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Rencontre

La ferme à la ville

A la ferme de l'Aune, tout est réfléchi et optimisé. Les trois ateliers - lait, porcelets et noix - gérés par Sylvie, Laura et Daniel Budillon-Rabatel ont encore de beaux jours devant eux, malgré la proximité du centre du Voiron qui limite les perspectives de développement de l'exploitation dans ce site.
La ferme à la ville

C'est un environnement peu commun que celui de la ferme de l'Aune, située aux proches abords du centre ville de Voiron. Et qui n'est pas sans incidence sur la conduite de l'exploitation. Même si ses propriétaires, les Budillon-Rabatel, soulignent qu'ils n'ont pas de problème avec leurs nombreux voisins, ils constatent, années après années, que les alentours sont grignotés au profit de l'urbanisation. D'où leur volonté de délocaliser l'exploitation. « Ici, ce n'est pas viable. Nous nous faisons manger petit à petit. Et quand le projet d'hôpital qui doit être implanté dans le secteur verra le jour, ce ne sera juste plus possible », explique Sylvie Budillon-Rabatel. Dans l'attente, ils ont acheté dernièrement une parcelle de 6 000 mètres carré attenante à la ferme. « Le prix était correct, mais la conjoncture n'était pas propice à un tel investissement. C'est le prix de la tranquillité. Nous avons fait le choix de sécuriser notre environnement immédiat », affirme l'exploitante.

Atelier laitier optimisé

Mais cette situation les empêche de se projeter. La ferme familiale des Budillon-Rabatel a été reprise par Sylvie et Daniel. Aujourd'hui, ils emploient leur fille, Laura, comme salariée, qui nourrit le projet de s'installer. L'exploitation repose sur trois ateliers (lait, noix, porcelets). Si chacun a ses préférences, tous sont polyvalents. « L'exploitation, c'est un ensemble. Chacun doit pouvoir remplacer l'autre en n'importe quelle circonstances », insiste Sylvie Budillon-Rabatel, qui a en charge l'atelier laitier, composé d'une cinquantaine de montbéliardes et de prim'hostein. « Nous livrons 320 000 litres de lait valorisé en IGP (Indication géographique protégée) à l'Etoile du Vercors et nous en transformons 2 000 en yaourts, commercialisés au point de vente collectif « La halte fermière » à Voiron. Sur les 85 hectares que nous exploitons, hormis les sept hectares de noyers, 45 sont en herbe, sept sont destinés aux céréales à paille, une quinzaine sont en maïs et deux en soja. Tout ce que nous produisons est utilisé pour l'alimentation des vaches », détaille Sylvie Budillon-Rabatel, qui affirme croire en l'IGP, « pour garder le lait sur le territoire ». « Nos pratiques n'étaient pas éloignées du cahier des charges. Nous avions déjà des silos. Nos vaches n'ont jamais été poussées et ne sont pas habituées au maïs, puisque nous avons peu de surfaces », indique-t-elle. La conduite de l'atelier est optimisé. Si l'exploitante reconnaît qu'« il tourne », elle sait pourquoi. Le bâtiment est amorti. Des efforts sont faits en permanence pour avoir le maximum de primes liées à la qualité du lait. Aucun aliment n'est acheté (le tourteau de soja a été remplacé par du soja graine). Et, dans un souci d'économie et d'amélioration des résultats, Daniel Budillon-Rabatel a suivi une formation pour inséminer les vaches. « Ce qui est problématique aujourd'hui dans le fonctionnement de l'exploitation, ce sont les conditions de travail liées au manque de place dans les bâtiments pour les bêtes ou le matériel », analyse la chef d'exploitation.

Delocalisation de l'exploitation

L'atelier noix est géré par Daniel Budillon-Rabatel. « C'est le truc de mon mari », affirme sa femme, Sylvie. Il représente un apport financier non négligeable (il paye les locations de terre) et il est d'autant plus intéressant qu'il implique une forte activité concentrée sur une courte période. L'achat d'un nouveau séchoir il y a trois ans, a permis de gagner en temps et en qualité de travail. D'autres investissements pourraient encore être faits pour une meilleure optimisation. Mais pas question de les réaliser dans ce site, qui n'a pas vocation à perdurer. L'atelier de naissance de porcelets vendus à deux mois, à 20-25 kilogrammes, a, lui, été créé par Laura Budillon-Rabatel. Agée de 28 ans, la jeune femme reconnaît qu'elle a toujours aimé ces animaux, ce qui l'a amenée à suivre un BTS productions animales et une licence professionnelle, puis à travailler pendant cinq ans dans un atelier de 1 000 truies dans l'Ain. Forte de son expérience, elle est donc à l'origine de ce projet dans l'exploitation familiale, qui consiste à avoir 25 truies pour une production de 700 porcelets charcutiers par an. Le logement des animaux est assuré par un tunnel, moins coûteux qu'un bâtiment en dur. « Mais l'objectif est bien d'en construire un et de convertir l'atelier en bio », révèle, avec un enthousiame non feint, Laura Budillon-Rabatel. L'exploitation est aussi tournée vers l'accueil du public, avec un magasin à la ferme qui commercialise laitages, produits à base de noix, viande de veaux et de porcs et une activité d'accueil pédagogique. Aujourd'hui, les projets des Budillon-Rabatel sont nombreux, d'autant qu'ils prévoient bien de garder les trois productions. Car Laura Budillon-Rabatel insiste : « Je ne veux pas que nous mettions tous nos œufs dans le même panier ». Leur exploitation est résolument tournée vers l'avenir. Il est cependant conditionné par une délocalisation de l'exploitation, dans un environnement moins urbanisé.

Isabelle Brenguier

« Ferme et forêt, grandeur nature » en Pays voironnais

La ferme de l'Aune des Budillon-Rabatel fait partie des trois exploitations du Pays voironnais qui ouvrent leurs portes le 22 octobre dans le cadre de la manifestation « Ferme et forêt, grandeur nature ». L'objectif de celle-ci est de créer du lien entre agriculteurs et consommateurs, en faisant découvrir à ces derniers les activités agricoles et touristiques du territoire.
Voué à être renouvelé plusieurs fois dans l'année dans différentes thématiques (miel, lait, safran...), cette première édition portera sur la noix de Grenoble.
Immergé dans l'univers nucicole, le public partira de la noyeraie et finira devant le séchoir à noix afin de découvrir le cycle complet de la vie d'une noix (entretien de l'arbre, ramassage, lavage, triage, séchage). En plus de ce parcours, différentes activités seront proposées autour de la noix : balade en VAE (vélo à assistance électrique) au milieu des noyeraies, cours de cuisines autour de la noix et démonstration de fabrication d'huile de noix en direct.
Les deux autres exploitations participantes sont le Gaec des murailles à Tullins et la Ferme du grand chemin à Charnècles.
IB