes relevant du régime agricole, l'indemnisation du congé maternité, dont le maximum est fixé à seize semaines, dépend du statut de la demandeuse. Si les salariées agricoles reçoivent bien des indemnités destinées à compenser la perte de leur salaire, les cheffes d'exploitations perçoivent une allocation de remplacement, cette dernière permettant une continuité de l'activité sur la ferme.
Le PLFSS étend tout d'abord la durée minimale d'arrêt en cas de grossesse pour les indépendantes et exploitantes agricoles. Celle-ci est ainsi portée « à 8 semaines, dont 2 de congé prénatal, à l'instar de celle qui s'applique aux salariées », explique le gouvernement dans l'exposé des motifs de l'article. Le projet de loi veut également « neutraliser l'impact » du prélèvement de la CSG et de la CRDS qui s'appliquent aujourd'hui à l'allocation de remplacement. Si bien que le remplacement devrait être complètement gratuit pour les exploitantes, annonce le texte.
Enfin, constatant que dans les faits « 40 % des exploitantes ne bénéficient pas » de l'allocation de remplacement, notamment du fait de l'impossibilité de se faire remplacer, le projet de loi propose « d'instaurer une indemnité journalière forfaitaire en cas de maternité ou d'adoption, qui sera strictement subsidiaire et servie dans les seuls cas où l'allocation de remplacement ne pourrait pas être versée ».
« Globalement sur la mesure, on est favorable », indique aujourd’hui Pascal Cormery, président de la CCMSA. « Nous avions une hésitation, voire une interrogation sur l’indemnité forfaitaire. Parce qu’il ne faudrait pas que des gens dans des situations économiques fragiles récupèrent la somme forfaitaire au détriment du service de remplacement, ce qui irait à l’encontre même de l’objectif fixé, c’est-à-dire prendre soin de la santé pré et post-accouchement », justifie-t-il. Son de cloche assez similaire à la FNSEA. « C’est un risque qu’on n’ignore pas du tout, surtout avec le contexte financier des exploitations qui est difficile », explique ainsi Jacqueline Cottier, présidente de la commission des agricultrices du syndicat.

 

111 000 cheffes d’exploitation en 2016

En 2016, les femmes représentaient 24 % de l’ensemble des chefs d’exploitation ou d’entreprise agricole, soit 111 000 personnes, indiquait la MSA dans une note de mars 2018. « 29,2 % des exploitations et des entreprises agricoles possèdent au moins une femme comme exploitante ou coexploitante », indique également l’institution. Les cheffes d’exploitation sont les plus présentes « dans le secteur de l’élevage bovins-lait (17 %), les cultures céréalières (16,6 %) et les cultures et élevages non spécialisés (12,7 %) » et sont proportionnellement très implantées dans l’élevage de chevaux (47,6 %), l’entraînement, dressage, haras, clubs hippiques (45,6 %) et l’élevage de gros animaux (44,4 %), notait la MSA. Ces dernières ont un revenu professionnel plus faible que les hommes. « Les femmes chefs d’exploitation sont 41,8 % à bénéficier d’un revenu inférieur à 4  315 euros par an », synonyme de grande difficulté, quand cette proportion atteint 36,6 % chez leurs équivalents masculins, relève ainsi la MSA.